Slatissime

Courchevel, la station des «rich and famous»

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 29.12.2013 à 14 h 33

Deux palaces et dix-huit cinq étoiles à des prix cinglants, la station née en 1946 est devenue le passage obligé des milliardaires russes et du luxe tapageur. Mais derrière la façade bling-bling, on trouve des sommets authentiques de l'hôtellerie et la gastronomie comme le Cheval Blanc.

Le Cheval Blanc  CourchevelCopyright  Cheval Blanc

Le Cheval Blanc CourchevelCopyright Cheval Blanc

En dépit de la crise, la station de sports d’hiver favorite de Patrick Bruel et Raymonde Fenestraz –la plus chère du monde pour TripAdvisor– ne cesse d’attirer la clientèle mondiale des mordus du ski: 2 000 autochtones hors saison et 40 000 résidents de décembre à fin avril. Pas moins de cinquante hôtels, deux palaces et dix-huit cinq étoiles à des prix cinglants, la chambre double haut de gamme à 2 000 euros et plus. Pour la magie du ski, les «rich and famous» ne se refusent rien. Enquête au pied des pistes.

Financé par Xavier Niel

«C’est la plus belle station du monde», a déclaré Philippe Perd, directeur général du groupe Oetker (le Bristol à Paris, Eden Roc au Cap d’Antibes, le Château Saint-Martin à Vence), le soir de l’inauguration de l’Apogée, le dernier grand hôtel de 55 clés –un penthouse, un chalet privé, un SPA– bâti à la place du tremplin olympique, au cœur du splendide Jardin Alpin, le joyau courchevelois.

Financé par Xavier Niel et quelques associés, l’Apogée a coûté cent millions d’euros au bas mot et s’étend sur 13 000 mètres carrés, la vue sur la Croisette au centre du village, les pistes enneigées et l’espace sont les atouts de ce cinq étoiles très classique dans son allure architecturale: les réservations ont commencé bien avant l’ouverture, quand l’Apogée n’existait que sur plans…

C’est dire le formidable pouvoir d’attraction de Courchevel, née en 1946 dans les pâturages agricoles où tout a été entrepris en quatre décennies pour le bonheur des skieurs. Aucune station dans les Alpes n’a autant misé sur la glisse, la vision de ces pentes magnifiques, la neige immaculée, le bol d’air pur, le soleil à midi et le ressourcement de soi: 85% des vacanciers pratiquent le ski. Et dans quel cadre naturel!

600 kilomètres de pistes

Il faut dire que vous avez ici, aux Trois Vallées, le plus vaste domaine skiable au monde, 600 kilomètres de pistes reliées par 170 remontées mécaniques et un damage hors pair: 470 professionnels œuvrent sur les pentes et 1 000 moniteurs bilingues et plus prennent en charge les skieurs. En fait, plus qu’un métier, la montagne à Courchevel est une passion vivifiante, une raison de vivre autrement.

Rien n’est plus exact dans le cas de Michel Rochedy, septuagénaire ardéchois au cœur d’or, venu s’implanter comme restaurateur-hôtelier dans les années 60-70 dans le village de Courchevel où les vaches croisaient les paysans et les pêcheurs en quête de champignons, de truites et de feras des lacs. Qui aurait pu imaginer à l’époque disons préhistorique que Courchevel 1850 deviendrait une destination huppée, chic et chère, fréquentée par des hordes de Russes en fin d’année et par plus de cinquante nationalités de clients? Courchevel est désormais une destination mondiale– comptez plus de 8 000 rotations de jets et d’hélicos.

Au Chabichou, Relais & Châteaux de bois blanc, doublement étoilé au Michelin, Michel Rochedy et son épouse ont été des pionniers du tourisme planétaire de la station, et il leur a fallu une sacrée dose de courage et de ténacité face aux banques rapaces pour tenir le coup et assumer les risques de l’investissement hôtelier, des deux restaurants et du magnifique SPA qui emploient plus de 140 personnes en saison.

«rich and famous»

Le couple, si accueillant, a su maintenir une atmosphère familiale, bon enfant, conviviale, très loin du climat «rich and famous» des palaces à la mode. Et le Chabichou ne ferme jamais, une exception à Courchevel.

Côté développement faramineux de l’hôtellerie haut de gamme, Raymonde Fenestraz, la créatrice des Airelles à l’architecture autrichienne façon Sissi Impératrice, avait bien vu dans les années 90 la nécessité d’attirer une clientèle étrangère sur les pentes et dans les hôtels à flanc de colline de Courchevel. C’est elle qui a payé de sa personne en allant à Moscou et à Saint-Pétersbourg pour motiver de nouveaux venus et ces riches Russes à la tête de fortunes considérables rivalisant avec les nababs des Émirats.

Sans les citoyens de Russie et des états limitrophes, Courchevel aurait-elle décollé de façon aussi vertigineuse? De la semaine de Noël au 12 janvier, la station chère à la famille Boix-Vives (les skis Rossignol) est russifiée: les cadres des hôtels, les moniteurs de ski, les gérants de boutiques de mode, de joaillerie parlent la langue de Tolstoï ou de Soljenitsyne et pour le Nouvel An russe, les dîners et les soirées à la russe célèbrent le passage à l’an nouveau –jusqu’à 90% des vacanciers viennent de ces contrées glaciales.

Les Russes aux moyens conséquents (5 000 jusqu’au 12 janvier) trouvent tout ce que la France du bien-vivre et du savoir boire sait leur apporter côté fêtes aux nuits endiablées: DJ à gogo, dîners sans fin, caviars à la louche et grands champagnes et crus de Bordeaux de rêve à des prix délirants. À la Mangeoire, un restaurant night-club où se ruent de sérieux noctambules, la bouteille de Lafite 1982 est à 30 000 euros, le pétrus 2005 à 25 000 euros, le Cheval Blanc 2005 à 7 000 euros, le Dom Pérignon en mathusalem (six litres) à 75 000 euros et le Château d’Yquem 2005 à 4 550 euros –du jamais vu dans n’importe quel étoilé français. L’effet slave a fait la fortune de Courchevel et de son commerce de haut de gamme.

Des tarifs pour milliardaires russes

C’est d’abord pour cette frange de clientèle aux moyens quasi illimités que les tarifs des nuits d’hôtel dépassent l’entendement: 20 000 euros et plus pour une suite avec jacuzzi et des additions de 500 à 2 000 euros dans les restaurants les plus cotés de la station. À Paris, le tarif hôtelier le plus élevé est de 1 100 euros par jour au Four Seasons George V. Oui, l’ivresse de la neige se paie très cher dans ce paradis blanc des Trois Vallées.

En fait, il semblerait que le désir de montagne, au détour de l’hiver, le plaisir de la glisse sous le soleil, l’énergie engrangée près des cimes, les batteries des urbains rechargées sur les pentes, la famille réunie et les joies du partage, tout cela a forgé de nouveaux segments de clientèle en Europe de l’Est, en Amérique du Nord et du Sud, au Brésil et chez les Asiatiques en quête de sensations fortes dans ce mirifique décor alpin. L’omniprésence du luxe tapageur ne doit pas cacher l’hospitalité pour tous. De ce point de vue, il y a encore d’immenses progrès à accomplir, mis en œuvre par les édiles locaux: 16 résidences et centres de vacances, 169 meublés labellisés, 285 chalets à tous les prix, un choix somme toute assez large.

Dans l’éventail des belles adresses qui ont façonné l’image de marque «high class» de la station chère à Alexis Pinturault, leader du ski français – sept podiums en 2012– le Strato, du nom de la fameuse paire de skis inventée par Laurent Boix-Vives (un million de paires vendues en trente ans), a été construit à flanc de montagne par l’architecte Jean-Pierre Jourdan qui a intégré au bâtiment de verre et de bois un «ski room» à nul autre pareil. Livrant un accès direct à la piste de Cospillot, équipés de pied en cap, chaussés, les piolets en main, les skieurs foncent dans le manteau blanc en quelques minutes. Et en remontant, le bar à champagne les attend –ah l’heureux programme!

Le Strato et le Cheval Blanc

Édifié sur les terrains de la famille, doté de 25 chambres et suites, le Strato aux lignes claires, cheminées et confort modernes, bénéficie du concours de Jean-André Charial, propriétaire de l’Oustau de Baumanière et de son chef doublement étoilé, Sylvestre Walid, formé par Alain Ducasse, qui marie les plats de Provence: les lasagnes à l’huile d’olive, les herbes et les écrevisses du Léman, les huîtres Gillardeau et la canette de Challans. Mer, lacs et rivières approvisionnent la palette de ce chef un brin sorcier, amoureux des terroirs et des pâtes à l’italienne.

Le Strato est l’œuvre d’amour et de fidélité de Jeanne Boix-Vives à Courchevel, laquelle s’est impliquée corps et âme avec ses deux filles dans la conception un brin révolutionnaire de cet hôtel new look qui donne une autre vision du luxe orienté vers le sport et la joie d’être ensemble. À peine ré-ouvert, début décembre, le Strato a vu revenir ses fidèles.

Mais l’hôtel cinq étoiles dont tout le monde parle depuis des années, c’est le Cheval Blanc, le premier de la collection à venir de LVMH, initié par Bernard Arnault, excellent skieur et abonné à la station depuis des lustres. Le Cheval Blanc, du nom du premier grand cru de Saint-Émilion acquis en 1993 par Bernard Arnault et son ami Albert Frère, jouxte les Airelles dans le Jardin Alpin, et il a été pensé comme un chalet traditionnel de bois brun, logé entre la montagne et la forêt.

Dans ce secteur privilégié, l’environnement et la nature ont été préservés: l’emplacement du Cheval Blanc en lisière des pistes, l’espace modulé en fonction des besoins (terrasses au soleil, yourtes) et la palette des matières, acier, bronze, laiton en regard du cachemire, du cuir, de la fourrure, tout cela forme une remarquable demeure à vivre, un cocon stylé, sans tape-à-l’œil ni clinquant. Le goût, le bon goût a évacué le confort attendu du grand hôtel passe-partout: 140 employés pour 35 clés et un appartement de 650 mètres carrés à 35 000 euros par jour. Du grand luxe qui fait honneur à l’hôtellerie française.

La décoration adaptée au lieu, les salons d’accueil, les cheminées à la  flamme vive, le mobilier, les fauteuils et canapés des salons, les accessoires qui attirent l’œil, l’élan habillé en Vuitton, les horloges avec coucous, les sculptures de Xavier Veilhan, de Jeff Koons pour la bouteille de Dom Pérignon, les flacons grand format de Cheval Blanc (80 références), le «ski room» du rez-de-chaussée doté d’une piste en dur, oui, ce chalet coulé dans l’esprit du site montagnard mérite son succès depuis sept ans: les clients viennent de 37 pays et les fidèles pour 50%.

Le PDG de LVMH sait s’entourer des meilleurs. Éric Boonstoppel, ancien du groupe Barrière, a été la tête pensante de Cheval Blanc, il a lancé le resort éponyme aux Maldives, inauguré début décembre, et au Cheval de Courchevel, comme disent les habitués, il a pu recruter Yannick Alleno, le chef trois étoiles parti du Meurice qui a imprimé sa créativité aux deux restaurants du chalet, le White et le 1947 du nom du millésime d’exception du grand cru de Saint-Émilion: le vin décliné comme une marque d’hôtel.

Le White et le 1947

La carte du White, envoyée par le Breton Glenn Viel, combine des plats savoyards comme la soupe paysanne au pain et au lard, la fondue à l’emmenthal et beaufort, le diot local, la saucisse de porc truffée en brioche (36 euros), la tarte au citron à damner un saint (18 euros) et des préparations d’excellente facture: la purée moelleuse aux truffes noires, les tranches de Black Angus crues au foie gras, le carpaccio de bar aux condiments, la fricassée d’écrevisses et châtaignes au lard, le suprême de volaille de Bresse à la truffe. Toutes ces réjouissances sont servies sur la terrasse ensoleillée et, le soir, dans l’élégante salle à manger d’une sobriété discrète –la cheminée bien accueillante quand il fait moins dix degrés dehors.

Il en est tout autrement au 1947. Cinq tables, une vingtaine de couverts et vingt cuisiniers pour les recherches culinaires actuelles de Yannick Alleno en pleine redéfinition de son répertoire surprenant côté végétal, axé sur l’épure. «J’ai reconsidéré la cuisine d’aujourd’hui en m’appuyant sur la quintessence du produit et des sauces originales, privilégiant la diététique, la légèreté et l’équilibre des saveurs» confie-t-il dans son laboratoire jouxtant la salle à manger où il voit tous les clients au dîner.

Aidé du chercheur Bruno Goussault, un as des techniques culinaires, Alleno propose une quinzaine d’assiettes jamais vues ni goûtées nulle part: le pot-au-feu de légumes dans un céleri, liaison au raifort (23 euros), les poireaux à la béchamel au vin jaune et à la truffe noire (86 euros), le gelée de saké au vinaigre de riz et langues d’oursins (26 euros), les coussinets de fera aux truffes noires et fins poireaux, une sorte de chef-d’œuvre de goût (39 euros) et des pommes de terre imprimées sur un voile croustillant, lait de sole puissant (29 euros) et le pain de brochet (39 euros).

Toutes ces propositions en prélude aux trois plats majeurs: le riz enrichi aux sucs de poulet, truffe noire et pain de foie de volaille, incroyable assemblage de goûts (120 euros), la sopina, la soupe savoyarde des poissons du lac aux écrevisses et bleu de Termignon (98 euros), le turbot rôti sur l’os à moelle, betteraves, épinards, oignons blancs, câpres chauds, une ode aux légumes iodés (115 euros).

Pour suivre, des fromages cuisinés, une rareté, et les desserts aux truffes ou le palet de poire au caramel, arlette au cacao qui concluent cette expérience de table hors normes. Au lieu de prolonger en Savoie sa gestuelle très au point – la poularde en quatre services à Paris –il a entrepris une remise à plat de sa manière de cuisiner en visant le dépouillement et les accompagnements légumiers et sauciers. Le renouvellement est sidérant, sans choquer. Certaines assiettes (la soupe, les poireaux) très innovantes emballent les mangeurs par la finesse et l’ampleur des saveurs.

À coup sûr, ce fabuleux chef, auteur d’une encyclopédie de 1 500 plats (1 500 euros) a franchi une nouvelle étape vers une sorte d’excellence aux risques calculés. Alleno, dans cet éventail d’assiettes et de surprises très dominées, doit être récompensé par le Michelin et retrouver une troisième étoile, couronnant une phénoménale progression et une avancée décisive de son style. Oui, le Cheval Blanc, par l’ensemble de ses prestations et les dimensions humaines du chalet, trône au sommet de l’hôtellerie française, toutes catégories.

 

L’Apogée

• 5 rue Émile Allais, le Jardin Alpin 73120 Courchevel. Tél. : 04 79 04 01 04. Chambres à partir de 900 euros selon la saison. Cuisine variée de Franck Ferigutti, M.O.F., au Comptoir. Kids Club avec des ateliers, SPA Sisley, superbe piscine, DJ le weekend.

Le Chabichou

• Relais & Châteaux. Rue des Chenus 73120 Courchevel. Tél. : 04 79 08 00 55. 33. Chambres à partir de 179 euros, 8 suites. Un restaurant deux étoiles des chefs Michel Rochedy et Stéphane Buron, cuisine créative, élégante, d’un excellent prix-plaisir. Au Chabotté, terrasse et plats du terroir, viandes à la broche. Menus à 16, 26 et 30 euros pour le tout Courchevel gourmand. SPA de 1 200 mètres carrés et vaste piscine. Pas de fermeture annuelle. Navettes.

Le Strato

• Rue de Bellecôte 73120 Courchevel. Tél. : 04 79 41 51 60. 25 chambres à partir de 890 euros selon la saison. Restaurant tenu par Jean-André Charial et sa brigade de l’Oustau de Baumanière, chef Sylvestre Walid, deux étoiles, qui marie avec brio les influences méditerranéennes et savoyardes, un « must » pour les bons mangeurs. SPA et formidable ski room. Navettes.

Cheval Blanc

• Le Jardin Alpin 73120 Courchevel 1950. Tél. : 04 79 00 50 50. 32 chambres à partir de 1 520 euros en demi-pension et 4 suites. Deux restaurants : le White, cuisine de tradition de 80 à 120 euros, et le 1947, superbe menu-carte de Yannick Alleno de 90 à 150 euros. Cave unique de 2 000 bouteilles de Cheval Blanc, le 1997 à 1 000 euros, Petit Cheval le second vin et Cheval des Andes d’Argentine à des prix canon. Vins au verre abordables. SPA Guerlain, soirées retour des pistes, Hair Room de John Nollet. Carrousel des Enfants, boutiques Vuitton et Dior. Navettes.

Et aussi les Airelles, le K2, le Kilimandjaro, le Lana, l’Annapurna, la Loze, la Pomme de Pin.

Nicolas de Rabaudy

 

Nicolas de Rabaudy
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