France

Comme le pire est certain, il n'aura pas lieu en 2014

Jacques Attali, mis à jour le 28.12.2013 à 9 h 06

Le scénario le plus vraisemblable pour 2014 est celui d'une poursuite de nos graves difficultés économiques et de tensions sociales et politiques grandissantes. A moins que nous décidions tous d'agir...

Un lever de terre pris le 24 décembre 1968 par l'équipage d'Apollo 8. REUTERS

Un lever de terre pris le 24 décembre 1968 par l'équipage d'Apollo 8. REUTERS

L’année 2014 s’annonce  sous les plus mauvais auspices: dans le monde, même si la reprise de la croissance et de l’investissement semble s’annoncer, aux Etats-Unis et  dans quelques pays émergents, comme le Mexique,  le Nigéria et l’Indonésie, en réalité, cette croissance ne sera, l’an prochain, pour l’essentiel, financée que par une aggravation de la dette publique et par l’émission monétaire; les inégalités seront de plus en plus grandes;  les fruits de la croissance seront de plus en plus confisqués par une minorité; les manifestations du protectionnisme de plus en plus nombreuses et efficaces. Rien ne sera plus propice à l’exaspération des peuples et à la rage des extrémistes. En particulier, aux Etats-Unis, il faudra choisir entre la poursuite de la croissance monétaire et la rigueur budgétaire, ce qui dans les deux cas peut provoquer des catastrophes. 

Sur le terrain militaire on peut s’attendre à des conflits sur toute la planète, dont certains sont déjà là: au Sahel, en RDC,  au Sud Souda; d’autres menacent: entre la Chine et le Japon, entre Iran et Israël. En matière d’environnement, on peut s’attendre à des catastrophes naturelles de plus en plus lourdes, provoquées par les changements climatiques.

Baisse du pouvoir d'achat et chomage en hausse

A l’échelle européenne, la croissance ne sera pas au rendez-vous, le chômage ne se réduira pas, le niveau de vie continuera de stagner ou de baisser, la dette publique  deviendra hors de contrôle en Grèce, au  Portugal, puis en Italie et en France; les élections de mai se traduiront presque partout par une forte montée des partis extrêmes, qui influeront sur les décisions du prochain parlement européen et  paralyseront toute avancée fédérale. Les accords sur l’Union Bancaire, qui viennent d’etre annoncés à grands coups de trompe, se révèleront inapplicables, faute de révision des traités; et toute la crédibilité de l’édifice de l’euro sera, une nouvelle fois, remise en cause. Jamais l’avenir de l’Europe ne paraitra plus sombre.

En France, l’année s’annonce bien pire encore: une économie en croissance zéro, ce qui signifie une baisse de pouvoir d’achat et un chômage en hausse; un déficit non réduit;  une dette croissante; un parti raciste devenant le premier parti de France aux élections européennes, après avoir fait son entrée dans un très grand nombre de conseils municipaux, une fuite des forces vives, un reflux des investissements étrangers, une majorité politique aux abois, tentée de trouver une issue  en se radicalisant. La France deviendra alors  la cible de toutes les attaques des marchés, jusqu’à passer sous le contrôle d’une humiliante troïka.

Ce scénario du pire est le plus vraisemblable. Pourtant l’histoire nous apprend que, quand quelque chose dans l’avenir  nous parait certain, c’est qu’il n’aura pas lieu. Alors, on peut se prendre à rêver que 2014 se terminera bien mieux qu’il  ne s’annonce.

Des décisions courageuses

La croissance américaine pourrait enfin s’appuyer sur des décisions budgétaires enfin raisonnables; le progrès technique pourrait commencer à avoir un impact sur la croissance, et sur l’emploi. En particulier, des innovations significatives pourront améliorer significativement l’efficacité de l’usage de l’énergie. La croissance pourrait interrompre le cercle vicieux du protectionnisme. Les conflits pourraient aussi s’éloigner, grâce à l’intervention efficace des forces françaises et africaines; et la paix revenue pourrait aider les pays du Sahel à se brancher sur la croissance nigériane. Pour l’Europe, une élection européenne moins radicale que prévue conduirait  à la mise en place d’un vrai projet fédéral, distinguant la zone euro de l’Union Européenne, à laquelle pourrait adhérer la Turquie et l’Ukraine.

Enfin, en France, on se prend à rêver à un président prenant dès janvier des décisions courageuses, pour reprendre le contrôle du groupe parlementaire socialiste et obtenir de lui qu’il veuille bien réformer enfin la formation permanente, bien au-delà de l’accord timide des partenaires sociaux; mettre à plat les dépenses publiques, et lancer de courageuses économies, en particulier par  la suppression de l’échelon départemental. Un tel comportement, accompagné d’une conduite claire et sincère d’un projet pour le pays et l’Europe, peut conduire à un recul du Front National, et à un retour de la confiance des investisseurs étrangers.

L’année 2014 y sera donc jouée au plus tard fin février, pour le meilleur et pour le pire...

Dans ce monde plus dangereux que jamais, chacun sera de plus en plus tenté de se replier sur son bonheur personnel. Même si cela le pousse à oublier les autres, à ne penser qu’à lui, à quitter son pays. En agissant ainsi, on aurait tort: l’égoïsme n’est toujours qu’une façon de retarder les échéances.  Quoi qu’il arrive, nous ne sommes pas spectateurs du monde. A nous de faire en sorte dès aujourd’hui, par l’action, le vote, la révolte, le sourire, de faire que 2014 soit une très bonne année.

Jacques Attali

Cet article a été également publié par L'Express

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