Culture

Harry Potter et le prince de sang mêlé, le Beverly Hills des sorciers

Dana Stevens, mis à jour le 19.07.2009 à 21 h 03

Il est temps que l'école se finisse.

En 2007, j'ai conclu ma critique de «Harry Potter et l'Ordre du Phénix» par un «Vivement la rentrée prochaine!» Deux ans plus tard, après avoir vu «Harry Potter et le prince de sang mêlé» (Warner), j'ai plutôt hâte que l'école se finisse. Hâte tout à fait prématurée, d'ailleurs, puisque le dernier livre de la série, «Harry Potter et les reliques de la mort», sera divisé en deux films. Oui, le bal de promo est encore loin. Et pour couronner le tout, «Le prince de sang mêlé» doit être l'épisode le plus ennuyeux depuis «La Chambre des secrets» (2002). En le regardant, on ne peut pas s'empêcher de se demander si une série de films qui s'étale sur dix ans n'est pas condamnée à sombrer dans la médiocrité.

Les 2h33 du film, réalisé par David Yates (qui a courageusement promis de rempiler pour les autres épisodes), donne largement le temps au spectateur de réfléchir sur la seule véritable magie que ces films parviennent à susciter. Comme la série documentaire «Up» de Michael Apted, qui suit la vie d'un groupe d'Anglais depuis l'enfance jusqu'à la cinquantaine, Harry Potter nous permet de suivre le passage de l'enfance à l'âge adulte de ses trois héros, Daniel Radcliffe, Rupert Grint et Emma Watson (respectivement: Harry; son meilleur ami, Ron Weasley; et celle-dont-ils-sont-toujours-à-deux-doigts-de-tomber-amoureux, Hermione Granger).

C'est un privilège rare au cinéma, où le vieillissement d'un personnage est le plus souvent figuré par le truchement du remplacement d'un enfant par un adulte qui lui ressemble vaguement. Heureusement pour le film, le sentiment de familiarité que nous pouvons ressentir vis-à-vis de ces trois acteurs, et le capital de sympathie qu'ils ont accumulé au fil des épisodes, compense en partie la paresse avec laquelle «Le prince de sang mêlé» développe leur personnage.

Où est passé le grand méchant?

Et toute cette sympathie s'avère bien utile lorsqu'on arrive à mi-parcours, où l'on comprend pourquoi cet épisode est si ennuyeux: il n'y a pas de méchant! Lord Voldemort (Ralph Fiennes) n'apparaît que sous forme de nuage sombre et se contente d'observer la situation. Ses desseins maléfiques sont accomplis par un personnage remarquablement plat et inintéressant, Drago Malfoy (Tom Felton), un élève de Poudlard passé du côté du mal, qui passe son temps à arpenter les couloirs de l'école déguisé en ado fan de Sisters of Mercy. Helena Bonham Carter, qui interprète l'autrement plus inquiétante Bellatrix Lestrange, fait quelques apparitions, mais si brèves que son personnage reste tout aussi vague que dans les autres épisodes. Par exemple, pourquoi est-elle enceinte la première fois que nous la voyons, et plus ensuite? A-t-elle enfanté une créature maléfique qui viendra hanter les derniers épisodes?

La plus grande partie du film ne s'intéresse ni à la nature ni aux origines du mal. C'est seulement dans la dernière demi-heure que nous avons droit au bon vieux duel à résonances métaphysiques. En fait, «Le prince de sang mêlé» semble être un long interlude, essentiellement consacré aux changements d'alliances aussi bien académiques qu'amoureuses. Au début de l'année scolaire, Albus Dumbledore (Michael Gambon), le grand magicien qui dirige Poudlard, assigne une tâche à son meilleur élève se lier d'amitié avec Horace Slughorn (Jim Broadbent), le spécialiste des potions récemment réengagé par l'école, qui possède des informations précieuses sur le passé de Voldemort, informations qui pourraient permettre de détruire définitivement ce dernier.

Beverly Hills, les hiboux en plus

Pendant ce temps, Harry s'entiche de Ginny Weasley (Bonnie Wright), la sœur de son grand ami Ron, qui a lui-même tourné la tête à la jeune, et pas très maligne, Lavande Brown (Jessie Cave). Le béguin d'Hermione pour Ron se transforme en passion languissante, d'autant plus douloureuse que ce dernier et Lavande passent leur temps à se bécoter. Vous l'avez compris, le gros du suspense tourne autour de qui sort avec qui, et de qui sera le cavalier ou la cavalière de qui à la fête du professeur Slughorn. Bienvenue à Beverly Hills.

Néanmoins, malgré les nombreux, et ô combien chastes, baisers entre ados à la peau claire, le film conserve quelques sources de satisfaction. Comme dans les autres épisodes, les décors (du Stuart Craig, qui est sur la série depuis le début) forment un envoûtant labyrinthe de détails. Poudlard, filmé avec une palette de couleurs désaturées qui convient bien à l'atmosphère de plus en plus sinistre de la série, semble toujours aussi immense et mystérieux. Alan Rickman, dans le rôle du très désagréable professeur Severus Rogue, mâche chaque syllabe comme s'il s'agissait d'un morceau de viande avariée.

Dans un final insipide, Harry et ses petits camarades jurent sur tout ce qu'ils ont de plus cher qu'il y aura encore deux suites. Mais malgré la lourdeur du ton et de la mise en scène de cet antépénultième chapitre, il y a quelque chose de touchant dans la loyauté naïve que la série éprouve pour les livres qu'elle adapte. Quelle que soit l'issue du dernier face à face entre Harry et Voldemort, quand le dernier film sortira en 2011, il faudra dire adieu à un univers complexe et attachant.

Dana Stevens

Traduit par Sylvestre Meininger

(Photo officielle du film, via allociné: Harry et Ginny)

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