Monde

Indonésie: la marque de la Jemaah Islamiyah

Jean-Claude Pomonti, mis à jour le 17.07.2009 à 12 h 53

Attribuées à ce groupe islamique responsable des attentats de Bali, les attaques de Djakarta sont-elles un événement isolé ou le début d'une vague?

Les explosions de deux bombes dans deux palaces, situés côte à côte dans le centre de Djakarta, ont fait 9 morts et 42 blessés. La plupart des victimes se trouvaient, à l’heure du petit déjeuner, dans un restaurant situé au deuxième étage du Ritz-Carlton, vendredi 17 juillet, peu avant huit heures du matin. L’autre explosion s’est produite cinq minutes auparavant dans le soubassement d’un établissement voisin, le JW Marriott. La mort d’un ressortissant néo-zélandais a été confirmée. Seize étrangers figureraient parmi les blessés. Le Ritz-Carlton devait héberger, pendant le week-end, l’équipe de football de Manchester United, qui a renoncé au voyage.

La paternité de ces explosions coordonnées, qui demandent des mois de préparation et font appel à de «puissants explosifs», ne fait guère de doute: ils portent la marque de la Jemaah Islamiyah (JI), nébuleuse régionale clandestine formée au milieu des années 90 en Malaisie et qui est intervenue surtout en Indonésie au début du siècle. Liée à Al-Qaïda, la JI n’a jamais revendiqué le moindre attentat et ne s’était pas manifestée depuis 2005, lorsque deux bombes humaines avaient explosé dans des restaurants de plage sur l’île de Bali, faisant vingt morts. La menace terroriste est donc toujours présente, ainsi qu’en avait averti, le 16 juillet, l’Australian Strategic Policy Institute, après la découverte, quarante-huit heures auparavant à Java Central, d’un dépôt clandestin d’explosifs.

La JI a subi de sérieux revers ces dernières années. A la suite du double attentat qui avait fait 202 victimes dans des boîtes de nuit de Bali en octobre 2002, la lutte anti-terroriste avait marqué de sérieux points. Plus de quatre cents militants de la JI avaient été arrêtés non seulement en Indonésie mais également à Singapour, en Malaisie et aux Philippines. Le principal opérateur de la JI, l’Indonésien Hambali, avait été capturé en Thaïlande en 2003 et se trouve actuellement à Guantanamo. Formée avec l’aide d’experts australiens et américains, une unité spéciale indonésienne, le Détachement 88, avait réussi à démanteler plusieurs cellules de la JI.

Mais des dizaines de terroristes traînent encore dans la nature. Certains se sont réfugiés dans le sud des Philippines, sous la protection de mouvements insurrectionnels musulmans ou celle d’Abu Sayyaf, un groupement qui pratique surtout le kidnapping pour rançon. Un fabricant de bombes, le Malaisien Noordin Mohammad Top, n’a toujours pas été retrouvé. Le problème: rassembler les éléments pour fabriquer une bombe ne demande pas trop de moyens et les palaces, qui accueillent touristes et hommes d’affaires étrangers, sont particulièrement vulnérables en dépit des mesures de sécurité prises depuis des années. Le JW Marriott de Djakarta avait été déjà victime d’un attentat spectaculaire en 2003, lequel avait fait douze morts.

La fin de quatre années de paix

Pour l’Indonésie, les attentats marquent la fin de quatre années de paix mises à profit pour mettre un terme à des conflits interreligieux à Sulawesi et aux Moluques, ainsi que pour ramener la paix à Atjeh. Des élections législatives, le 9 avril, et une présidentielle, le 8 juillet, s’y sont déroulées dans le calme le plus complet. En outre, comme l’économie indonésienne résiste bien aux effets de la crise mondiale, les investisseurs étrangers étaient bien disposés. 

Réélu dès le premier tour le 8 juillet avec plus de 60% des voix, le président Susilo Bambang Yudhoyono s’est déclaré «profondément préoccupé». Susilo connaît d’autant mieux le problème qu’en tant que ministre de la Sécurité fin 2002, il a mis en place le dispositif indonésien de lutte anti-terroriste. L’Indonésie est d’autant plus sous le choc que, dans ce pays qui rassemble plus de deux cent millions de musulmans, le terrorisme pratiqué par la JI est très impopulaire : en novembre dernier, l’exécution de trois auteurs des attentats de 2002 à Bali n’a guère provoqué de remous.

Les objectifs de la JI, ou de ce qu’il en reste, sont divers. Les uns, alignés sur Al-Qaïda, prônent la lutte contre les «ennemis de l’islam». D’autres veulent un califat, un projet aussi vieux que l’indépendance de l’Indonésie et qui ne semble guère avancer si l’on s’en tient aux insuccès électoraux répétés de l’islam politique. D’autres, enfin, sont concernés par des revendications plus locales. Mais il reste à savoir si les derniers noyaux de la JI ont encore les moyens de renouveler une telle opération et dans quels délais. La campagne d’attentats terroristes, en Asie du Sud-Est, s’est étalée de 1999 à 2005, avec un bilan de 280 morts. En outre, les bombes du 17 juillet à Djakarta sont loin d’avoir provoqué les hécatombes survenues lors des attentats contre des hôtels à Mumbai (170 morts en novembre dernier) ou à Peshawar (54 morts en septembre).

La chasse aux auteurs de ces forfaits a commencé. Elle sera d’autant plus serrée que Djakarta est censée accueillir en novembre Barrack Obama, qui a vécu quatre années de son enfance dans la capitale indonésienne. Pour le reste, si les explosions du 17 juillet demeurent sans lendemain, ils seront probablement assez vite oubliés.

Jean Claude Pomonti

(Photo: Reuters/Crack Palinggi, un homme est emmené à l'hôpital après les explosions)

Jean-Claude Pomonti
Jean-Claude Pomonti (23 articles)
Journaliste
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