France

La pire des erreurs de Hollande: la politique du logement

Eric Le Boucher, mis à jour le 14.12.2013 à 16 h 47

Des transactions gelées, des prix toujours aussi élevés, des constructions en chute de 9%: tel est le bilan catastrophique de la politique conduite par Cécile Duflot.

Marseille, février 2013. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Marseille, février 2013. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

La plus caricaturale, mais aussi la plus grave des erreurs de politique économique du gouvernement est sans conteste la politique du logement. On en retrouve toutes les caractéristiques, mais amplifiées: le diagnostic idéologique faux, les incompétences techniques et les zigzags fiscaux et réglementaires. Nulle part ailleurs la défiance des professionnels n'est si grande. Le marché immobilier est bloqué, la construction aussi. Cécile Duflot, la ministre, a fait l'Essec, elle y sera étudiée comme «un cas» d'échec absolu.

La France souffre d'une très grave pénurie de logements, estimée de l'ordre de 800.000. A la décharge du gouvernement actuel, elle remonte à loin, les pouvoirs publics ne sont jamais parvenus à la guérir malgré des quantités de mesures d'aide en tout genre depuis la dernière guerre. L'interventionnisme cumulatif de l'Etat dans le jeu entre la demande des ménages et l'offre (la construction) a pour résultat que la France est le pays qui consacre le plus d'argent public au logement mais qui a les pires résultats: pénurie persistante et prix très élevés.

Le bilan de Cécile Duflot est sans appel. Les constructions sont en chute de 9% sur un an. Seuls 340.000 logements sortiront de terre cette année, François Hollande en avait promis 500.000 par an. La chute est de 16% pour les maisons individuelles. Chez les promoteurs, les réservations sont en recul de 7,5%. Ils remballent leurs projets, les demandes de permis de construire se sont atrophiées de 23% (chiffre du troisième trimestre). Les faillites se multiplient: 20.000, selon la Coface. La construction représente un tiers de toutes les défaillances d'entreprise tous secteurs confondus. Bien plus que son poids dans le PIB.

Le marché de vente de l'ancien est lui aussi à l'arrêt, mais cela n'empêche pas les prix de se maintenir, avec une érosion de seulement 1% à 1,5% par an en région, et même de reprendre leur hausse à Paris, où la pénurie est la plus grave. Quand une demande s'effondre, normalement, sur un marché qui fonctionne bien, les prix suivent; en France, non, alors que notre pays est, selon l'OCDE, le pays où l'immobilier est le plus «surévalué» par rapport aux revenus des ménages. Les transactions sont gelées, mais les prix ne bougent pas: acheteurs comme vendeurs, tout le monde y perd, loupé sur les deux tableaux. Chapeau!

On loupe ce moyen de relance facile

Les conséquences de cet échec sont très graves. La France est le seul pays où la construction ne sert pas à amorcer ou à consolider la reprise. En Grande-Bretagne, la croissance va nettement accélérer, autour de 2,7% en 2014, grâce, notamment, à la bonne tenue du marché immobilier (constructions neuves en hausse de 20%). Aux Etats-Unis, idem: la vente de logements a crû de 21% sur un an; les dépenses de construction sont au plus haut depuis 2009.

En France, le BTP aurait dû être un moyen de relance très facile. Le gouvernement loupe là, par sa faute, environ un demi-point de cette croissance qu'il attend si impatiemment. Il avait pourtant, sous la main, tout pour réussir: la volonté des Français d'acquérir leur habitation, de l'épargne à profusion, des constructeurs. Seules les surfaces foncières font défaut, parce qu'elles sont bloquées par des mécanismes et des comportements malthusiens, mais ceux-ci sont connus, il suffit de les faire sauter pour que la construction reparte. Le bâtiment présente en outre deux immenses avantages: il crée beaucoup d'emplois et il fait appel à peu d'importations. Donc, il ne creuse pas le déficit commercial du pays.

Mais l'erreur de Cécile Duflot est, dès le départ, celle du diagnostic. Si l'économie va si mal, pense sommairement la majorité du Parti socialiste et des écologistes, c'est à cause de l'appât du gain des féroces capitalistes. Il faut «taxer les riches». Dans le logement, cela se traduit par la lutte contre rapacité des propriétaires. Il faut les punir, les contraindre, à l'avantage des gentils locataires. Et le gouvernement de revenir au contrôle bureaucratique des hausses des loyers. Comme, quand même, on souffle à la ministre que les investisseurs risquent de renoncer à construire, il suffit pour leur remonter le moral de les défiscaliser ou de leur offrir des «garanties» publiques contre les impayés. On borne la marge du capitaliste-propriétaire, mais on le dédommage par des aides publiques: voilà la quintessence de la politique étatiste.

Une «remise à plat» s'impose

François Hollande, renseigné par Louis Gallois, a compris que la France souffrait de l'inverse de ce que croyait la gauche: une insuffisance de l'offre. Que n'applique-t-il pas cette nouvelle politique d'abord et dès maintenant au logement pour encourager les constructions et n'interdire que ce qui les bloque. Cécile Duflot voulait, intelligemment, retirer les permis de construire des mains des maires (qui les limitent dans la crainte électorale de déplaire aux habitants existants), mais elle y a renoncé. Par ailleurs, elle maintient le régime de défiscalisation pour investissements locatifs, intitulé «le Duflot» comme hier «le Scellier», mais elle le réduit, ce qui accroît leur côté ubuesque: il continue de coûter cher à l'Etat et promeut des immeubles dans des zones improbables qui restent vides.

Ici aussi, Jean-Marc Ayrault, une «remise à plat» s'impose. Par ignorance, Cécile Duflot a maintenu une politique française du logement en échec; par idéologie, elle a amplifié ses travers; et, par un effet boomerang de son ego, elle, militante de la dure gauche écologiste, restera dans la mémoire des Français au masculin, sous le nom de «le Duflot», comme celui d'un (mauvais) outil de défiscalisation.

Eric Le Boucher

Article également publié dans Les Echos

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Cofondateur de Slate.fr
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