Economie

Pourquoi, cinq ans après, la crise n'est toujours pas finie

Gérard Horny, mis à jour le 11.12.2013 à 14 h 25

Entre reprise molle, risques à l'horizon et chacun pour soi, l'économie mondiale ne voit pas le bout du tunnel.

Une manifestation à Lisbonne, le 25 avril 2013. REUTERS/José Manuel Ribeiro.

Une manifestation à Lisbonne, le 25 avril 2013. REUTERS/José Manuel Ribeiro.

Les Français sont de mauvaise humeur et le font savoir. Ils n’apprécient guère la hausse des impôts, c’est sûr, mais il y a plus grave. Ils commencent à désespérer de voir l’économie retrouver un peu plus de tonus.

La crise, c’était fin 2008. Comment se fait-il que cela n’aille pas mieux aujourd’hui?

Une progression du PIB de 0,2% en moyenne pour 2013, selon les prévisions actuelles de l’Insee, n’est pas de nature à susciter l’enthousiasme. Quant au chômage, la modeste inflexion enregistrée en octobre, avec un recul de 20.500 (0,6%) du nombre des demandeurs d’emploi de catégorie A, ne permet pas d’oublier que la hausse est encore de 6% sur douze mois et que le nombre total des demandeurs d’emploi est toujours en hausse, à près de 4,9 millions.

Le pire a été évité...

Il n’est donc pas vraiment étonnant qu’une certaine impatience se manifeste. Pourtant, lorsque la crise financière de 2008 a éclaté, tous les commentateurs et les dirigeants politiques de l’époque ont été unanimes à souligner qu'elle était la plus grave que le monde ait connue depuis celle de 1929.

Et, signe de la gravité de la situation, la communauté internationale a réagi, pour une fois, en jouant collectif. L’objectif était clair: éviter que la crise financière ne dégénère en grande dépression comme cela avait été le cas dans les années 30.

On a un peu oublié tout cela, parce que le pire a été effectivement évité, parce que les grandes puissances économiques ont repris leur jeu du chacun pour soi et que l’alerte semble être passée. Mais, quand on regarde de près les chiffres, on voit bien que le monde n’est pas complètement tiré d’affaire.

...mais la reprise peut encore capoter

Tout le monde a bien remarqué que les économistes de l’OCDE avaient abaissé leurs prévisions de croissance pour 2013 et 2014, mais la tonalité très négative des propos tenus par leur chef, Pier Carlo Padoan, le 19 novembre, a été insuffisamment perçue:

«Ces derniers mois, trois événements ont déjà ébranlé la confiance et déstabilisé les marchés, expliquant en partie la révision à la baisse de nos prévisions depuis la dernière édition des Perspectives économiques.

D’abord, la réaction à l’annonce, par la Réserve fédérale, d’un ralentissement de ses achats d’actifs, a été étonnamment forte. Ensuite, la montée des inquiétudes relatives aux évolutions en cours dans certaines économies émergentes a avivé les tensions sur les marchés et accentué les sorties de capitaux. Enfin, les Etats-Unis ont frôlé une crise potentiellement catastrophique liée au plafond de la dette de l’Etat fédéral.

Ces événements, déjà cités parmi les risques au moment de la parution des Perspectives économiques de mai, montrent bien la prépondérance des scénarios négatifs et des risques de voir la reprise à nouveau capoter. De tels épisodes pourraient d’ailleurs se reproduire, peut-être même sous une forme plus violente, dans la période qui s’ouvre. Par ailleurs, d’autres menaces de longue date pourraient revenir sur le devant de la scène.»

Une génération pour guérir

Ces quelques lignes suffisent amplement à montrer que l’humeur n’est pas particulièrement festive parmi ceux qui réfléchissent à l’avenir de l’économie mondiale! Un économiste, dont les prévisions officielles sont raisonnablement optimistes, commente ainsi les déclarations de ses homologues de l’OCDE:

«Ce n’est pas surprenant. Quand on sort d’une crise de surendettement, à moins de profiter d’une forte inflation ou d’un effacement des dettes, il faut une génération pour enregistrer un véritable retour à la normale.»

Un peu plus optimiste, un autre nous affirme qu’il faut compter huit ans pour effacer le coût des erreurs passées. Huit ans, vingt ans, faisons la moyenne: l’économie mondiale devrait voir son horizon s’éclaircir vraiment après 2020…

En fait, avancer une date n’a guère de signification: l’histoire ne se répète jamais exactement de la même façon. La seule certitude que nous puissions avoir, c’est que le monde n’est pas remis du choc de 2008 et qu’il faudra encore du temps pour que les plaies soient vraiment cicatrisées.

Nous sommes dans cette phase où les signaux positifs cohabitent avec d’autres encore assez inquiétants. Ainsi, Bernard Aybran, directeur chez Invesco Asset Managment, accueille avec satisfaction, comme tous les gérants de capitaux, la forte remontée des marchés d’actions depuis le début de l’année et le regain de confiance exprimé par les dirigeants d’entreprise concernant leur production et leurs carnets de commandes (la France restant en retrait dans ces enquêtes), mais pointe qu'en zone euro, «l’endettement global continue à augmenter». Si la dette du secteur privé (ménages et entreprises) a un peu baissé au cours des dernières années, celle du secteur public s’est accrue dans des proportions considérables.

Pas de remède miracle

Aucun des deux grands remèdes connus pour faire baisser le poids de la dette n’a été employé. L’inflation n’est plus dans l’air du temps: les banques centrales, qui travaillent depuis des années à montrer qu’elles sont capables de contenir la hausse des prix, sont d’autant moins disposées à changer brutalement de politique qu’elles estiment que l’opinion publique ne le comprendrait pas. Et dans un pays comme le Japon qui tente désespérément de créer de l’inflation, on s’aperçoit que ce n’est pas facile que cela.

On peut encore moins les effacer d’un coup d’éponge, en tout ou en partie: cette solution a pu être utilisée pour un pays comme la Grèce qui était vraiment étranglé, mais ne peut être appliquée aux grandes économies de l’Union européenne.

Alors, que fait-on de ce côté-ci de l’Atlantique? On pratique des politiques d’austérité qui ont pour conséquence le ralentissement de la demande intérieure, qu’il s’agisse de la demande publique, de la consommation des ménages ou de l’investissement des entreprises.

Dans un seul pays de la zone euro, la demande domestique est en hausse par rapport à son niveau du début de 2008: il s’agit de l’Allemagne. Dans ces conditions, il paraît très difficile que chaque pays arrive à augmenter ses exportations: où sont les acheteurs?

Chacun pour soi

Seuls les Etats-Unis ont essayé de s’en sortir par une politique résolument orientée vers la croissance. Cela leur réussit plutôt bien: leur PIB est aujourd’hui plus élevé qu’il ne l’était avant la crise, ce qui n’est le cas ni de la zone euro considérée dans son ensemble, ni du Royaume-Uni, ni du Japon. Mais même là, des problèmes subsistent, et on voit bien que la Réserve fédérale hésite à changer sa politique monétaire avec une croissance jugée seulement «modeste» ou «modérée» selon les régions et un chômage toujours élevé.

Globalement, pour les gouvernants, cette situation de lente sortie de crise n’est donc pas facile à gérer: allez expliquer à tous ceux qui peinent à trouver ou à garder une place sur le marché du travail qu’ils paient pour une crise qui a eu lieu il y a cinq ans! Et il n’y a rien à attendre de l’extérieur, même au niveau européen. Qui se souvient du Pacte pour la croissance et l’emploi adopté à Bruxelles en juin 2012?

Dans l’après-crise, le temps de la solidarité est terminé et chacun travaille pour soi, quitte à rendre la vie du voisin plus difficile. A ce petit jeu, il faut en convenir, la France ne semble pas figurer parmi les plus débrouillards.

Gérard Horny

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Journaliste
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