Life

Le mystère de la bande de métal au-dessus des portes des avions

Slate.com, mis à jour le 03.12.2013 à 15 h 44

Et autres questions que vous vous êtes peut-être déjà posées en attendant sur la passerelle que votre avion se remplisse.

Un Boeing 787 Dreamliner au salon de l'air international de Farnborough, dans le sud de l'Angleterre, le 19 juillet 2010. REUTERS/Kieran Doherty

Un Boeing 787 Dreamliner au salon de l'air international de Farnborough, dans le sud de l'Angleterre, le 19 juillet 2010. REUTERS/Kieran Doherty

«C'est quoi ce truc?» est une chronique de Slate.com qui s'intéresse aux objets mystérieux ou oubliés de notre paysage visuel.

Vous êtes-vous déjà demandé, en attendant sur la passerelle de pouvoir embarquer dans un avion, à quoi servait cette bande de métal négligemment inclinée au-dessus de la porte de la plupart des appareils commerciaux?

La forme suit la fonction, et sur les avions, la fonction suit généralement l'air; tout ce qui entrave le glissement de l'air sur le fuselage ou les ailes a intérêt à être important. Et cette bande de métal a l'air plutôt sophistiquée.

Pourtant, elle est en fait assez simple, et sa fonction a plus à voir avec l'eau qu'avec l'air. Pour faire simple, c'est une gouttière, et elle garde les passagers au sec en aiguillant l'eau vers le côté de la porte pendant l'embarquement. Elle empêche aussi l'eau de rentrer dans les avions, où le sol peut vite devenir glissant.

Personne ne veut recevoir toute l'eau de la partie supérieure du fuselage sur la tête pendant qu'il attend que quelqu'un plus loin dans l'avion décide où exactement il aimerait poser ou ne pas poser son sac. Les gouttières sont particulièrement importantes quand les passagers embarquent via un escalier plutôt qu'une passerelle. Et même quand une passerelle d'avion est en place, la jonction entre celle-ci et le fuselage n'est pas toujours étanche.

Dans le monde ultrasophistiqué de l'aviation commerciale, ces aéro-gouttières doivent forcément avoir une nom compliqué ou un acronyme genre IDHGF pout Interfaces de délestage hydrodynamiques de la girouette du fuselage, pas vrai? Et bien non, selon le porte-parole de Boeing Doug Alder. Le nom officiel est «gouttière de pluie».

Et cette petite roue posée sur le fuselage?

Le prochain objet ayant attiré notre curiosité est cette petite roue attachée à la passerelle d'avion et reposant sur le fuselage qui se situe à droite de la porte sur la photo ci-dessous. Quel peut bien être son but dans la vie?


JBT AeroTech

Un petit indice: pensez à ce qu'il se passe quand un avion arrive à la porte d'embarquement. On attache la passerelle, puis les passagers débarquent, la cargaison est déchargée, les poubelles sont déchargées, beaucoup de choses sont déchargées.

Puis beaucoup de choses sont chargées, des passagers, des sacs et beaucoup de carburant. Un Airbus A380 en état de marche pèse autour de 277 tonnes vide, c'est-à-dire avant que les passagers, la cargaison et le carburant ne soient chargés. Plein, il peut peser près du double (son poids de décollage maximum est de 576 tonnes).

Tous ces changements de poids font que l'avion monte et descend doucement pendant qu'il est stationné à la porte. La passerelle perçoit ce mouvement vertical de l'avion grâce à la petite roue que vous voyez sur la photo, et s'élève ou s'abaisse automatiquement en fonction de la nouvelle hauteur de l'avion.

Selon Frank Moore, dirigeant chez JBT AeroTech (un des leaders de la construction de passerelles d'avion), «le système est appelé autolevel [littéralement «niveau automatique» en français]. La roue touche l'avion et recense le mouvement des passagers qui débarquent, des bagages et de la cargaison insérés ou enlevés, ainsi que le poids du carburant.»


Airbus A330-200 plane with two jet bridges attached/Derrick Coetzee via Flickr license CC BY 2.0

Pourquoi est-il si important que la passerelle suive le mouvement de haut en bas de l'avion quand celui-ci prend ou perd du poids? D'abord parce qu'une surface à peu près plate rend l'embarquement et le débarquement des passagers plus facile. Les bagages à roulettes s'en sortent mieux aussi. Mais la raison principale est d'éviter que la passerelle n'endommage la porte de l'avion.

En fait, vous pouvez vraiment sentir l'autolevel au travail. Parfois, quand vous sortez de l'avion et posez le pied sur la passerelle ou quand le passager devant vous sur la passerelle rentre dans l'avion, l'autolevel se met brièvement en route. Ca ressemble à une petite secousse motorisée, et signifie que la passerelle a senti le changement de taille, et donc de poids, de l'avion, qu'il s'agisse du carburant, de la cargaison... ou de vous.

Pourquoi l'embarquement est-il toujours si long?

Ne vous êtes vous jamais demandé, quand vous êtes coincé sur cette passerelle, pourquoi personne n'a jamais inventé une manière plus rapide et plus simple de faire monter tous les passagers à bord des avions?

Beaucoup de gens se sont posés la question, à tel point qu'il existe une véritable sous-discipline de stratégie d'optimisation de l'embarquement en avion.

Il y a les embarquements traditionnels de l'arrière vers l'avant, qui ont l'avantage d'être simples mais ne sont pas rapides. Etonnement, ils ne sont que légèrement plus rapides que les embarquements de l'avant vers l'arrière. En fait, selon l'astrophysicien Jason Steffen, faire embarquer les passagers de manière aléatoire serait plus rapide.

La solution optimale de Steffen serait de faire embarquer les passagers «10 par 10 toutes les deux rangées». Son modèle, basé comme vous le saviez sur la méthode de Monte Carlo par chaînes de Markov, part du principe que «le temps nécessaire à un passager pour ranger son bagage est la contribution dominante au temps nécessaire pour remplir entièrement l'avion», ce qui semble plutôt évident pour toute personne ayant déjà pris l'avion.

Puis il y a l'idée du tapis magique: positionnez tout le monde en ligne dans la position de leur siège dans l'avion avant même qu'ils mettent le pied dans l'appareil. Cette technique a l'avantage d'avoir un nom sympa et l'inconvénient de permettre aux voyageurs de rencontrer leur voisin de siège alors qu'il est encore temps de demander à changer.

Il y a aussi la proposition du siège coulissant qui double la taille du couloir pendant l'embarquement. Et pour une approche encore moins conventionnelle, regardez-donc ce brevet de cabine d'avion déplaçable. Vous avez bien lu, c'est une cabine qui pourrait se détacher de l'appareil. Une fois que les passagers sont installés dans le «module de cabine déplaçable», celui-ci se repositionne sur le reste de l'avion.

Mark Vanhoenacker

Traduit par Grégoire Fleurot

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