Monde

Allemagne: y aura-t-il un gouvernement à Noël?

Daniel Vernet, mis à jour le 27.11.2013 à 18 h 15

La CDU-CSU et le SPD ont signé un accord de coalition en vue d'un troisième gouvernement Merkel, mais son application reste conditionnée à un vote positif de militants sociaux-démocrates pas franchement enthousiastes.

Angela Merkel, en novembre 2011. REUTERS/Tobias Schwarz.

Angela Merkel, en novembre 2011. REUTERS/Tobias Schwarz.

L’Allemagne a un accord de coalition, mais pas encore de nouveau gouvernement. Les dirigeants des deux partis de centre droit –l’Union chrétienne démocrate (CDU) et sa formation sœur bavaroise, l’Union chrétienne sociale (CSU)– ont conclu avec le Parti social-démocrate (SPD), mercredi 27 novembre, un véritable «traité» qui sera le guide de la «GroKo» (pour «Grosse Koalition») au cours des quatre prochaines années.

Le texte fait pas moins de 185 pages. Il envisage avec force détails, mais non sans ambiguïtés, toutes les mesures que le prochain gouvernement fédéral sera amené à prendre, depuis le tracé des lignes à haute tension transportant l’énergie éolienne jusqu’à la politique européenne et la vignette pour étrangers empruntant les autoroutes allemandes.

Les négociations ont duré près de deux mois depuis la victoire d'Angela Merkel aux élections législatives du 22 novembre. Mais si son camp avait plus de 15 points d’avance sur le SPD, elle a manqué de quelques sièges la majorité absolue au Bundestag. Il lui fallait donc trouver des alliés car les Allemands n’aiment ni les gouvernements minoritaires, ni les élections anticipées.

Des discussions «pleines d'humour»

La recherche d’un partenaire a commencé par des «sondages» auprès des autres partis. Les libéraux, qui avaient été les alliés de la chancelière au cours des quatre dernières années, ayant été éliminés du Parlement, restaient les sociaux-démocrates et les Verts. La gauche radicale (Die Linke), qui aurait pu servir d’appoint à une coalition du SPD et des écologistes, n’est jugée digne d’être un partenaire par aucune autre formation, à cause notamment de ses positions en politique étrangère et européenne.

Il est vite apparu que les seules possibilités de compromis se trouvaient avec les sociaux-démocrates. A alors commencé un véritable marathon avec séances plénières, réunions d’une douzaine de groupes de travail, conciliabules entre les principaux dirigeants des trois partis, pour finir par une séance de 17 heures qui s’est achevée mercredi, peu avant 5 heures du matin.

Les trois présidents, Angela Merkel pour la CDU, Horst Seehofer pour la CSU et Sigmar Gabriel pour le SPD, se sont félicités du résultat et de la bonne ambiance. «De bonnes discussions marquées par la confiance réciproque», a dit l’ancienne et future chancelière. «Et pleines d’humour», a renchéri le président du SPD.

Le SPD échaudé par le souvenir de 2009

Pour autant, rien n’est encore réglé, et l’Allemagne n’aura pas de nouveau gouvernement avant la mi-décembre. Les 450.000 adhérents du Parti social-démocrate sont en effet appelés à entériner —ou non— l’accord de coalition lors d’une consultation par correspondance qui commencera la semaine prochaine et dont les résultats devraient être connus le 15 décembre.

Si tout va bien, Angela Merkel pourrait être élue chancelière par le Bundestag dès le 17 décembre. Si tout va mal…

Le vote des militants sociaux-démocrates n’est pas acquis. La base renâcle à ce projet de grande coalition et préfèrerait sans doute que le parti garde sa pureté idéologique dans l’opposition pour se préparer dans quatre ans à une alliance «de gauche» avec les Verts et Die Linke.

Si le gouvernement CDU-CSU-SPD voit le jour, ce sera la troisième grande coalition dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne avec le SPD comme force d’appoint.

Si la première, entre 1966 et 1969, avait permis aux sociaux-démocrates de faire la preuve qu’ils étaient digne de participer au pouvoir, ce que la droite contestait jusqu’alors, la seconde, déjà avec Angela Merkel comme chancelière, de 2005 à 2009, s’est soldée par une cuisante défaite du SPD aux élections suivantes. C’est la même mésaventure que craignent les militants: une fois encore, le SPD pourrait tirer les marrons du feu au profit des conservateurs.

Un accord qui «rend la vie meilleure»

Sigmar Gabriel s’est efforcé de rassurer ses troupes. En présentant l’accord de gouvernement, il a insisté sur toutes les mesures prévues en faveur des «petites gens qui se donnent du mal» et conformes au programme présenté par le SPD pendant la campagne électorale.

On y trouve un salaire minimum à 8,50 euros (avec quelques exemptions), une revalorisation des pensions, l'abaissement progressif de l’âge de départ à la retraite de 67 à 63 ans, une meilleure prise en charge de la dépendance des personnes âgées, des investissements dans la formation, la recherche et les infrastructures, etc. «Depuis 150 ans, le SPD s’est donné pour but de rendre la vie meilleure, cet accord va dans ce sens», a-t-il conclu, en appelant ses camarades à voter «oui».

Bien sûr, il a dû accepter des compromis. Par exemple sur la double nationalité, qui était un tabou pour la droite. Le SPD était pour une libéralisation de la naturalisation. Attachée au principe du droit du sang, la CDU-CSU était contre.

L’accord prévoit que les enfants nés de parents étrangers et grandis en Allemagne n’auront plus à choisir entre leur nationalité d’origine et la nationalité allemande, mais pourront avoir une double nationalité. La mesure s’adresse essentiellement aux enfants de la communauté turque, largement implantée en Allemagne.

Les noms des ministres restent secrets

Sur les questions financières et sociales, il a été d’autant plus facile de trouver des solutions communes que les caisses sont pleines. Certes, les présidents des trois partis ont pratiqué des coupes claires dans les revendications des groupes de travail qui avaient additionné toutes les demandes, dont le coût prévisible se montait à 60 milliards d’euros sur quatre ans.

Dans l’accord, il reste des dépenses supplémentaires de 23 milliards… seulement. Elles devraient être financées sans augmentation ni de la dette ni des impôts. L’Etat fédéral a déjà un surplus de recettes fiscales; pour le reste, on mise sur la croissance.

Les économistes pensent qu’à ces 23 milliards, il faut ajouter de 20 à 30 milliards pour financer les mesures annoncées en faveur des retraités, y compris une «retraite pour la femme au foyer» (Mütterrente) demandée par la CSU bavaroise, la formation la plus conservatrice. Officiellement, ces sommes seront couvertes par le renoncement à une baisse de la cotisation vieillesse —les caisses de retraite accusent un fort excédent— et par les conséquences heureuses du plein emploi.

Les futurs partenaires se sont distribué les postes ministériels: six pour la CDU, y compris celui de chancelier, cinq pour le SPD et trois pour la CSU. Mais les dirigeants sociaux-démocrates ont demandé que l’affectation des ministères, et a fortiori les noms des ministres, soient gardés secrets jusqu’à la fin de la consultation de leurs adhérents.

Raison officielle: ils veulent un vote sur la substance, non sur les personnes. Raison officieuse: ils craignent que les militants ne sanctionnent ceux qui aspirent à devenir ministres après avoir conduit le parti à deux défaites consécutives. Réponse à la mi-décembre.

Daniel Vernet

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