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Climat: arrêtez de parler, taxez!

Anne Applebaum, mis à jour le 20.07.2009 à 7 h 54

Face aux effets du changement climatique, il faut cesser de blablater et imposer des taxes.

La semaine dernière, deux gros titres ont capté mon regard. «Les dirigeants du sommet participant à l’accord sur le climat». C’était l’une des manchettes du Wall Street Journal Europe. Une photo surmontait ce titre: 10 chefs d’Etat tout sourire, les dirigeants des pays du G8 plus ceux de la Chine et de l’Inde. Dessous, un article en contradiction avec cette photo joyeuse expliquait que les responsables politiques, une fois encore, n’avaient pas réussi à lutter contre le changement climatique par décret. Les grands de ce monde ne se sont pas mis d’accord sur les objectifs d’émissions [de gaz à effet de serre] à court terme et sur le mode de compensation des pays en voie de développement qui respecteraient ces objectifs. Enfin, ils n’ont pas réussi à définir de référence à partir de laquelle ces objectifs seraient calculés.

Il y avait un autre article à ce sujet, perdu au milieu de la page 21 du même journal. Son titre: «Un vent d’énergie propre va-t-il souffler sur le Texas?». La photo d’accompagnement était celle du vieux milliardaire T. Boone Pickens, qui avait décidé de reporter, jusqu’à nouvel ordre, un investissement dans un grand parc éolien situé dans le Texas. Il semble que les cours du gaz naturel baissent si lentement que les investissements dans les énergies alternatives qui ont pu paraître un jour rentables n’ont plus d’intérêt. Les banques qui, auparavant, auraient accepté de financer des investissements de cette ampleur sont désormais réticentes. Et c’est ainsi que, de nouveau, les chefs d’entreprise n’arrivent pas à contrecarrer le changement climatique grâce à la technologie et à l’entrepreneuriat.

Qu’on me comprenne bien: je suis parfaitement consciente de la réalité du changement climatique. J’ai compris et intégré depuis longtemps que c’est notre utilisation des combustibles fossiles qui en est à l’origine. Je suis d’accord que nous devons déployer d’importants efforts pour réduire, d’une part, les émissions de dioxyde de carbone et, d’autre part, notre dangereuse dépendance au pétrolée et au gaz. Mais je pense que c’est un leurre de croire que 8 ou 10 responsables politiques réussiront un jour à résoudre ce problème dans un centre de conférences en Italie (ou ailleurs). Je suis également sceptique qu’on puisse remédier au problème du changement climatique au super-sommet de Copenhague – prévu pour décembre –, même si plusieurs centaines de politiques, accompagnés d’écologistes et de lobbyistes en tout genre, doivent y participer. Au mois de décembre, les premiers signataires du protocole de Kyoto doivent en principe renouveler leurs promesses. En outre, la délégation américaine est censée rejoindre le club. Si tout le monde arrive à s’entendre, on fixera de nouveaux objectifs d’émissions de gaz à effet de serre. Et ils seront aussi inapplicables que ceux en vigueur actuellement.

Vivement le premier milliardaire de l'énergie solaire

La vérité, c’est que les émissions de carbone ne seront pas réduites par des bureaucrates qui s’assoient dans une salle et signent un morceau de papier (aussi bien intentionnés soient-ils). Ce ne sont pas non plus des documentaires primés qui changeront quoi que ce soit. Et encore moins un traité complexe dont ni les Nations unies, ni personne d’autre, ne pourront contrôler le respect. En particulier s’il s’agit d’un traité qui sanctionne de fait les pays qui s’y conforment et ne se préoccupe pas de tous les autres. En revanche, des hommes d’affaires comme Pickens peuvent avoir un véritable impact. Si lui et d’autres chefs de grandes entreprises parviennent à trouver des solutions économiquement viables pour produire de l’énergie propre, nous serons en mesure nous attaquer efficacement au problème climatique en évitant la moindre conférence internationale. Car dites-vous bien que le premier milliardaire de l’énergie solaire sera imité par de très nombreux industriels.

Les responsables politiques américains qui se soucient véritablement du changement climatique (j’y inclus Barack Obama ainsi qu’une majorité de membres du Congrès) devraient par conséquent laisser de côté les sommets mondiaux et se demander pourquoi les prix du pétrole et du gaz, qui ont commencé à explosé il y a deux ou trois ans – créant un essor des recherches sur les énergies renouvelables –, sont redescendus à un niveau artificiellement bas. Pourquoi «artificiellement» bas? Eh bien, parce que le prix des combustibles fossiles n’a jamais reflété leur vrai coût, que ce soit sur le plan environnemental ou politique. Il ne reflète pas le coût de la présence militaire étasunienne au Proche-Orient. Il ne reflète pas le coût des soins dispensés aux personnes souffrant d’asthme. Et, bien sûr, il ne traduit pas le coût de la reconstruction de certaines parties de la côte floridienne qui sera engloutie par les eaux montantes. Une hausse des taxes sur les combustibles fossiles permettrait de refléter ces coûts et de rendre à nouveau viable le projet de T. Boone Pickens et bien d’autres projets similaires.

Par ailleurs, il est temps que les dirigeants internationaux qui se soucient vraiment du changement climatique aillent de l’avant (j’y inclus au moins les Européens et les Canadiens). L’heure n’est plus aux chamailleries théâtrales: le président Obama et la délégation américaine ont repris les négociations. Nous n’avons plus de besoin de cet orgueil écologique qui consiste à attaquer l’Oncle Sam avide de profits et pollueur. Ça tombera à plat.

Au lieu de pontifier dans les sommets, eux aussi feraient bien de braver le courroux de leurs électeurs au niveau national et d’imposer des taxes plus élevées sur les énergies fossiles dans leur pays. Si on veut sauver la planète, il faut éviter d’utiliser du kérosène, annuler les conférences et se concentrer sur la création de conditions économiques propices aux initiatives entrepreneuriales en matière d’énergie renouvelables. C’est là que réside la solution au problème climatique.

Anne Applebaum

Traduit par Micha Cziffra

Photo Reuters/Tony Gentile: Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy, Dmitri Medvedev, Barack Obama, Ban Ki-Moon et Mouammar Khadafi lors du sommet du G8 à l'Aquila.

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