France

Qui sont les prêtres français envoyés en Afrique?

Henri Tincq, mis à jour le 20.11.2013 à 4 h 51

Comme le Père Vandenbeusch kidnappé au Cameroun, ils sont plus de 1.000 prêtres et religieux français en Afrique, envoyés par leur diocèse ou leur congrégation missionnaire, pour des tâches pastorales et humanitaires. Dans les zones à risques, ils refusent de partir et veulent rester fidèles aux populations locales, premières victimes de l’insécurité.

Un croyant en Angola lors d'une visite du pape Benoît XVI en 2009. REUTERS/Alessandro Bianchi

Un croyant en Angola lors d'une visite du pape Benoît XVI en 2009. REUTERS/Alessandro Bianchi

Le Père Georges Vandenbeusch, 42 ans, enlevé au Cameroun et probablement transféré au Nigéria par le groupe islamiste armé Boko Haram –qui a revendiqué l’enlèvement– rejoint la liste déjà longue des prêtres et religieux chrétiens victimes de l’insécurité et de l’instabilité politique et militaire qui règne en Afrique.

En 2012, quatre d’entre eux ont été assassinés dans l’exercice de leur mission (République démocratique du Congo, Mozambique, Tanzanie, Madagascar). Depuis 2001, le nombre des prêtres et religieux tués dans le monde s'élève à près de 300.

Dans le même temps, les enlèvements se sont multipliés. Trois religieux assomptionnistes congolais ont été kidnappés, il y a un an, dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo. On est sans nouvelles d’eux. L’inquiétude demeure aussi sur le sort de trois religieux enlevés en Syrie: le jésuite italien Paolo Dall’Oglio, militant anti-Assad, et deux évêques, Paul Yazigi, métropolite grec-orthodoxe d’Alep, et Jean Ibrahim, évêque syrien-orthodoxe de la même ville.

La France compte aujourd’hui sur le continent africain 795 religieuses et 263 religieux missionnaires (soit un total de 1.058), auxquels il faut ajouter 70 prêtres diocésains, comme l’est le Père Vandenbeusch, «prêtés» par leur évêque à des diocèses africains. Ces prêtres sont appelés «fidei donum» (le don de la foi), en référence à l’encyclique du pape Pie XII (1957) qui avait souhaité ces échanges entre continents sur la base du volontariat. Au Cameroun, où a été enlevé le Père Vandenbeusch, résident quatre prêtres diocésains et 114 religieuses et religieux français.

Au service des églises locales

Ces prêtres diocésains «fidei donum» sont envoyés dans un pays étranger pour un temps limité (trois ans, renouvelable une fois). Ainsi le Père Vandebeusch avait-il été transféré, en 2011, dans le diocèse de Maroua au Cameroun par son évêque (diocèse de Nanterre), en échange d’un prêtre camerounais du diocèse de Maroua envoyé dans la région parisienne. Son engagement répondait à un désir personnel d’une expérience internationale et d’une volonté d’aide à un pays d’Afrique démuni. Comme ses confrères prêtres, il se livrait à des tâches pastorales et humanitaires: animation de communautés de fidèles, catéchèse, enseignement, prédication de retraites, travaux de développement (écoles, centres de soins).

A la différence de ces prêtres, les religieuses et religieux présents en Afrique appartiennent aux congrégations traditionnellement missionnaires, comme les Pères Blancs (70 en Afrique, surtout au Maghreb), les Missions africaines de Lyon, les Filles de Saint-Vincent de Paul, etc, ou aux congrégations «mondialisées» comme les franciscains, les jésuites, les dominicains.

Pour eux, l’engagement en Afrique noire, au Maghreb, ou en Amérique latine, est le fruit d’une vocation missionnaire spécifique et d’un choix définitif. C’est le charisme historique de ces congrégations d’envoyer leurs membres en dehors de France et d’Europe pour servir des Eglises autochtones, partager la vie des populations locales, contribuer au développement du pays.

Ces congrégations missionnaires françaises ont été depuis le XIXe siècle le fer de lance de l’évangélisation en Afrique. Elles ont aujourd’hui vieilli, sont moins nombreuses et plus démunies. Les prêtres et religieux africains composent désormais la très grande majorité du clergé, s’exportant même en Europe –juste retour des choses– qui souffre d’une profonde crise des vocations religieuses.

Les missionnaires français d’Afrique servent d’appoint au clergé local ou sont envoyés dans les quartiers nouveaux et déshérités des grandes villes qui manquent encore de prêtres. Leur action pastorale est souvent liée aux tâches de développement en liaison avec les ONG, pour l’éducation, la santé, la production agricole, la construction d’infrastructures et d’équipements.

Partir ou rester

Proches des populations, ces prêtres et missionnaires français prennent des risques dans les zones d’insécurité, comme au Nord-Mali (où les Pères Blancs se sont retirés de Goa où ils étaient installés de longue date), en Centrafrique où les églises, presbytères et écoles sont régulièrement rackettés ou incendiés), en République démocratique du Congo ou au Nord-Cameroun où vivait le Père Vandenbeusch.

Dans ces zones à hauts risques, les ambassades et le ministère des Affaires étrangères pressent les ressortissants français, dont les prêtres et les missionnaires, de ne pas quitter les grandes villes où la sécurité est mieux assurée (comme à Niamey, la capitale du Niger, où l’archevêque est un Français des Missions africaines de Lyon) ou de partir.

Ces prêtres, en Afrique pour un temps, qui relèvent de leurs diocèses, et ces missionnaires davantage enracinés (ils sont enterrés dans le pays où ils ont exercé leur mission), qui relèvent de leur congrégation, sont alors soumis au cas de conscience qui rappelle, dans des conditions encore plus dramatiques, celui des moines de Tibhirine en Algérie, enlevés et exécutés, décrit dans le beau film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux.

Faut-il partir, au risque de paraître déserter, ou faut-il rester, malgré le danger, auprès de populations locales qui sont les premières victimes des menaces, des violences, des guerres civiles, dont les besoins de sécurité sont immenses?

A cette question du «partir» ou du «rester», la plupart des missionnaires et prêtres présents en Afrique ou dans les autres zones de conflit ont déjà répondu: ils pèsent les risques (l’envoi en mission est précédé d’un long temps de formation et de préparation), ne sont pas suicidaires, mais entendent rester fidèles aux populations locales qu’ils servent, à une mission qui les dépasse, à un désir de médiation et de paix qui est au cœur de leur vocation. «Un missionnaire est enraciné dans un pays. Quand on lui demande de rentrer, c’est un arrachement», observe le Père Laurent Tournier, porte-parole de la conférence des religieux et religieuses de France.

Certes, il y a des retours en France lorsqu’ils sont trop exposés ou pour ne pas mettre en difficulté les autorités françaises et locales (qui avaient mis en garde le Père Vandenbeusch, mais ne lui avaient pas demandé de partir), mais la majorité reste sur place, s’interposant même entre les parties en conflit. Ce fut le cas dans le nord de la Côte d’Ivoire en proie à la guerre civile, comme aujourd’hui en Centrafrique. Les missionnaires se disent envoyés auprès d’un peuple qu’ils ne songent pas à abandonner à ses souffrances et son malheur. «Quand un prêtre européen est enlevé et assassiné, les journaux font leurs gros titres, dit le Père Antoine Sondag, chargé des questions missionnaires à la conférence des évêques de France. Mais on oublie de dire que les premières victimes de l’insécurité, dont on ne parle jamais, sont les populations locales qui n’ont pas les moyens de fuir la violence et qu’il nous faut continuer à accompagner.»

 Henri Tincq

Henri Tincq
Henri Tincq (245 articles)
Journaliste
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