Monde

L'Iran donne un coup de chaud aux relations franco-israéliennes

Jacques Benillouche, mis à jour le 17.11.2013 à 14 h 39

La visite de François Hollande en Israël suffira-t-elle à réveiller des relations comateuses?

François Hollande et Benyamin Netanyahou, le 17 novembre 2013 à Tel Aviv. REUTERS/Nir Elias

François Hollande et Benyamin Netanyahou, le 17 novembre 2013 à Tel Aviv. REUTERS/Nir Elias

Il y a dix jours, le déplacement en Israël de François Hollande, sur invitation du gouvernement et du président Shimon Pérès, ne se présentait pas sous les meilleurs augures. Le président français ne dispose pas d’un capital de sympathie dans le pays, encore moins parmi la communauté francophone. Aucun contentieux réel n’existe entre les deux pays. Leurs relations sont certes indifférentes à défaut d’être stratégiques. Mais le dossier iranien sera sans nul doute l’occasion de les réchauffer.

François Hollande et le Premier ministre israélien, de bords politiques différents, ne se connaissent pas personnellement, mais le voyage de Benjamin Netanyahou à Toulouse les a rapprochés juste le temps d’une visite. Cependant, malgré une bonne volonté commune, ils ont la tâche difficile de réveiller un mort, les relations entre la France et Israël étant dans un état comateux. Nous sommes loin de l’idylle qui avait duré de 1948 à 1967 entre les deux pays.

Que ce soit dans le nucléaire civil ou dans l’industrie aéronautique (militaires avec le Rafale ou les drones notamment), la France continue de rater immanquablement le coche depuis la période gaulliste. Malgré de nombreuses occasions, elle continue de lorgner vers le marché des pays arabes et de leurs 200 millions d’habitants, tandis que les 8 millions d’Israéliens ne pèsent pas lourd dans la balance. Quelles que soient la taille de la délégation et la qualité des industriels français qui la compose, on ne voit pas sur quels domaines pourraient s’engager des discussions pour des accords économiques originaux, sauf à se réjouir de quelques signatures de principe pour camoufler le vide.

Un coup de pouce de l'actualité internationale

Quant au problème palestinien, il attire plus d’incompréhension que de convergence.

La France, avec la main subliminale du Quai d’Orsay, n’arrive pas à faire jouer le jeu de la balance parce qu’elle reste figée sur les dogmes des frontières de 1967 qui lui enlèvent toute possibilité d’arbitrage. Elle n’a trouvé aucun angle de convergence à la fois avec les Israéliens et avec les Palestiniens et s’est même mise hors-jeu de la négociation, handicapée par l’inexistence d’une l’Europe politique qui l’empêche d’avoir une légitimité pour arbitrer un conflit centenaire.

Netanyahou attend certainement de François Hollande, quitte à déplaire au Quai d’Orsay, de corriger son vote solitaire d’adhésion de la Palestine à l’Unesco en s’opposant à la démarche palestinienne de faire appel à l’ONU pour la création de son Etat et ainsi démontrer que sa politique n’est pas strictement calquée sur une position pro-palestinienne.

Une fenêtre de tir pourrait cependant lui être fournie par l’actualité internationale pour lui permettre de marquer des points en faisant preuve d’initiative politique. Compte tenu de la situation dramatique en Syrie et au Mali où les djihadistes progressent, François Hollande pourrait décider de mettre au second plan le problème épineux du conflit palestinien, confié aux bons soins des Américains.

La position prise par la France à l’occasion des négociations avec l’Iran a surpris les Israéliens qui ont apprécié que François Hollande s’oppose à Barack Obama pour manifester son inquiétude sur le problème nucléaire. Alors que les Occidentaux négociaient sur l’enrichissement de l’uranium, la France estime que les Iraniens cherchent en fait à camoufler ce qui était le réel danger immédiat en excluant des débats le réacteur à eau lourde d’Arak capable de produire du plutonium entrant dans la fabrication d’une bombe nucléaire.

L’AIEA n’a pas été autorisée à visiter ce site depuis 2011 et se contente d’analyser les images satellites fournies par les Américains, trop approximatives pour évaluer l’état d’avancement du projet. La prise de position de la France a été jugée amicale. Les réticences à l’égard de François Hollande ont donc été dissipées et le tapis rouge sera déroulé lors de sa visite.

Aujourd’hui, Benjamin Netanyahou estime qu’il faut éradiquer la menace iranienne nucléaire capable d’atteindre Israël. Il comptait sur les Américains qui ont abandonné tout projet militaire parce qu’ils privilégient l’option diplomatique appuyée par des sanctions internationales censées affaiblir l’Iran.

Après la volte-face américaine, l’isolement diplomatique dans lequel se trouve Israël aujourd’hui s’apparente aux années 1953, quand Ben Gourion avait décidé de rompre avec le Bloc de l’Est, trop envahissant, sans pour autant avoir obtenu le soutien des Occidentaux qui voyaient en Israël un satellite soviétique. La France était alors arrivée à point nommé pour rompre cet isolement.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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