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Immigration: le danger de la fermeture des frontières

Gilles Bridier, mis à jour le 15.07.2009 à 11 h 23

L'OCDE prône l'ouverture.

Des policiers italiens stoppent un bateau transportants des clandestins en mai 2005 vers Lampedusa. REUTERS/Guardia di Finanza

Des policiers italiens stoppent un bateau transportants des clandestins en mai 2005 vers Lampedusa. REUTERS/Guardia di Finanza

Crise ou pas crise, les prévisions économiques livrent obstinément le même message: sans immigration, point de salut à long terme dans les pays riches. Au Japon, par exemple, la population active baisse de 500.000 personnes par an. L'immigration y est quasiment inexistante, le déficit en travailleurs masculins étant compensé par l'arrivée des femmes sur le marché du travail. Mais à ce rythme, l'Empire du Soleil levant traditionnellement refermé sur lui-même devra à terme, ouvrir ses frontières s'il veut tenir sa place de grande puissance économique.

En Europe, la situation est plus claire: alors que les flux migratoires vers les pays européens ont été multipliés par cinq entre 1985 et 2006, les «baby-boomers» partent maintenant massivement à la retraite. Et à l'horizon 2030, le déficit de population active pourrait porter sur 30 millions de personnes. Pour Olivier Pastré, économiste et professeur à Paris VIII, des solutions existent car, au même horizon, les pays du sud de la Méditerranée connaîtront, eux, un excédent de population de 20 millions de personnes également. L'excédent des uns pourrait compenser le déficit des autres: en l'occurrence, l'existence de flux migratoires entre les deux rives de la Méditerranée peut apporter une réponses aux problèmes qui vont se poser. Pas si simple!

Avec la crise les frontières se ferment

La crise ne prédispose pas les Etats à mettre en place des politiques d'immigration de long terme. En France, à l'occasion du colloque sur l'immigration qui s'est tenu à Paris sous l'égide de l'OCDE, Eric Besson, le ministre en charge de ce dossier, a reconnu que «le flux de 200.000 immigrés longue durée par an va un peu baisser avec la crise». La France n'est pas un cas isolé: dans la mesure où l'immigration à caractère familial y est plus importante que dans d'autres pays où l'immigration est plus fondée sur le travail, le coup de frein y est même un peu moins violent que dans d'autres pays. Ainsi, «en Australie, le recul enregistré de la migration de travailleurs temporaires qualifiés est de plus de 25% au cours des quatre premiers mois de 2009.

Au Royaume-Uni et en Irlande, l'immigration en provenance des nouveaux Etats membres de l'Union européenne a régressé de plus de moitié», souligne l'OCDE dans l'édition 2009 des Perspectives des migrations internationales. En Espagne, les frontières se ferment également: où le nombre maximum de travailleurs non saisonniers recrutés à l'étranger est passé de plus de 15.000 en 2008 à... 900 en 2009. L'Italie va plus loin: alors qu'elle avait ramené à 150.000 personnes son contingent d'entrées de travailleurs non saisonniers en 2008, elle a annoncé son intention de fixer ce quota à... zéro en 2009.

Doublement du chômage des immigrés

Encore ne s'agit-il là que d'immigration régulière. Pendant les années de croissance, ces deux pays ont laissé se développer une immigration clandestine très importante, de l'ordre de 50 à 60% de l'immigration globale, pour l'un en provenance d'Afrique et notamment du Maroc, pour l'autre en provenance des Balkans. Aujourd'hui, cette population est la première touchée. Par exemple, le taux de chômage de 33% pour les Africains en Espagne est de moitié supérieur au taux moyen enregistré pour l'ensemble des immigrés. Un peu partout, «le taux de chômage des immigrés a doublé avec la crise»,  résume Jean-Christophe Dumont, expert des migrations internationales: en Espagne et en Irlande, il dépasse 20%; aux Etats-Unis, il se situe à 10%. Ce qui entraîne, dans les pays d'accueil, des restrictions aux flux migratoires.

La tentation du repliement

En réaction, les Etats mettent en place des dispositifs conjoncturels. La Grande-Bretagne a durci les conditions d'obtention d'un permis de travail «afin de donner aux travailleurs résidents une plus grande chance de postuler en premier pour des emplois au Royaume-Uni», explique l'administration britannique. La France a mis en place un système d'aide au retour, ainsi que l'Espagne qui propose le versement des allocations chômage dans le pays d'origine à condition que les postulants s'engagent à ne pas revenir dans le pays avant trois ans. Mais le succès de cette mesure est très limité. En Espagne à la mi-mars 2009, seulement 4.000 immigrés sans emploi s'étaient inscrits à ce programme, alors que 80.000 personnes pouvaient en bénéficier. En France, quelque 2.000 personnes en auraient profité. Eric Besson se déclare pour sa part favorable à une «migration de circulation» qui impliquerait un retour au pays au bout de quelques années, «pour qu'il n'y ait pas de fuite de cerveaux».

L'opportunisme, une mauvaise stratégie

Mais l'immigration ne se gère pas à coup de décrets opportunistes. «L'immigration n'est pas un robinet qui peut s'ouvrir et se fermer à volonté», avertit Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE. «Il faut mettre en place des politiques réactives, équitables et efficaces en matière de migration et d'intégration - des politiques qui s'adaptent aussi bien à une conjoncture bonne que mauvaise.»  Plusieurs stratégies peuvent être menées simultanément. D'abord, tous les besoins à court terme en matière de recrutement international ne disparaîtront pas avec le ralentissement économique, et cela à tous les niveaux de qualification. Il faut donc éviter les politiques trop restrictives. Ensuite, s'il faut adapter les flux d'immigrants au marché du travail, les objectifs de long terme doivent demeurer toujours présents pendant la crise, pour que les économies puissent tirer parti des qualifications des migrants lorsque la croissance reviendra.

Intégration et cohésion sociale

A l'inverse, l'OCDE met en garde les pays qui se berceraient d'illusion, en croyant possible de répondre aux besoins de main d'œuvre et de matière grise au moyen de migrations temporaires. Une illusion d'autant plus stérile que le vieillissement des populations des pays riches implique de ne pas retarder les mesures d'intégration. L'importance des besoins futurs engendrerait un brusque gonflement des flux migratoires. Qui favoriserait les réactions négatives des opinions publiques et mettrait en danger à long terme la cohésion sociale dans les pays d'accueil. Reste à mettre en place des politiques cohérentes, en relation avec les pays d'origine pour éviter une fuite des cerveaux qui pénaliserait leur développement.

Baisse des transferts de fonds en 2009

Mais rien de ceci ne jugulera l'immigration clandestine, conséquence inéluctable du phénomène d'aspiration créé par l'attrait des pays riches sur les populations pauvres qui aspirent à l'être moins. Economiquement, les transferts de fonds effectués par les travailleurs immigrés des pays de l'OCDE vers leurs pays d'origine contribuent à faire vivre ces derniers: en 2008, ces transferts ont porté sur 305 milliards de dollars. Mais avec les effets de la crise sur les flux migratoires, la Banque mondiale anticipe une baisse de 5 à 8% des ces transferts en 2009. Une baisse qui impactera directement le niveau de vie dans les pays d'origine.

Gilles Bridier

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