Monde

Les débâcles en série de Barack Obama

Daniel Vernet, mis à jour le 18.11.2013 à 4 h 03

Sur le front intérieur comme en diplomatie, le début du second mandat du président américain est marqué par de nombreuses déconvenues. Il peut remercier Hollande de lui avoir rendu un fier service sur l'Iran.

En août 2013. REUTERS/Jason Reed

En août 2013. REUTERS/Jason Reed

Le magazine américain Forbes a désigné l’homme le plus puissant de l’année 2013. Vladimir Poutine l’a emporté devant Barack Obama. Le président chinois Xi Jinping est troisième, le pape François quatrième et Angela Merkel passe de la deuxième à la cinquième place.

Pour justifier leur choix, les responsables éditoriaux de Forbes citent le pouvoir qu’exerce le président russe dans son pays et son regain d’influence internationale, la manière dont il a réussi à retourner à son profit la crise en Syrie en étant le meilleur exemple.

Ce genre de palmarès est toujours discutable. La contestation intérieure comme les difficultés de la Russie avec ses voisins immédiats de l’ex-URSS montrent que la puissance de Vladimir Poutine n’est peut-être pas aussi assurée qu’il y parait.

Plus significative est la rétrogradation de Barack Obama qui, en 2012, avait été désigné l’homme le plus puissant de la planète. 2013 a en effet était une mauvaise année pour le président américain. Il y a une explication institutionnelle et historique: au cours de leur second mandat, presque tous les chefs de l’exécutif aux Etats-Unis ont connu une baisse de leur pouvoir et des séries de déconvenues.

N’étant pas rééligibles, ils apparaissent comme des «lame ducks» qui ne peuvent plus peser de tout le poids de leur charge sur leurs adversaires comme sur les élus de leur propre camp.

C’est aussi vrai pour Barack Obama. Mais l’explication est insuffisante. Tout se passe comme si des difficultés qui n’ont rien d’exceptionnelles mettaient à jour d’un seul coup les défauts du Président, ses hésitations, son goût pour les demi-mesures, sa gêne à transformer en acte l’acuité de ses analyses.

Bugs et engagements non tenus

Sur le front intérieur, il n’est guère aidé par un Congrès qui ne lui est pas spontanément favorable. Au Sénat, la majorité démocrate est courte et la discipline de vote inexistante. A la Chambre des représentants, non seulement les républicains sont majoritaires mais les représentants du Tea Party donnent le ton. On l’a vu au moment des discussions sur le budget et le plafond de la dette.

Certes, Barack Obama a tenu bon et avec l’aide in extremis des républicains les plus raisonnables il a réussi à empêcher une grave crise. Toutefois, rien n’est réglé. La même question va se reposer dans quelques mois et il est à craindre que la fin de son mandat ne soit marquée par des bras de fer à répétition avec un Congrès, au moins en partie, hostile.

Le chantage du Tea Party qui refusait de voter le budget si la réforme de l’assurance maladie, l’Obamacare, n’était pas abandonnée, a fait long feu. Mais la mise en place de cette assurance généralisée ne se passe pas bien. Les bugs informatiques ne contribuent pas à rendre populaire une réforme dont beaucoup d’Américains se méfient même si elle leur profite.

Après de longues hésitations, le Président lui-même a été obligé d’en convenir publiquement et de revenir sur certaines dispositions comme le lui demandaient ses adversaires. La réforme du système d’assurance maladie était la principale promesse du candidat Obama. Elle voit le jour dans des conditions difficiles.

D’autres engagements n’ont pas été tenus, comme la fermeture de Guantanamo ou la révision du Patriot Act, qui contribue au scandale provoqué par l’activité d’espionnage de la NSA, l’Agence de sécurité nationale.

Barack Obama atteint des niveaux d’impopularité inédits, avec 39% seulement de personnes satisfaites. Une «impopularité» que certains dirigeants européens pourraient, il est vrai, lui envier.

Il n’a pu compenser ses déboires intérieurs par quelques succès diplomatiques. En politique étrangère aussi, il parait hésitant. Il n’est certes pas ce président faible que dépeignent les néoconservateurs du Parti républicain. Barack Obama ne rechigne pas à employer la force contre ceux qu’il considère comme les ennemis de l’Amérique.

Le casse-tête du Printemps arabe

L’utilisation des drones, ces engins volants sans pilote, qui sont supposés opérer des frappes chirurgicales sans mettre en danger la vie des soldats américains, a été multiplié par dix depuis la fin du mandat de George W. Bush. Mais pour aussi spectaculaires – élimination de chefs d’Al-Qaida ou des talibans – que soient parfois les résultats, ou tragiques – «bavures» contre des populations civiles –, ils ne remplacent pas un engagement déterminé des Etats-Unis pour la résolution des crises internationales.

Sans parler du conflit israélo-palestinien sur lequel ont échoué tous les présidents américains après Jimmy Carter, Barack Obama s’est empêtré dans le bourbier proche-oriental. Il a ajourné les unes après les autres les décisions qui auraient été nécessaires dans la guerre en Syrie.

L’élimination des armes chimiques détenues par le régime de Damas est certes en bonne voie mais les Etats-Unis ont donné l’impression d’être à la remorque de la Russie. Vladimir Poutine a tiré le bénéfice personnel de la démarche commune tandis que son allié Bachar el-Assad obtenait pour le moins un nouveau sursis. Barack Obama a été obligé de mettre en sourdine sa revendication du départ du dictateur de Damas. Comme l’a relevé Laurent Fabius avec une certaine amertume à l’occasion du 40e anniversaire du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des affaires étrangères, le président américain a renoncé à faire respecter les lignes rouges qu’il avait lui-même fixées un an auparavant.

L’Egypte, aussi, avec d’abord l’élection d’un président issu du mouvement des Frères musulmans, puis le coup d’Etat qui a ramené les militaires au pouvoir, a été un casse-tête pour les Américains. Barack Obama avait bien commencé son premier mandat dans le monde arabe avec son discours du Caire qui avait reçu un écho très favorable. Mais il a été pris au dépourvu par le «printemps arabe» puis par la victoire électorale des islamistes suivie du retour de l’armée au pouvoir. Là encore, la Russie a profité de la perplexité américaine pour reprendre pied en Egypte.

Accord bâclé sur l'Iran

Dans ces conditions, on comprend que Barack Obama attende avec une certaine impatience une issue positive des négociations avec Téhéran. Un accord sur le programme nucléaire iranien mettrait fin à près d’un quart de siècle d’hostilité marqué par l’absence de relations officielles entre les deux pays.

Il ouvrirait non seulement le marché iranien aux sociétés américaines. Il pourrait surtout se traduire à moyen terme par un retour ordonné de l’Iran dans l’espace stratégique du Moyen-Orient, avec des conséquences positives en Irak, en Afghanistan, en Syrie et au Liban, voire dans le golfe arabo-persique malgré la méfiance des familles régnantes dans les émirats vis-à-vis de la révolution khomeyniste.

Rien n’est encore joué. Un accord est possible après le 20 novembre, date de la reprise des négociations entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne. Il n’est pas acquis. Au gré des Français – et d’une grande partie du Congrès américain –, l’administration Obama a manifesté de manière trop insistante son intérêt pour la conclusion d’un accord. Elle a même donné l’impression de ne pas être trop regardante sur les garanties apportées par les Iraniens afin d’aboutir rapidement.

C’était un mauvais calcul. Sur le fond d’abord: depuis plus d’une décennie que le processus de négociations est engagé, les Iraniens ont montré leur maitrise dans l’art de gagner du temps par d’apparentes concessions qui leur permettaient d’accélérer le développement de leur programme nucléaire. Tactiquement ensuite: si l’éventuel accord paraissait «bâclé», il aurait toutes les chances d’être rejeté par le Sénat américain, malgré sa – faible – majorité démocrate. Barack Obama n’a pas besoin d’un nouveau camouflet.

En ce sens, la fermeté française, qui devrait se traduire par un durcissement des termes de l’accord, peut lui avoir rendu un fier service.

Daniel Vernet

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