Société

Les 50 ans de Renoma

Temps de lecture : 3 min

Pionnier de la mode masculine au début des années soixante, Renoma a connu un succès fulgurant et reste aujourd'hui une marque qui compte sur la planète mode, même si son fondateur cultive la discrétion avec élégance

copie d'écran du site Renoma
copie d'écran du site Renoma

Fin des années 1950, sur les grands boulevards, un jeune homme entasse ses collections de costumes dans sa Triumph TR3 bleu layette – les puristes disent Baby Blue –, pour ensuite les vendre de boutique en boutique. C’est son père, Simon, qui les fabrique dans l’appartement familial de la rue Notre-Dame-de-Nazareth. Étudiant, fêtard, il sort au Golf-Drouot et à la patinoire de la rue Saint-Didier : il est un champion.

Une anglaise comme les minets

Le gamin du Sentier croque la vie à pleines dents. Sa mère lui a offert une Triumph (en cassant sa tirelire) et il peut rivaliser avec les minets du Drugstore pour «emballer les gonzesses». Né dans la confection, le jeune Maurice, dyslexique, daltonien, malhabile de ses mains, fera de ses handicaps des atouts : il ne suit aucun conseil, aucune règle et se lance à l’instinct. Le premier, il créera des costumes pour les garçons de son âge, coupe plus près du corps, revers plus larges, pantalons patte d’eph’. Le succès est immédiat, le tout-Paris se rue dans la petite boutique Renomai, rue Notre-Dame-de-Nazareth. Sur l’enseigne, le «i» est tombé. Le phonétique de Renommée devient Renoma. Maurice en fera sa marque et son nom. Deux ans plus tard, il arpente les alentours de Janson-de-Sailly à la recherche d’une boutique. Il en trouve une à l’angle de la rue de Longchamp et de la rue de la Pompe. Sans un sou devant lui, il réussit à l’acheter et s’installe avec son frère Michel, provoquant une mini-révolution dans le très bourgeois XVIe arrondissement. La jeunesse dorée le plébiscite, les parents râlent. Un an après l’ouverture, son père et sa mère le rejoignent. C’est que lui ne tient pas en place, il voit déjà grand : créer des licences partout dans le monde, aux États- Unis, au Japon... Renoma marche très fort :
son blazer imprimé, d’un style militaire avec ses boutons mats, fait fureur, ses vestes en tissus imprimés, velours à motifs, séduisent les musiciens. Gainsbourg, Lennon, Bob Dylan… deviennent des fans, tandis que toute une génération se reconnaît dans ce style décomplexé et jeune. Pour être «dans le coup», il faut s’habiller Renoma, qu’on soit Philippe Junot, le neveu de Pompidou ou les rejetons des vieilles familles aristos qui passent leurs nuits chez Castel.

La revanche d’un cancre

Maurice crée, vend, développe; la famille bétonne derrière. C’est la revanche du cancre, «la chance de ma vie, c’est que je ne comprenais rien à l’école». Il n’a jamais rien fait comme tout le monde. À la patinoire, il tournait déjà en sens inverse... Dans les années 1990, Maurice découvre la photo, sa grande passion. Il crée et se présente comme un «modographe». L’un des compliments qui l’a le plus touché, c’est quand Dominique Issermann l’a appelé «collègue photographe». Il enchaîne livres et travaux personnels mais son travail Mythologie I et II, où il associe au montage des têtes d’animaux et des humains, ou des visages d’hommes sur des corps de femmes, choquent. Mais si 60 galeries parisiennes le refusent, il sera exposé à Miami Art Basel en décembre et à New York juste avant. Créateur polymorphe, il a aussi innové en imprimant ses images sur des fauteuils et des canapés de style Louis XVI customisés.

La boutique de la rue de la pompe est aujourd'hui aussi un laboratoire de création, un showroom, et les Renoma café, la transcription de son univers.

Un succès mondial : il sera largement copié. Viendront aussi les Renoma Café Gallery à Paris, avenue George-V, et dont le plus grand vient d’ouvrir à Kuala Lumpur. Si la boutique de la rue de la Pompe n’attire plus les foules, c’est que Maurice Renoma a une vision mondiale, il est un géant des sous-vêtements en Asie, a plus de 60 points de vente au Japon, 30 boutiques en Chine, en Corée, en Malaisie... L’inventeur de la mode pour les jeunes a toujours une création d’avance, rien ne l’intéresse moins que le passé. Sa seule nostalgie, c’est de s’être fait refaire la Triumph TR3 de ses 18 ans, sa machine à remonter le temps peut-être. À son volant, lui qui ressemble de plus en plus à Picasso, retrouve sa jeunesse… pour toujours !

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