Les raisons de croire encore à la réussite de François Hollande

François Hollande, le 12 novembre 2013 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande, le 12 novembre 2013 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

Le climat est délétère. Le Président fait l'erreur de se mêler de tout alors que son «job» n’est pas d’être constamment en première ligne. Son dispositif politique est faible. Il a jusqu'aux échéances du printemps pour reprendre pied.

«François Hollande, quelle tragédie!» Cette remarque d’un confrère italien m’a fait sursauter. Eh quoi! Serait-ce là le sentiment général? Il est vrai qu’en France même, il ne se trouve plus personne, ou presque, pour croire que François Hollande puisse réussir. Ainsi un ancien ministre de gauche qui prépare un livre sur l’éternelle question de la réforme de la France –est-elle possible? Si oui, comment? A quel rythme?–  me disait en substance: bien sûr, lorsque mon livre sortira, ce sera après les décombres… Et le dernier sondage en date crédite François Hollande de 15% d'opinions favorables, le précédant lui accordant 21% de confiance, c’est-à-dire le score le plus bas de tous les présidents de la Ve République.

Ce climat délétère me paraît démesuré, exagéré, déraisonnable. Et si des désordres survenaient, le président deviendrait instantanément le garant de l’ordre public.

Je préfère donc utiliser une autre image qui est celle-ci: François Hollande est dur avec Bachar el-Assad, intraitable avec l’Iran, mais faible avec Duflot. Ce raccourci caractérise assez bien l’attitude de François Hollande en même temps qu’il résume sa situation politique.

Sur les fronts extérieurs, rien à dire: il fait le job! Avec sang-froid et dans la clarté. Intervention au Mali, réconciliation avec l’Algérie, position ferme sur la Syrie et l’Iran (même si les nouveaux «ponts» entre Washington et Téhéran changent la donne), approche raisonnée et patiente de la relation franco-allemande, etc. Pour l’essentiel il s’inscrit dans une continuité française, la mise en scène en moins. Autant Nicolas Sarkozy scénarisait sa geste extérieure, donnant sur ce terrain aussi l’image d’un activisme tous azimuts, autant François Hollande cultive la discrétion et n’est pas sans efficacité.

Qu'importe la politique étrangère...

Mais les Français n’ont d’yeux et d’oreilles que pour les événements hexagonaux. De ce point de vue, c’est vrai, rien ne va plus: la faiblesse du chef de l’Etat dans l’opinion atteint un seuil qui pourrait mettre en péril le sort du quinquennat.

D’entrée, François Hollande a fait un pari fou: inverser le parcours classique de la gauche. Sachant les caisses vides, et l’«Etat en faillite», selon la formule de François Fillon, François Hollande se savait condamné à une première partie de mandat difficile car totalement axée sur le redressement des comptes via la fiscalité (laquelle est toujours source de colère quoi qu’il arrive) avant une seconde partie plus traditionnelle, plus redistributrice. Il s’agissait de ne redistribuer qu’une fois la richesse recréée... Le schéma classique –on distribue ce que l’on n’a pas et on corrige ensuite, comme en 1983– avait toute chance d’échouer, mais il procurait l’avantage d’ancrer un soutien à gauche.

Dans le parcours de François Hollande, cet ancrage disparaît, au moins provisoirement; faute de l’un de ces fameux «marqueurs» (retraite à 60 ans, 35 heures, etc). Combiné à une droite radicalisée et tentée en permanence d’effacer les frontières idéologiques avec l’extrême droite, cela donne une impopularité record et un président privé de la réalisation de l’une de ses promesses: l’apaisement.

Toutefois, la bataille n’est pas perdue. Après tout, le seul mandat que François Hollande ait reçu du pays est le suivant: sortir de la crise. La reprise qui se profile en 2014, et qui devrait se consolider en 2015, à la condition d’une «pause fiscale» effective, est de nature à valider le schéma initial. La conscience et la maîtrise du temps sont ici une arme essentielle.

Mais, en attendant, il faut pouvoir franchir un passage rendu plus étroit qu’il ne devrait l’être par le président lui-même et par la faiblesse de son dispositif politique.

Les réformes sont à faire parce qu'elles n'avaient pas été faites

Le principal procès qui lui est intenté, selon lequel il serait incapable de décider, est injuste. Prudence ne veut pas dire hésitation. Ainsi a-t-il pris tous les tournants que la situation du pays commandait de prendre. Ils sont toujours décriés, jugés ici insuffisants ou trop complexes là, comme le signe de la trahison, mais ils existent: la compétitivité après le travail préparatoire de Louis Gallois; le début de flexibilité sur le marché du travail; les retraites; l’annonce de la priorité future de la réduction de la dépense publique; bientôt la refonte de la formation professionnelle.

Autant de réformes à faire parce qu’elles... n’avaient pas été faites! Mais sans doute doit-il à son mauvais départ de ne pas en être crédité. Il avait dénoncé «le monde de la finance», au lieu de quoi son gouvernement s’en est pris aux «riches» confondus avec les chefs d’entreprise. Quand le déficit de compétitivité imposait, et impose encore, une vraie démarche pacificatrice vis-à-vis des chefs d’entreprise, qu’ils soient grands ou petits.

Lui-même est un mélange de patience, d’opiniâtreté et d’excessive réactivité aux moments médiatiques.

D’une certaine façon, il commet la même erreur que son prédécesseur, à savoir que présidence rimerait avec omniprésence. Croire que le quinquennat change la nature de la fonction présidentielle est une erreur. Obéir à la pression conjuguée –et contraire– de Libération et du Figaro conduit ainsi à la désastreuse prestation sur l’affaire Leonarda.

Le président sous la Cinquième doit être, ou feindre d’être, au-dessus des partis. Il est autant garant qu’acteur. La difficulté particulière de François Hollande est qu’il avance, mais qu’il avance en crabe. Sans l’énoncer clairement. En se mêlant de tout alors que son «job» n’est pas d’être constamment en première ligne.

La bataille des ego

L’autre difficulté particulière tient à la faiblesse de son dispositif politique: poids excessif des écologistes qui ne défendent ouvertement que leurs intérêts de boutique, sans craindre de ridiculiser le président lui-même; gouvernement composé au gré des courants du PS et donc pléthorique, dont beaucoup sont aux abonnés absents, aussi bien sur la qualité de leur travail que sur leur sens de la responsabilité collective; trop grande tolérance vis-à-vis du jeu permanent des ego, qu’ils s’agisse des deux figures contraires que sont Manuel Valls (le ministre de l’Intérieur, désormais l’homme politique le plus populaire en France) et Claude Bartolone (le président de l’Assemblée nationale); et surtout –sans doute est-ce là le péché originel– sept ministres au tout puissant ministère des finances et du budget, ce qui interdit tout patron à Bercy. Or il faut être capable de tenir l’Etat et l’Etat, en France, c’est Bercy.

S’ajoute le fait que le groupe des députés socialistes est pour partie constitué de jeunes apparatchiks qui pensent à l’extrême gauche quand il faudrait exclusivement soutenir le gouvernement et une politique de centre gauche. Comme toujours, le juge de paix, ce seront les électeurs eux-mêmes.

Mais d’ici aux échéances du printemps (municipales puis européennes), il reste très peu de temps pour tenter de corriger les défauts les plus criants du système. Et pour reprendre pied dans l’opinion française. Faute de quoi les trois années et demie qu’il a devant lui risquent de se transformer en un interminable chemin de croix.

Le climat du pays à la fois hystérisé et frileux doit aussi au comportement de l’opposition. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, celle-ci n’est pas au mieux de sa forme engluée dans une bataille pour le leadership redoutable: Jean-François Copé qui réussit la prouesse d’être aussi impopulaire que le Président en exercice, François Fillon qui ne sait plus comment refaire le terrain qu’il a lui même perdu en brouillant son image, Nicolas Sarkozy qui s’impatiente et qui en attendant consacre ses efforts à éviter que François Bayrou puisse devenir maire de Pau...

Jusqu'où peut aller le jusqu'au-boutisme de l'opposition?

On pourra toujours se dire: tout cela c’est de l’anecdote et cela n’empêchera pas la droite de gagner lorsque l’occasion d’une alternance se présentera. Il y a pourtant plus grave et plus dommageable pour le pays, à savoir l’attitude générale de l’opposition, son radicalisme pour ne pas dire son jusqu’au-boutisme qui consiste systématiquement à souffler sur les braises. Nous avons donc une opposition qui fait chorus avec les extrêmes dans leur quête permanente d’une délégitimisation de François Hollande et qui approuve toutes les protestations contre toutes les mesures gouvernementales surtout lorsque celles-ci représentent un effort pour les contribuables.

Autrement dit, la droite dite de gouvernement contribue à affaiblir la Ve République qu’elle a pourtant elle-même mise en place. Et alors que l’on sait qu’elle avait elle-même prévu des mesures plus draconiennes (TVA à 23%!) elle encourage chacune des catégories contestataires à faire barrage à tout nouvel effort et se prépare donc le jour où elle sera dans la situation de prendre des mesures difficiles à être face à un nouveau mur de la colère. C’est bien ainsi que la France reste immobile!

Il va de soi qu’en matière de revendications et de protestations, elle pourra difficilement faire mieux que le Front national. En lieu et place d’une pédagogie minimum à laquelle elle devrait contribuer, elle continue donc d’installer l’extrême droite dans une position qui finira peut-être un jour par lui faire perdre son statut de seule force d’alternance.

Jean-Marie Colombani

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