Life

Un cœur greffé retiré après le «redémarrage» du coeur défaillant

Jean-Yves Nau, mis à jour le 14.07.2009 à 1 h 10

Nous l'avions presque oublié: depuis plusieurs décennies, la chirurgie cardiaque n'a cessé d'accomplir des prouesses grandissantes tout en ne cessant de banaliser ses triomphes. Le temps n'est définitivement plus où, dans le sillage de Christiaan Barnard, les transplanteurs de cœur étaient perçus comme des demi-dieux triomphant de la mort grâce à leur savoir-faire mais aussi grâce à la fraternité biologique des donneurs et de leurs proches. Et ne parlons même pas des multiples interventions sur les artères coronaires, ces triples, quadruples ou quintuples pontages, de leurs auteurs toujours aussi impressionnants de virtuosité mais qui désormais sont le plus souvent considérés comme de simples plombiers du vivant; sauf, peut-être, par ceux qui grâce à eux peuvent prolonger ainsi leur durée d'espérance de vie...

Et puis il arrive, de temps à autre, que cette même chirurgie parvienne à renouer avec le spectaculaire, le rêve, le miracle. C'est le cas aujourd'hui avec l'annonce, faite mardi 14 juillet sur le site de l'hebdomadaire britannique The Lancet. L'annonce d'une première chirurgicale doublée d'un conte médical pour grands et petits. L'histoire commence en 1994 au Royaume-Uni. Hannah Clark n'est alors âgée que de huit mois. Elle présente alors tous les symptômes caractéristiques d'une forme de maladie cardiaque bien connue des spécialistes sous le nom de cardiomyopathie. Comme son nom l'indique, c'est une affection du muscle cardiaque. Une affection rare à cet âge: elle ne touche qu'entre 12 et 14 enfants sur un million. Une affection complexe aussi: il est possible qu'elle puisse régresser au fil du temps.

Hannah est alors prise en charge au Harefield Hospital. Les médecins observent très vite que son muscle et  fonction cardiaque ne parviennent pas à fournir le sang nécessaire à ce petit organisme. Sa cardiomyopathie met sa vie en danger. En 1995 - Hannah a alors onze mois, une équipe chirurgicale tente un formidable pari: non pas greffer un nouveau cœur mais transplanter un nouveau cœur placé en parallèle du sien; une forme de pompe biologique qui va pallier les défaillances mécaniques du cœur malade. C'est de fait un succès mécanique mais c'est aussi un gros problème médical du fait du traitement médicamenteux immunosuppresseur que la petite fille doit prendre continuellement pour que son corps ne rejette pas son second cœur.

Hannah, comme ses médecins le redoutaient, commença alors à souffrir de complications à la fois virales et cancéreuses de son traitement immunosuppresseur; des complications sévères nécessitant une nouvelle escalade thérapeutique. Premiers espoirs de rémission grâce à la chimiothérapie. Puis nouvelles inquiétudes en 2003 avec la réapparition des symptômes. Nouveaux cycles de traitements. Que faire? La lumière survînt en 2005 quand une batterie d'examens permirent d'établir que son propre cœur pouvait désormais se passer des services du second. L'incroyable pari du début semble être gagné.

Au vu des différents éléments de l'équation et de leur calcul entre les risques encourus et les bénéfices attendus l'équipe chirurgicale du Pr Sir Magdi Yacoub auquel s'est associé le consultant Victor Tsang, décida, pour la première fois au monde, de procéder à l'ablation du cœur greffé. L'intervention hautement problématique fut réalisée en février 2006 au Great Ormond Street Hospital de Londres en février 2006. Ceux qui la pratiquèrent ont courageusement choisi de garder trois ans et demi le silence avant de s'exprimer. Et sur le site du Lancet, ils nous disent aujourd'hui que le succès est total : Hannah a retrouvé son propre cœur pleinement battant et ne prend plus de traitements immunosuppresseurs. Elle dit remercier ses chirurgiens, passer les examens scolaires que les jeunes de son âge doivent passer au Royaume-Uni et pouvoir, enfin, nourrir sa passion pour les animaux. Ce qu'on ne lui avait alors pas permis de faire.

Jean-Yves Nau

Image de une: dessin des cœurs de Hannah. The Lancet.

Jean-Yves Nau
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