Chine: le grand flou

A Pékin, les 376 membres du Plenum qui se sont réunis à huis clos ont reconnu le «rôle décisif» du marché, mais ont réaffirmé «le rôle dominant du système de la propriété d’Etat». Un flou signe de tensions à l'intérieur du parti.

Hefei, province de l'Anhui, en octobre 2013. REUTERS/Stringer

- Hefei, province de l'Anhui, en octobre 2013. REUTERS/Stringer -

En Chine, depuis le début des années 1980, chaque décennie amène une nouvelle équipe au pouvoir. Et l’évolution considérable du pays dans un monde qui change profondément conduit le régime à s’adapter. Mais sans précipitation et en tenant compte de nombreux équilibres internes. C’est ce qu'ont montré les dirigeants chinois actuels lors de la 3e réunion du Plénum du Comité central du Parti communiste qui s’est tenue à huis clos du 9 au 12 novembre à Pékin.

Sans doute était-il plus facile pour le pouvoir chinois en 1978 de se démarquer de la période maoïste qui venait alors de s’achever. Les excès de la Révolution culturelle et la fermeture du pays avaient été tels que Deng Xiaoping, devenu l’homme fort du régime, avait pu s’employer avec réalisme à proclamer la nécessité de «l’ouverture» et de la «modernisation» de l’économie et de la société chinoises.

De même en 1993, Zhu Rongji, qui était Premier ministre, avait relancé et accentué les réformes au nom de «l’économie socialiste de marché».

Aujourd’hui, rien ne semble si simple en Chine. Les 376 membres du Plénum qui se sont réunis à huis clos n’ont pas dégagé une idée force aux allures de slogan. La télévision a seulement montré pendant quelques secondes leurs visages sérieux dans un décor sans fantaisie.

Economie de marché, rôle de l'Etat

Xi Jinping présidait les travaux avec à ses côtés les 24 autres membres du Bureau politique. Il cumule depuis un an les plus hautes responsabilités dans le Parti et l’Etat chinois et se retrouve au terme de cette réunion avec en mains un programme qui contient une quantité de directions.

Parmi les plus importantes, il est écrit que le marché doit avoir en Chine «un rôle décisif». Et que donc le Parti doit «encourager la vitalité économique et la créativité de l’économie non publique». Des phrases qui indiqueraient une avancée libérale si n’était pas réaffirmé dans le même document «le rôle dominant du système de la propriété d’Etat».

Certains journaux chinois avaient cru pouvoir annoncer que des capitaux privés pourraient entrer dans l’actionnariat des entreprises publiques. Il n’en est pas question dans les conclusions de la réunion au sommet. Le secteur public en Chine reste contrôlé par l’Etat et ces sociétés qui fonctionnent notamment dans les domaines de l’énergie ou des transports sont souvent dirigées par des dignitaires de la nomenklatura.

L’ensemble des annonces faites à l’issue du Plénum reste en fait assez vague. Par exemple, l’indication d’un renforcement de l’indépendance de la magistrature par rapport aux pouvoirs locaux est cité sans précisions particulières. De même, il est question, sans dire comment, de faire avancer la réforme des terres rurales qui devrait augmenter les droits des agriculteurs à la propriété.

Plus net dans l’intention, quand le Parti parle d’«améliorer le système de management culturel», il faut comprendre que le contrôle sur Internet sera maintenu.

Pas d'ouverture pour Internet

Une innovation est pourtant remarquable –en ce qu’elle n’est pas courante dans la tradition du Parti communiste chinois: la création d’un «groupe central dirigeant» qui va être chargé «d’approfondir et de contrôler une nouvelle série de réformes».

Celles-ci, pour l’instant, ne sont pas précisées, pas plus que ceux qui seront les responsables de ce groupe. Néanmoins la création d’une entité de ce genre avait aidé en son temps Deng Xiaoping à mettre au point l’ouverture économique.

Il n’est pas dit un mot dans le communiqué du Plénum sur une révision possible de la politique de l’enfant unique. Rien non plus sur le «hukou», ce passeport intérieur qui –s’il était réformé– permettrait à près de 300 millions de ruraux qui ont quitté la terre de se domicilier officiellement en ville et de pouvoir ainsi bénéficier des services d’éducation pour leurs enfants ou de santé en cas de maladie.

Li Keqiang n'est pas cité

Résultat, même si, en rendant compte de la réunion du Plenum, la présentatrice du journal de la CCTV1 (la première chaîne de télévision chinoise) proclamait la version officielle: «Trente-cinq ans après Deng Xiaoping, il s’agit d’un deuxième départ pour les réformes!», la réunion à Pékin des dignitaires du Parti communiste donne une impression de flou. 

Elle laisse penser que de fortes oppositions ont bloqué des changements envisagés par le gouvernement chinois. Le Premier ministre Li Keqiang, dont certaines récentes déclarations s’avançaient sur un terrain de réformes, n’est pas cité dans le communiqué final du Plénum.

Xi Jinping a cependant du temps devant lui. Son actuel mandat à la tête du Parti va jusqu’en 2017. Ses prédécesseurs ont été renouvelés pour cinq ans de plus. Il peut envisager une politique de réformes qui s’appuierait au cas par cas sur un travail de persuasion et de consensus. Ce qu’on appelle en Chine «une approche graduelle» des résistances aux changements.

Richard Arzt

Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Correspondant à Pékin de Paris Match. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
SLATE CONSEILLE
D'autres ont aimé »
Publié le 15/11/2013
Mis à jour le 15/11/2013 à 14h26
1 réaction