Culture

Miss Marvel est Américaine ET musulmane, c'est ça qui est nouveau

Romain Mielcarek, mis à jour le 14.11.2013 à 19 h 22

Mais attendez... Miss Marvel, c'était pas déjà une grande blonde en 1977?

La famille Kahn, immigrés du Pakistan, a peur de la voir fréquenter des garçons. © Marvel.

La famille Kahn, immigrés du Pakistan, a peur de la voir fréquenter des garçons. © Marvel.

Miss Marvel, la nouvelle héroïne de l'univers éponyme de comics américains (Spiderman, les X-Men, Iron Man, Hulk, etc) a déjà fait jaser toute la presse. La cause? Celle qui débarque dans les bacs en février 2014, est une adolescente musulmane ET américaine de la banlieue new-yorkaise.

L'univers Marvel disposait déjà d'une poignée de personnages musulmans, mais tous originaires du Moyen-Orient. Les X-Men accueillent occasionnellement depuis 2002 une certaine Dust, afghane en burqa sauvée par les célèbres mutants.

Dès les années 1980, Arabian Knight avait accompagné les aventures de plusieurs personnages de la franchise, de l'Egypte à l'Irak. Mais jamais d'Américain musulman.

Chez DC, le principal concurrent de Marvel, on a aussi abordé la problématique de l'islam dans plusieurs comics avec la même timidité. Batman, notamment, a défrayé la chronique en accueillant parmi ses coéquipiers un jeune banlieusard parisien d'origine algérienne, Nightrunner. Superman devait lui aussi être accompagné par un certain Sharif. Les scénaristes du célèbre héros en collants bleus avaient finalement beaucoup hésité, avant d'abandonner le projet sans explications. DC saute finalement le pas en septembre 2012 avec Simon Baz, un Libano-Américain qui rejoint l'équipe de Green Lantern.

Le succès de ce dernier, qui a tant bien que mal trouvé son public, a peut-être convaincu les scénaristes de Marvel qu'il était temps pour eux aussi d'avoir leur propre héros américain-musulman. Kamala Kahn devra donc assumer cette première. Son pouvoir: changer la taille et la forme de son corps à volonté. La jeune fille, dont le grand frère est, selon l'aveu de Marvel au New York Times, très conservateur et les parents, immigrés du Pakistan, a peur de la voir fréquenter des garçons, est surtout poussée par son admiration pour Miss Marvel, la vraie, l'originale.

Car oui, il y avait déjà une Miss Marvel depuis 1977. Il n'est pas rare, dans les comics, qu'un personnage change de nom ou de costume, selon de très complexes aléas scénaristiques... et selon les brouilles parfois explosives entre auteurs. Bref, Miss Marvel est récemment devenue Captain Marvel, laissant la place libre pour cette jeune successeure.

Miss Marvel est un personnage particulièrement symbolique. A sa création, elle s'appelle Carole Danvers et travaille pour le Secrétariat d'Etat à la Défense en pleine Guerre Froide. Elle est chargée de surveiller la base spatiale de Cap Canaveral. Elle sera l'une des toutes premières super-héroïnes autonomes, alors que les personnages féminins sont habituellement membres de groupes. Si les X-Men ou les Quatre Fantastiques avaient chacun une femme dans leurs rangs, tous les héros qui font cavalier seul sont des hommes.

A l'époque, Carole Danvers est un personnage révolutionnaire qui vient s'inscrire dans la deuxième vague de luttes pour les droits des femmes aux Etats-Unis. Forte, belle et indépendante, elle sera vite victime de ce rôle. Au début des années 1980, elle est kidnappée par un super-vilain et revient enceinte. Une affaire de viol –très tordue— qui fait scandale: la belle blonde devenue mère célibataire se retrouve au chômage technique. En quasi-retraite pendant plus de 25 ans, au cours desquels elle ne fait que de rares apparitions, elle sera pleinement réhabilitée en 2006.

Marvel, une vision pessimiste de l'Amérique

Cette année-là, l'univers Marvel est en plein chamboulement. Les auteurs ont transformé la totalité de leurs séries en une énorme métaphore d'un grand débat sociétal américain: faut-il préférer la sécurité à la liberté? Après une énorme explosion qui coûte la vie à des milliers de personnes, le gouvernement réclame de nos héros de se régulariser en dévoilant leurs identités et en travaillant directement pour les services officiels.

Dans cet épisode crucial de l'histoire récente de Marvel, une partie des personnages rejoint Iron Man pour défendre cette politique de fichage généralisé à des fins de sécurité. L'homme de fer est alors non seulement marchand d'armes mais aussi Secrétaire d'Etat à la Défense. Une représentation colorée des néoconservateurs de l'administration Bush.

En face, les tenants des libertés individuelles et du droit à la vie privée suivent Captain America, figure historique de la démocratie américaine. Le sort réservé à Captain America cause alors un débat national aux Etats-Unis tant cette métaphore est pessimiste et lourde de symbolisme.

Au fil des années, les récits de ce type de comics se sont fait de plus en plus sombres. Quelques-uns des plus grands héros sont amenés à échouer dans leur quête. Des univers tragiques dans lesquels les studios semblent désormais prêts à introduire les souffrances de la jeunesse américaine musulmane, dans toute leur complexité. En souhaitant à Kamala Kahn, alias Miss Marvel, de ne pas finir aussi mal que ses idoles...

Romain Mielcarek

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