Economie

Le coût de la vie n’augmente pas assez vite

Gérard Horny, mis à jour le 11.11.2013 à 7 h 31

Nombre de Français n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois, néanmoins, l'inflation manque à notre économie.

Une station-service à Nice, en 2012. REUTERS/Eric Gaillard

Une station-service à Nice, en 2012. REUTERS/Eric Gaillard

L’inquiétude monte dans les pays de la zone euro: la hausse des prix est faible, trop faible. Les économistes demandaient à la Banque centrale européenne (BCE) de réagir. Leurs vœux ont été exaucés plus tôt qu’ils ne le pensaient, dès ce 7 novembre. Visiblement, le problème a été pris au sérieux à Francfort.

A priori, cela peut sembler une provocation de réclamer une hausse des prix plus rapide alors que beaucoup de nos concitoyens trouvent que la vie est déjà trop chère et peinent à boucler leurs fins de mois. Le retour du prix des carburants à leur plus bas niveau depuis deux ans est plutôt une bonne nouvelle pour eux et, d’une façon générale, beaucoup de commentateurs soulignent que la faiblesse de la hausse des prix (0,9 % sur un an en septembre en France métropolitaine) permet aux Français de maintenir un niveau relativement élevé de consommation malgré un chômage encore en progression et des hausses de salaires généralement modestes.

Pourtant, ce serait une erreur de considérer la faiblesse actuelle de l’inflation comme un élément positif. Ce n’est pas un hasard si la BCE se fixe pour objectif un taux annuel de hausse des prix «au-dessous de, mais à un niveau proche, de 2% sur le moyen terme». L’inflation est certes un problème quand elle n’est pas maîtrisée, mais il en faut tout de même un peu: c’est la goutte d’huile dans les rouages qui fait que l’économie peut tourner à un rythme satisfaisant.

Le contraire de l’inflation, la déflation, est le danger le plus redoutable que l’on puisse imaginer. Quand les prix stagnent ou baissent même carrément, les consommateurs n’ont aucune raison de se presser d’effectuer des achats: ils ont de bonnes chances de pouvoir acheter la même chose moins cher plus tard.

Les épargnants n’ont plus aucune raison de prendre des risques en plaçant leur argent dans l’économie: l’argent qui dort sur leurs comptes courants vaut chaque mois un peu plus.

Quant aux entrepreneurs ou aux acheteurs de biens immobiliers, ils n’ont aucun intérêt à emprunter pour investir: le remboursement de leur emprunt et le paiement des intérêts pèsera d’un poids croissant sur leurs finances alors que, dans une situation normale, avec un peu d’inflation, le poids des mensualités s’allège au fil du temps. Dans une économie en déflation, la meilleure façon de s’enrichir est de ne rien faire et de dormir sur ses liquidités; mais, à ce jeu, la croissance s’anémie et l’emploi recule.

Sur la mauvaise pente

On n’en est pas encore là dans la zone euro, mais selon les premières estimations d’Eurostat, le rythme annuel de hausse des prix serait tombé à 0,7 % fin octobre, venant de 1,1% en septembre et de 2,5% en octobre 2012. La pente est dangereuse. Déjà en septembre, quelques pays frôlaient la déflation ou y étaient déjà: 0,5% de hausse des prix sur un an en Espagne, 0,3% à Chypre et au Portugal, 0% en Irlande, -1% en Grèce.

Pour la BCE, il devenait de plus en plus difficile de s’en tenir au statu quo: il était nécessaire d’agir pour éviter que l’ensemble de la zone euro ne tombe en déflation, ce qui compromettrait gravement les chances de voir se poursuivre la reprise amorcée timidement depuis quelques mois. L’exemple du Japon depuis vingt ans montre qu’il est extraordinairement difficile de sortir d’un tel piège.

La situation pourrait devenir intenable pour les pays ayant des dettes publiques particulièrement élevés comme la Grèce (169,1% du PIB à la fin du premier semestre), l’Italie (133,3% du PIB) ou le Portugal (131,3%). Si la richesse créée dans un pays (exprimée par la croissance du PIB en valeur) augmente moins vite que le coût réel de ses emprunts (avec une baisse des prix de 1%, un emprunt à 8% coûte en fait 9%), ce pays n’arrive plus à se désendetter; ou alors il lui faut procéder à des coupes massives dans les dépenses, au risque d’accroître le ralentissement de l’activité.

La BCE a surpris agréablement

Sur les marchés, l’idée s’était répandue d’une baisse des taux de la BCE dès ce 7 novembre. Cette rumeur avait eu le mérite de faire un peu baisser l’euro, nettement surévalué face au dollar, mais la plupart des professionnels de la finance n’y croyaient pas: la BCE ne fait rien sans l’avoir laissé deviner le mois précédent. Or, elle n’avait rien dit de tel en octobre. Et pourtant, elle l’a fait: elle a réduit son principal taux directeur à 0,25%, contre 0,50% précédemment. Jamais depuis la création de l’euro, ce taux n’avait été aussi bas.

Les spécialistes croyaient d’autant moins à ce geste dès ce mois-ci que, après cette baisse, la BCE n’a plus guère de marge de manœuvre sur les taux. On pouvait penser qu’elle hésiterait davantage avant de brûler ses dernières cartouches. Manifestement, ses dirigeants ont estimé qu’il y avait urgence.

Est-ce que cela suffira?

D’autres mesures, plus techniques, seront peut-être à prendre si le crédit ne repart pas de façon nette. Les chiffres sont actuellement assez inquiétants: ainsi que l’a rappelé Mario Draghi, les prêts des banques de la zone euro aux ménages sont en augmentation de seulement 0,3% sur un an (à fin septembre); quant aux prêts aux entreprises, ils sont en recul de 2,7%. Dans ce contexte, la prévision de la Commission européenne d’une croissance modeste de 1,1% dans la zone euro en 2014 risque de se révéler encore trop optimiste. La question se pose en particulier dans des pays comme l’Italie où le secteur bancaire risque de ne plus être en mesure de jouer pleinement son rôle de financement de l’économie.

La BCE, que certains jugeaient trop timorée dans ses initiatives, semble avoir bien pris la mesure du risque de déflation; la zone euro dans son ensemble devrait y échapper. Mais il est encore un peu tôt pour dire qu’on va retrouver un fonctionnement normal avec des prix qui augmentent et des ménages qui peuvent le supporter parce que les salaires augmentent aussi. La reprise reste pour le moment un phénomène statistique (le PIB de la zone euro a recommencé à croître au deuxième trimestre), elle n’est pas encore une réalité tangible.

Gérard Horny

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