Economie

Un deuxième plan de relance aux Etats-Unis?

Christopher Beam, mis à jour le 14.07.2009 à 16 h 57

La suite estivale de la saga à gros budget dont tout le monde parle.

Le gouvernement américain a «mal interprété la gravité de la crise». Cette déclaration dimanche 5 juillet du vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, à George Stephanopoulos lors de l'émission This Week a déclenché une vague de spéculations au sujet d'un deuxième plan de relance aux Etats-Unis. Celles-ci ont repris de plus belle après que la conseillère d'Obama, Laura Tyson, a laissé entendre dans un discours prononcé mardi 7 juillet à Singapour que le premier plan de relance de 787 millions de dollars «n'était pas tout à fait à la hauteur». Barack Obama lui-même s'est refusé à exclure un deuxième plan de relance : «Aucune possibilité ne peut être exclue à l'heure où le chômage se rapproche de 10% et que beaucoup d'Américains souffrent.»

Pour Jen Psaki, porte-parole du gouvernement américain, la question n'est pas encore tranchée : «Tout débat autour d'un deuxième plan de relance est prématuré pour le moment» a-t-elle déclaré. Mais elle semble bien isolée : Steny Hoyer, président du groupe démocrate de la Chambre des représentants, a déclaré mardi 7 juillet qu'il pensait «qu'il ne fallait pas exclure la nécessité de prendre les mesures» et le président du groupe républicain, Eric Cantor, l'a approuvé en se déclarant «prêt à travailler avec le président à un projet de loi qui donnerait des résultats concrets.»

Le cheval de bataille de Paul Krugman

D'un point de vue strictement économique, le débat est loin d'être tranché. Le premier plan de relance adopté par le Congrès il y a six mois à peine n'a pas empêché le chômage de progresser (500.000 emplois ont encore été détruits en juin.) Il se situe désormais à son plus haut niveau depuis près de 26 ans, à 9,5 %, un taux supérieur à celui envisagé par le gouvernement dans son scénario sans plan de relance. Paul Krugman, prix Nobel d'économie 2008, réclame désormais un «second round, d'urgence» et Dean Baker, du «Center for Economic and Policy Research» considère «que la question ne se pose même plus». Pour Mark Zandi, de Moody's Economy.com, il faut en revanche attendre encore quelques mois avant de trancher : «Tout s'est déroulé jusqu'ici comme prévu» écrit-il, des baisses d'impôts aux dépenses locales d'infrastructure. Bruce Barlett, ancien conseiller économique de Ronald Reagan, considère lui aussi qu'il est trop tôt pour doubler la mise, alors que l'essentiel des fonds ne sera pas dépensé avant 2010-2011.

Du point de vue politique, en revanche, on voit mal comment le gouvernement américain pourrait rester passif si l'hémorragie d'emplois se poursuivait. La question est donc de savoir à quoi ressemblerait dans ce cas un deuxième plan de relance?

Nouvelles baisses d'impôts

Tout le monde s'accorde à dire qu'il devrait être différent du premier. Cette fois-ci, c'est probablement moins le montant qui comptera que la rapidité de son action. Et le moyen le plus rapide de relancer le pouvoir d'achat, c'est de réduire les impôts. Le premier plan incluait des baisses d'impôts de 250 milliards de dollars en faveur des ménages et des entreprises. Elles seraient probablement encore plus importantes cette fois-ci. Le porte-parole d'Eric Cantor, Brad Dayspring, rappelle que «le 1er janvier dernier, les représentants républicains avaient insisté sur le fait que tout plan de «relance» devrait avoir pour objectif de créer, de protéger et de maintenir des emplois». En d'autres termes, pas de créations d'emplois provisoires dans le secteur de la construction qui ne durent que jusqu'en 2011. L'idée d'exonération provisoire de charges sociales proposée en janvier par les représentants républicains pourrait bien, selon Mark Zandi, ne plus sembler si mauvaise que cela en septembre.
Le fait d'attribuer davantage de fonds aux collectivités territoriales permettrait également d'accélérer la relance de l'économie dans la mesure où ils seraient consacrés à des programmes existants (tels que les aides aux personnes à revenus modestes ou sans ressources et les allocations chômage) et donc dépensées beaucoup plus rapidement que les fonds attribués aux travaux publics qui doivent d'abord faire l'objet d'études préalables : c'est ainsi que 5 % seulement des fonds attribués au ministère des transports dans le cadre du premier plan ont été dépensés à ce jour (probablement essentiellement dans des projets qui étaient de toute façon prêts à démarrer.) L'attribution de fonds aux collectivités territoriales risque de se révéler nécessaire de toute façon, les états américains risquant d'avoir de sérieuses difficultés budgétaires (comme c'est déjà le cas pour la Californie) si la crise se poursuit.

Vacances pris en charge par l'Etat

D'autres idées innovantes circulent. Dean Baker propose par exemple de réduire les impôts des entreprises qui versent des congés payés à leurs salariés. Si ces congés étaient pris en charge par l'Etat, ces entreprises pourraient recruter davantage de salariés, ce qui réduirait d'autant le chômage. Plus d'emplois, plus d'argent, plus de vacances. Que demande le peuple ? Un tel programme risque, cela va sans dire, d'avoir du mal à passer politiquement : le gouvernement paierait des gens à ne rien faire. Mais le raisonnement de Dean Baker est le suivant : ces emplois existant déjà, les nouvelles embauches - et leur effet positif sur la relance - seraient immédiates.

L'adoption d'un deuxième plan de relance devrait se révéler plus délicate que celle du premier, dans la mesure où le gouvernement devra faire des sacrifices pour réduire son déficit - sur le financement de la réforme du système de santé ou sur la prévention des saisies immobilières par exemple. Il signalerait également la fin d'une situation économique héritée du gouvernement précédent, sur lequel Barack Obama ne pourrait plus reporter la responsabilité des difficultés éventuelles.

Un deuxième plan de relance permettrait néanmoins à Barack Obama de faire porter au parti républicain une partie de la responsabilité de la situation économique actuelle. Pour les Républicains, un plan de relance fondé pour l'essentiel sur des baisses d'impôts reviendrait à reconnaître le bien fondé de leur politique (même si pour certains économistes l'échec du plan actuel est justement dû aux trop grandes concessions accordées au Parti républicain.) C'est peut-être la raison pour laquelle le gouvernement américain actuel est décidé à tout faire pour éviter un deuxième plan de relance, celui-ci risquant d'offrir aux conservateurs leur première grande tribune depuis la stagflation.

Christopher Beam

Traduit par Francis Simon.

(Photo: Joe Biden et Barack Obama, REUTERS/Jason Reed)

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