Monde

Obama en Afrique: le tsunami affectif

Pierre Malet, mis à jour le 13.07.2009 à 19 h 18

Un coup de maître au Ghana, en forme de rêve américain

«Yes he can». Barack Obama a encore réussi un coup de maître avec sa visite au Ghana le 11 juin. Son premier retour en Afrique en tant que Président des Etats-Unis. Le premier voyage sur le continent noir d'un chef d'Etat américain noir. A cette occasion, il a fait preuve d'une popularité sans égale. En Afrique, il y a longtemps que les autocollants Ben Laden ont laissé place à ceux à la gloire de ce «fils du continent».

En choisissant d'effectuer au Ghana son premier voyage sur le continent Barack Obama a envoyé un message clair aux Africains. Dans ses relations avec le continent l'Amérique va donner une prime à la démocratie. En ce domaine, le Ghana est en effet l'une des plus belles réussites de l'Afrique. Ce pays a connu deux alternances démocratiques en dix ans. Il est dirigé par John Attah Mills, un professeur de droit.

Une visite habile

Voisin de la turbulente Côte d'Ivoire le Ghana connaît un développement économique régulier. Une importante classe moyenne s'est développée ces dernières années, alors même que le Ghana n'est pas le pays le mieux doté du continent en matières premières. Accra a bien davantage investi dans la matière grise. Sa jeunesse est l'une des mieux formées du continent. Les médecins et infirmières ghanéens sont très présents en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Au point même d'y être plus nombreux qu'au Ghana, ce qui n'empêche pas ce pays de se développer.

Le choix du Ghana est d'autant plus habile qu'il évite à Barack Obama d'avoir à arbitrer entre les deux poids lourds du continent: l'Afrique du Sud et le Nigeria. Deux pays dont les relations sont tout sauf cordiales et qui se disputent le leadership continental.

Deux pays alliés des Etats-Unis et qui ont déçu les espoirs placés en eux. Les derniers scrutins au Nigeria ont été des farces électorales. Quant à la démocratie sud-africaine, elle inquiète, en raison de la personnalité de son nouveau président, Jacob Zuma.

La fin de la victimisation

Obama a tenu un discours des plus clairs, notamment à l'égard des dictatures qui continuent à dominer le paysage politique du continent: «L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes...L'aide, ce n'est pas une fin en soi. Le but de l'assistance étrangère doit être de créer les conditions pour qu'elle ne soit plus nécessaire». Il a également voulu en finir avec le discours de certains Africains qui se présentent comme les perpétuelles victimes de l'Occident: «Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain... Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai que les frontières coloniales qui n'avaient guère de sens ont contribué à susciter des conflits et l'Occident a souvent traité l'Afrique avec condescendance, en quête de ressources plutôt qu'à la recherche d'un partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats».

Lors de ses visites au Kenya -le pays de son père- , il avait tenu des discours particulièrement musclés dénonçant notamment l'incapacité du Kenya à se doter d'un «gouvernement transparent et fiable».

Si un dirigeant français ou britannique tenait ce genre de discours, il serait immédiatement accusé de néo-colonialisme. Barack Obama a un triple avantage: il est immensément populaire. Il est considéré comme un enfant du pays. Et il dirige une Nation qui n'a pas de passé colonial.

Comme nous l'a déclaré l'écrivain djiboutien Abdourahman Waberi, la visite d'Obama provoque un «tsunami affectif». D'autant, ajoute Waberi qu'il a aussi dénoncé «l'idée désastreuse selon laquelle le but de la politique serait de capter la plus grosse part du gâteau au bénéfice de sa famille et de sa tribu».

Le rêve américain loin devant le rêve français

Obama n'incarne pas simplement le fils de l'Afrique qui a réalisé les rêves de son père. Il symbolise aussi pour les Africains le rêve américain qui n'a rien perdu de sa force sur le continent noir. Bien au contraire. L'idée qu'un fils d'Africain puisse devenir le Président de la première puissance mondiale tout simplement parce qu'il est très talentueux est d'autant plus séduisante qu'elle va à l'encontre de tout ce que voient les Africains à longueur de journée. «Dans nos pays, les gens brillants intègres et travailleurs sont le plus souvent écartés des fonctions importantes. Quant ils ne sont pas simplement éliminés physiquement parce qu'ils dérangent des mafias bien en place au cœur du pouvoir», souligne l'écrivain nigérian Steve Ugwu.

Ce n'est pas un hasard si le drapeau américain flotte un peu partout en Afrique. Même sur les pirogues des pêcheurs de Saint Louis au Sénégal ou de Cotonou au Bénin, la bannière étoilée défie les vents violents de l'océan Atlantique.

Les images de télévision et de cinéma venues d'Amérique envoient un message fort à l'Afrique. Celle d'un pays où des noirs peuvent réussir par leur travail et leur talent. Les séries made in Hollywood montrent depuis longtemps déjà des Présidents américains noirs.

Beaucoup de jeunes Africains francophones l'avouent bien volontiers, l'Amérique a remplacé de longue date la France dans leurs cœurs. Un étudiant béninois qui rêve d'une Green card m'a récemment déclaré: «La France est perçue comme un pays fermé qui ne veut pas s'ouvrir aux autres alors que l'Amérique fait figure de terre de tous les possibles. L'Obamania n'est pas prêt de faiblir».

Pierre Malet

(Photo: Dans les rues d'Accra, le 11 juillet. REUTERS/Finbarr O'Reilly)

Pierre Malet
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