Culture

Comment sont financés les prix littéraires?

Maïlys Masimbert, mis à jour le 05.11.2013 à 13 h 29

Les dotations peuvent aller de 0 à 30.000 euros et la gamme des fournisseurs est aussi vaste que les montants distribués.

Pile of euro notes. Images Money via FlickrCC License by

Pile of euro notes. Images Money via FlickrCC License by

Le 5 novembre, le jury du prix Décembre a remis un chèque de 30.000 euros à Maël Renouard pour La réforme de l'opéra de Pékin. La veille, c'est une dotation symbolique de 10 euros qu'a reçu Pierre Lemaitre, le gagnant du prix Goncourt, pour son ouvrage Au revoir là haut.

Les lauréats du Femina et de l’Interallié repartiront les poches vides.

Mais d’où vient l’argent qui sert aux dotations des prix littéraires? La réponse dépend des prix dont on parle.

Municipalités et photocopieurs

Plusieurs sont financés par de l’argent public: c’est notamment le cas du Goncourt. L’héritage des frères du même nom s’est étiolé au fil du temps et de l’inflation. Le Centre national du Livre (CNL) et les municipalités ont pris le relais en participant au financement de bourses annexes (premier roman, biographie et nouvelle), créées plus tardivement par l’Académie et dotées à hauteur de 7.800 euros chacune.

Strasbourg par exemple, qui accueille le Goncourt de la nouvelle, prend en charge depuis 2001 la moitié de ce montant en piochant directement dans le budget culture de la ville. L’autre partie est prélevée dans la subvention de 20.000 euros versée chaque année par le CNL à l’Académie Goncourt, qui provient d’une taxe sur les photocopieurs et d’une autre sur le chiffre d’affaires des revenus de l’édition.

Grosse fortune et fondations

Pour les prix financés par de l'argent de particuliers, il y a différents cas de figures. Par exemple, la dotation du Grand prix du roman de l’Académie française, et plus largement de tous les prix récompensés par les Immortels, repose sur un système de fondations. L’argent qu’elles contiennent, légué ou donné par des particuliers ou des institutions, est placé en bourse pour le faire fructifier. Elles sont 46 actives aujourd’hui et leurs revenus permettent de financer les 58 prix décernés par l’Académie.

La fondation Broquette-Gonin est par exemple utilisée pour doter le Grand prix du roman, et ce depuis sa création en 1914. Elle fournit aussi les bourses d’autre prix comme celui de la biographie, de la critique ou encore de l’essai. De 15.000 euros jusqu’en 2003, le montant de la récompense pour le Grand prix est ensuite passé à 7.500, crise économique oblige.  

A l’inverse, la dotation du prix Décembre n’a pas diminué depuis sa création en 1999. Né des cendres du prix Novembre et de la volonté de Pierre Bergé, c’est lui qui pourvoit à tout. L'homme d'affaires finance les 30.000 euros reçus par le lauréat –la dotation la plus importante des prix littéraires à l’heure actuelle– la remise du prix à l’hôtel Lutetia et les trois repas de délibération du jury.

Café et grande distribution

Et puis il y a les prix financés par une entreprise. Ceux-là ont été créés par ceux qui les subventionnent. Le Landerneau –ou plutôt «les», il y en a quatre (roman, BD, polar, découverte)– lancé par Michel-Edouard Leclerc en 2008, récompense les auteurs avec une dotation fixe de 6.000 euros. Une somme à laquelle participent tous les Espaces culturels du mouvement Leclerc, puisqu'il fonctionne comme une coopérative.

Dans la même veine mais dans un esprit différent, le prix de Flore, créé par le mythique café du même nom, offre 6.100 euros et un verre de Pouilly, gravé au nom du gagnant, à venir remplir au Flore pendant un an. Pour les propriétaires du lieu, qui fournissent la somme, le prix était une occasion de renouer avec le passé littéraire de l'établissement, de rappeler son histoire.

Il y a aussi tous ceux qui ne donnent rien. Pas d’argent. Seulement la reconnaissance conférée par le prix. C’est par exemple le cas du Femina, de l’Interallié ou encore du Renaudot. Parce que les sommes versées dans le passé par des mécènes intéressés ont cessé d’être un gage d’indépendance, et certains ont voulu s’en affranchir. L’exemple le plus parlant est celui de Bernard Grasset qui, dans les années 1920, a créé le prix Balzac pour primer les ouvrages de sa maison d'édition, via un jury qui lui était inféodé.

Ce qui compte, au fond, c’est la visibilité qu’offre un prix à l’ouvrage de son lauréat. Même un chèque de 10.000 euros ne serait pas suffisant pour arriver au niveau des profits générés pas les ventes d’un livre primé par le Goncourt. Les prix sont là pour attirer la lumière sur un écrivain, lui permettre de se faire connaître du grand public pour sortir du lot des plus de 70.000 titres publiés chaque année en France. Et ça, ça n’a pas de prix.

Maïlys Masimbert

L’explication remercie Pierre Assouline auteur et membre de l’Académie Goncourt, Véronique Petitprez, attachée de presse de la ville de Strasbourg, le service des relations extérieures du Centre national du Livre, Jean-Mathieu Pasqualini, directeur du cabinet du Secrétaire perpétuel de l’Académie française, Marie-Christine Perreau-Saussine, secrétaire du prix Décembre, Marie-José Sagarin, responsable de la communication édiotriale du mouvement E.Leclerc, Philippe Vandel journaliste et membre du jury du prix de Flore, Carole Chrétiennot co-fondatrice du prix de Flore et membre du jury et Jean-Yves Mollier, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines.

Retrouvez tous nos articles de la rubrique L'explication ici. Vous vous posez une question sur l'actualité? Envoyez un mail à explication @ slate.fr

Maïlys Masimbert
Maïlys Masimbert (106 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte