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Elvis, Michael... Pourquoi les médecins sont-ils si accommodants avec les stars? (MàJ)

Kent Sepkowitz, mis à jour le 28.07.2009 à 17 h 07

Ce que Elvis, Jackson et Anna Nicole Smith ont en commun: un médecin à la prescription facile!

CNN affirme lundi 27 juillet que le docteur de Michael Jackson, Conrad Murray, a administré au chanteur un anesthésique très puissant, le propofol, dans les 24h précédant sa mort. Pour la source proche de l'enquête que cite CNN, MJ serait mort à cause de cette injection.

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Derrière chaque mort louche de star se cache un médecin louche de star. La règle s'est une fois de plus vérifiée avec le décès aussi nébuleux que médicamenteux de Michael Jackson. Bien que les conclusions de l'autopsie (et de l'inévitable contre-autopsie) ne soient pas encore connues, des rumeurs persistantes laissent entendre que les enquêteurs ont retrouvé chez le chanteur des antalgiques divers et variés, outre du Diprivan (propofol), anesthésique puissant qui sort très rarement des salles de soins intensifs ou d'opération. L'histoire se répète donc, après Elvis et (la moins célèbre) Anna Nicole Smith, dont les autopsies avaient révélé des prises de médicaments massives (14 pour Elvis, 9 pour Anna Nicole). Des doses suffisantes pour tuer un cheval et en l'occurrence, un humain.

En ces funestes instants, le médecin est d'abord un figurant, puis il devient un personnage de plus en plus central au fur et à mesure que les preuves pointent dans sa direction. Le médecin à résidence d'Elvis, George Nichopoulos, alias Dr Nick, avait reconnu avoir rédigé 199 ordonnances et 10.000 doses pendant les sept derniers mois de la vie de son patient. (Il s'était justifié en expliquant «qu'il se souciait trop [de lui]».) Cela ne représente pas 10.000 pilules, mais 10.000 feuilles de papier tendues à un pharmacien. Avec une moyenne de 20 pilules par ordonnance, le total prescrit atteint 200.000 cachets (ou injections), soit la dose effrayante de 1.000 pilules par jour.

Du placenta humain à l'état soluble

Le sort qu'a connu Anna Nicole Smith, dont les résultats d'autopsie sont consultables ici et ici sous son véritable nom, Vickie Lynn Marshall, est grosso modo le même. Il y eut d'abord les somnifères, puis les stimulants pour compenser les effets des somnifères, puis les antalgiques, puis les anxiolytiques. Bref, en un rien de temps, une véritable armoire à pharmacie. La mort causée par ces cocktails de médicaments, où la mixture des produits importe plus que la quantité ingérée, est un phénomène devenu si courant qu'il a gagné une entrée Wikipédia sous le nom barbare de «surdosage polymédicamenteux».

Naturellement, les Dr Médoc ne font pas systématiquement périr leurs patients par leurs largesses d'ordonnances. C'est Max Jacobson qui inaugura le surnom, grâce à ses ingénieux traitements et injections prodigués à JFK ainsi qu'à Alan Jay Lerner, Marlene Dietrich et Eddie Fisher. Après avoir fui l'Allemagne hitlérienne en 1936, Jacobson avait atteint le firmament des médecins de stars au moyen d'une pharmacopée inventive. Non sans quelque flagornerie, l'on pourrait même le voir comme un père de la recherche sur les cellules souches: sa célèbre «injection miracle régénératrice de tissu» contenait, entre autres douceurs, du placenta humain à l'état soluble, ainsi que des amphétamines et des antalgiques qui donnaient aux heureux patients une patate d'enfer. Malgré une clientèle parfaitement satisfaite et une déontologie irréprochable (lui aussi était, paraît-il, un adepte convaincu des amphétamines), il finit néanmoins par être interdit d'exercice.

Consentement aveugle aux volontés du patient

Nous attendons donc d'en savoir plus sur notre pauvre Michael. Son Dr Médoc à lui, le médecin Conrad Murray, suivait l'illustre artiste depuis seulement quelques mois. L'entrée de Murray dans le champ médiatique a coïncidé avec sa tentative d'en sortir: il aurait fui à toutes jambes de chez un Michael Jackson mort ou moribond alors que la police arrivait sur les lieux. La nature exacte de son implication dans le décès de la star ne manquera pas d'être décortiquée dans les semaines, les mois, voire les années à venir, mais elle sera probablement similaire à celle de ses prédécesseurs, dont le stylo généreux, les seringues agiles et le consentement aveugle aux volontés du patient ont réduit certaines icônes à l'état de cadavre.

Paradoxalement, je ressens une certaine admiration pour ces bonshommes. Pour avoir suivi quelques célébrités, je sais que l'exercice peut être éreintant. Au moindre faux pas, vous êtes grillé. Une fois, il m'est arrivé de recevoir quelqu'un de très, très important, quelqu'un que vous connaissez et qui vous intéresse beaucoup, quelqu'un dont vous seriez scié de savoir qu'il a le problème - de l'asthme - pour lequel je l'ai traité. Enfin, presque traité: ses geignements et ses souvenirs apitoyés sur la mort qu'il avait frôlée au cours de sa dernière crise m'ont tellement porté sur les nerfs que j'ai demandé à un confrère de le prendre en charge.

Sensibilité quasi mortelle aux charmes de la notoriété

Mais les Dr Médoc, eux, n'hésitent pas. Ils ne se confondent pas avec la masse. Il suivent leur route là où les autres chancellent, saisissent la gloire là où les autres paniquent, foncent en avant là où les autres gambergent. Leur grandeur est leur faille. Et ils ne sont pas si rares. J'ai moi-même connu un Dr Médoc dans ma jeunesse, dans l'Oklahoma; c'était un médecin alcoolique, sympathique, plutôt malin, qui avait gravi les échelons de la bonne société en administrant son «filtre d'amour» spécial à ces dames oisives de la haute. Pas aussi accompli dans son art qu'un Jacobson, un Nick ou un Murray, il partageait cependant avec eux la même pathologie: une sensibilité exacerbée, quasi-mortelle, aux charmes puissants de la notoriété.

Cela peut commencer sans arrière-pensée, avec un type riche et célèbre qui débarque un jour dans votre cabinet. Il n'arrive pas à dormir. Il est avenant, sincère, pas snobinard comme tous ses comparses. Puis il revient la semaine suivante à cause d'une cheville foulée, avec une photo ou un CD dédicacé, en quête d'un peu de codéine. Vos autres patients l'ont remarqué et ils se disent que vous devez être un sacré bon médecin si vous soignez M. Showbiz. Quand ses migraines arriveront, suivies des maux de dos et des somnolences causées par les médicaments contre le mal de dos, vous aurez appris à dégainer vos ordonnances plus vite que votre ombre.

Dr Médoc et mister Showbiz

Vous vous direz: «qu'y a-t-il de si dramatique à devenir un rouage dans le mécanisme de ce type, au même titre que son chauffeur de limousine, son jardinier ou son cuistot?» Bien sûr, il y aura des moments de doute. Des moments où vous prendrez votre courage à deux mains pour regarder M. Showbiz dans les yeux et lui dire: «Ecoutez, je ne peux plus faire ça.» Cela arrêtera-t-il M. Showbiz? Que nenni. Il restera poli, souriant et compréhensif. Et il ira voir un autre médecin, plus jeune, plus fauché ou juste plus accommodant.

Ou bien vous jetterez aux oubliettes éthique, morale et tout le tintouin et ne regarderez jamais M. Showbiz dans les yeux. Et alors là, jackpot! Débarqueront dans votre cabinet sa femme elle aussi célèbre, puis ses dix amis les plus proches dans le milieu, et bientôt, à vous la clientèle qui ne paie qu'en liquide, les billets pour les matches des Lakers, les invitations pour les premières des plus grands films et les trajets en jet privé avec vos nouveaux meilleurs amis pour rejoindre l'île Saint-Machintruc. Vous serez foutu.

Comme ses patients célèbres à l'esprit embrumé par les médicaments, le Dr Médoc est un véritable accro. Pas à l'oxycodone ou à la morphine, mais aux strass et paillettes de l'Amérique. Et pour cette drogue dure, il n'y a ni centre de désintoxication, ni compassion, ni cohorte de fans éplorés. De cela, on ne revient pas.

Kent Sepkowitz

Article traduit par Chloé Leleu

Image de une: le corps de Michael Jackson transporté dans l'ambulance, le 26 juin 2009. REUTERS

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