Monde

Pourquoi la mort d'Hakimullah Mehsud perpétue le statu quo au Pakistan

Françoise Chipaux, mis à jour le 04.11.2013 à 12 h 34

Membre fondateur du Tehriq-e-Taliban Pakistan (TTP), il était pourtant responsable de la mort de milliers de Pakistanais, militaires ou civils, dans des attentats plus sanglants les uns que les autres.

Talibans pakistanais en décembre 2011. REUTERS/Reuters TV

Talibans pakistanais en décembre 2011. REUTERS/Reuters TV

Au-delà de la rituelle condamnation des attaques de drones américains sur les zones tribales, la mort du chef des talibans pakistanais tué par des tirs de missiles américains devrait réjouir les autorités pakistanaises. Hakimullah Mehsud avait construit sa légende grâce à des opérations spectaculaires et meurtrières contre l’armée pakistanaise.

Membre fondateur du Tehriq-e-Taliban Pakistan (TTP), il était responsable de la mort de milliers de Pakistanais, militaires ou civils, dans des attentats plus sanglants les uns que les autres.

Mais contrairement à son prédécesseur Baitullah Mehsud, tué lui aussi en 2009 par un tir de drone américain après des demandes insistantes des autorités pakistanaises, Hakimullah Mehsud avait sa tête mise à prix par Washington pour cinq millions de dollars.

Amateur de publicité, Hakimullah Mehsud avait posé sur la vidéo d’adieu du kamikaze jordanien qui en décembre 2010 s’était fait exploser à Khost en Afghanistan, tuant sept employés de la CIA et un officier jordanien.

Il était aussi considéré comme complice d’une tentative d’attentat déjoué in extremis à New York en mars 2010.

Loin au contraire de se réjouir, le gouvernement pakistanais a eu l’indécence d’accuser Washington de «saboter les efforts pour établir la paix dans le pays». Car depuis son arrivée au pouvoir en juin, le gouvernement de Nawaz Sharif voit le dialogue avec les talibans comme la seule possibilité de mettre fin aux attentats qui secouent le pays.  

Le problème est toutefois que les talibans et leur chef Hakimullah Mehsud n’avait pas vraiment accepté le dialogue sinon à leurs conditions comme par exemple la fin des tirs de drones, une exigence impossible à satisfaire par Islamabad.

Depuis plus de six mois et des centaines de morts, la soi disant recherche d’un dialogue avec les talibans tient lieu de politique mais rien n’a jamais été engagé sur le terrain.

La vraie question est maintenant de savoir si la mort de Hakimullah Mehsud qui intervient cinq mois après la mort aussi par un tir de drone du numéro deux du TTP, Wali-Ur-Rehman et quinze jours après l’arrestation d’un haut responsable, Latif Mehsud  en Afghanistan par les Américains peut changer la donne.

Impitoyable et sanguinaire, Hakimullah Mehsud jouissait d’une aura particulière parmi les combattants et avait réussi à nouer des liens solides avec les militants d’al-Qaida et autres groupes islamistes présents au Waziristan.

Son successeur qui pourrait être très vite désigné, devra sans doute, comme l’avait fait Hakimullah en son temps, mener rapidement quelques opérations spectaculaires et meurtrières pour s’imposer et noyer toute éventuelle contestation.

Face à un gouvernement dont la lâcheté n’a d’égale que l’impuissance à agir contre lui, le TTP n’aura sans doute pas beaucoup de mal à absorber la mort de son chef. Les autres groupes islamistes radicaux présents au Waziristan ont tout intérêt à voir se perpétuer un statu quo qui leur permet d’agir à leur guise.

A plusieurs reprises dans le passé, les talibans afghans, comme les dirigeants du groupe Haqani sont intervenus pour régler les différends au sein du TTP et en cas de nécessité il en sera de même aujourd’hui.

Le soulagement des Pakistanais de la rue, premières victimes du TTP, pourrait donc être de courte durée, d’autant plus que des représailles sont à attendre. La réaction du gouvernement n’a en tous les cas pas de quoi les rassurer pour l’avenir.  

Françoise Chipaux

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