Sports

Le running, un sport à pratiquer avec applications

Yannick Cochennec, mis à jour le 04.11.2013 à 12 h 23

La technologie «habille» désormais les coureurs de courses de longues distances. Plus accessibles que les montres GPS, les applications mobiles font notamment fureur, mais ne séduisent pas tout le monde.

Un coureur sort son mobile sur la ligne d'arrivée d'une course à Sydney, le 25 août 2013. REUTERS/Daniel Munoz.

Un coureur sort son mobile sur la ligne d'arrivée d'une course à Sydney, le 25 août 2013. REUTERS/Daniel Munoz.

Lorsqu’ils en ont terminé, dimanche 3 novembre, avec les quelque 42 kilomètres qu’ils ont tant attendus et tant préparés pendant des mois, des milliers de participants du marathon de New York ont eu encore un peu d’énergie pour un ultime petit effort: vérifier très vite, comme un réflexe, leur temps mis pour rallier l’arrivée.

Certains d’entre eux ont très probablement plongé alors leur main dans une poche ou détaché un brassard pour se saisir de leur téléphone mobile, enrichi de ses multiples applications désormais spécialisées pour les courses de moyenne ou longue distance. Le bilan de leur performance s'est alors dessiné sous leurs yeux.

En effet, la technologie fait désormais partie intégrante de la vie des coureurs qui, pour une majorité d’entre eux, ne peuvent plus se passer de ces petits gadgets. Et ce alors qu'avant, une bonne paire de chaussures paraissait suffisante pour courir à travers les villes et les campagnes dans un sport qui a tardé à s’ouvrir à la «modernité».

Il a fallu attendre les années 1990 pour voir apparaître un début de sophistication avec la naissance des premiers cardiofréquencemètres, grâce auxquels il s’agissait de se borner à constater le nombre de ses pulsations cardiaques, information qui n’était pas en soi d’une très grande utilité. Puis, comme le souligne Michel Delore, auteur de Running, du jogging au marathon, tout alla ensuite très vite «avec les progrès spectaculaires de la médecine du sport et de la diététique, depuis l’ergocycle pour faire monter les pulsations cardiaques à domicile jusqu’à l’électrostimulation en passant par l’isocinétique…».

Perpétuelle recherche d'innovations

Puis il y eut l’irruption des technologies d’aujourd’hui, qui permettent de mesurer, entre autres, le temps, la vitesse, la fréquence cardiaque, la position au sol, l’altitude grâce des appareils prenant la forme de montres dotées d’un GPS ou à des smartphones munis d’applications gratuites ou payantes capables de vous guider sur le chemin de la performance.

Un univers en complète révolution sur un marché excessivement porteur, à l’heure où la course à pied est devenue un véritable phénomène de société, avec des épreuves de longues distances prises d’assaut des mois à l’avance par le biais de préinscriptions. Un monde en perpétuelle recherche d’innovations dans une discipline, comme toutes les autres, où le diable se niche dans les détails.

«J'utilise l’application ISmoothRun pour ses capacités d'export vers différents sites et sa bonne gestion des capteurs (footpod, ceinture cardio, nous indique par exemple Thomas Fillaud, coureur régulier qui anime un blog sur sa passion. «J'utilise Runkeeper [gratuite, NDLR] et Runtastic [payante dans sa version pro], qui sont très efficaces et très faciles à utiliser, souligne de son côté Philippe Albinet, autre coureur à la pratique fréquente également présent sur le Net. Runkeeper est l'une des plus répandues. La dimension de son réseau social sur le web est donc d'autant plus intéressante.»

Ainsi va (court) la vie connectée des coureurs, partagés entre les nombreuses propositions désormais offertes par le biais de ces applications qui, selon Greg Runner, comme il s’appelle sur son site spécialisé, constituent «une passerelle entre les coureurs qui se contentent d’un jogging et ceux qui ont une pratique nettement plus soutenue».

«Ce sont des outils qui permettent à des coureurs moins aguerris de se renseigner sur leur manière de courir, ajoute-t-il. Pour ma part, je n’en fais pas usage, mais j’en ai testé quelques-unes à la demande des lecteurs et j’en ai sélectionné cinq pour les recommander.»

Runkeeper, Strava, Pumatrac et PolarTeam ont été ainsi louées pour leurs services multiples qui, pour l’une d’entre elles, peut aller jusqu’à vous dire si vous courez plus vite sous la pluie ou si vous êtes plus endurant… en écoutant du hip-hop.

«Plus on va vers la performance, moins on voit d’applications»

Mais ces petits bijoux tactiles, qui ont comme vertu essentielle de rendre des entraînements ludiques quand ils sont généralement arides, n’égalent pas, pour le moment, les montres GPS, qui demeurent la référence pour les coureurs chevronnés. «Plus on va vers la performance, moins on voit d’applications», résume Greg.

«Selon moi, ces applications ne sont pas révolutionnaires, mais elles mettent à portée de bourse des fonctions que l'on ne trouve que sur les montres les plus haut de gamme, analyse Thomas Fillaud. Leur côté sympa vient de la publication des courses sur des sites communautaires (Garmin Connect, Nike+) et sur les réseaux sociaux, ce qui permet une émulation entre coureurs.»

«Ces applications auraient révolutionné ma vie de coureur si elles étaient apparues il y a dix ans, lorsque je n'étais pas équipé d'une montre GPS à laquelle je reste très attaché, abonde Philippe Albinet. Elles remplacent efficacement ma montre, si j'ai oublié de la charger ou si je ne l'ai pas avec moi, pour des footings simples et je peux récupérer les données pour les réinjecter avec celles que ma montre a déjà enregistrées.»

Mais conclure que les GPS seraient réservés aux coureurs aguerris et les applications aux joggeurs du dimanche serait trop réducteur. «Chacun à son niveau peut s’amuser comme il l’entend avec ces technologies», tranche Greg.

A l'inverse, loin de cette sophistication, des coureurs avalent aussi les kilomètres sans montre, sans GPS, sans application, sans musique. C’est une petite tendance du moment: des coureurs se regroupent de plus en plus pour des sorties collectives et le simple plaisir de former un réseau social de chair et d’os où le seul partage de l’effort est prioritaire. «Et de plus en plus de courses s’adaptent à cette volonté des coureurs de faire équipe ensemble», remarque Greg.

Le même dimanche où était organisé le marathon de New York avait par exemple lieu le premier Ekiden de Paris. Un mode de course collective venu du Japon et qui consiste en un marathon découpé en quatre ou en six portions selon la taille des équipes: quatre ou six coureurs avec hommes et femmes mélangés, se relayant sur une boucle de 5,2 kilomètres autour de l’Hôtel de Ville. Une manière de se faire plaisir dans une communauté d’esprit, connecté ou non, s’il est encore possible de ne plus l’être.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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