Monde

L'homosexualité n'est plus un crime à Delhi

Françoise Chipaux, mis à jour le 13.07.2009 à 15 h 14

La justice de New Delhi décriminalise l'homosexualité entre adultes consentants dans la capitale.

Longue et rude, la lutte des homosexuels indiens contre une loi imposée par le colonisateur britannique il y a 148 ans qui faisait de l'homosexualité un crime passible de dix ans de prison, frise désormais la victoire. En déclarant que l'article 377 du code pénal était «une violation des droits fondamentaux de l'individu» la Haute Cour de Delhi a décriminalisé l'homosexualité entre adultes consentants sur le territoire de la capitale. Selon la cour le jugement est valide jusqu'à l'amendement de la loi, prérogative du Parlement. La bataille parlementaire pourrait toutefois s'avérer délicate tant plusieurs partis politiques et groupes religieux sont opposés à une libéralisation, vue notamment par les nationalistes hindous comme une dépravation importée de l'Ouest et contraire à la culture indienne.

Conservatrice, la société indienne est aujourd'hui traversée de courants contradictoires. Vécue comme une victoire par certains, l'entrée de l'Inde sur la scène mondiale est vue avec suspicion par d'autres qui craignent que celle-ci n'entraîne la perte des valeurs traditionnelles, parmi lesquelles le mariage est fondamental. «L'homosexualité n'est pas condamnée en Inde pour des raisons religieuses ou morales», affirme par exemple Gautam Bhan, un activiste. «Le principal problème pour la société est l'absence de mariage». La famille reste le ciment principal de la société indienne et tout ce qui paraît la menacer est anathème.

Dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs différences, les homosexuels ont été grandement aidés par les organisations de lutte contre le sida et, en particulier, par l'organisme gouvernemental NACO qui estimait que l'article 377 contribuait à cacher le sida et donc à prévenir le traitement. Selon Naz, l'organisation non gouvernementale à l'origine de la démarche judiciaire, 90% des homosexuels indiens sont mariés et ne préviennent pas leurs épouses qui de ce fait sont à la merci de la maladie.

Même si la loi est amendée, il faudra du temps pour que l'homosexualité soit un phénomène accepté et reconnu dans la société. Mais alors que près de 45% de la population - 1,2 milliard - a moins de 20 ans, les mentalités pourraient changer rapidement. Plus à l'aise que leurs aînés dans une Inde qui mène avec rage une course à la modernité, les jeunes indiens ont tendance aujourd'hui à se rassembler dans l'espoir de peser sur les évolutions en cours. Sous l'égide de Rajiv Gandhi, l'héritier d'une dynastie qui a gouverné l'Inde pendant les deux tiers de son existence et continue aujourd'hui, le Parti du Congrès a fait pour la première fois rentrer de nombreux jeunes au Parlement.

Signe des temps aussi, Bollywood s'empare de sujets de société qui auraient été tabous il y a encore quelques années.

Le débat sur l'homosexualité n'est sûrement pas clos mais que la société en parle ouvertement, que les talk shows des chaînes de télévision discutent le phénomène est un pas vers l'acceptation d'une différence qui, comme le souligne l'éditorialiste Vir Sanghvi, relève de la stricte vie privée de l'individu.

Françoise Chipaux

Image de une: militant pour les droits des homosexuels lors d'une manifestation dans la ville de Kolkata, dans l'Est de l'Inde, le 5 juin. REUTERS/Jayanta Shaw

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