Economie

Saviez-vous que la souris était l'avenir de l'agriculture française?

Catherine Bernard, mis à jour le 02.11.2013 à 9 h 20

Un récent rapport de l'Inra dresse le portrait d'une agriculture devenue secteur à très haute valeur ajoutée. Pour y parvenir, elle met au chevet des agriculteurs une flopée de chercheurs et d'informaticiens.

Elevage vers Nantes, en 2012.REUTERS/Stephane Mahe

Elevage vers Nantes, en 2012.REUTERS/Stephane Mahe

On l'accuse de tout: polluer, détruire les paysages, produire des excédents invendables, tout cela, en mettant en danger les finances, et la santé, des exploitants: non, décidément, l'agriculture productiviste qui s'est construite au cours du dernier demi-siècle n'a plus le vent en poupe.

Mais par quoi donc la remplacer? Telle est la question que le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective a posé à l'INRA —l'institut national de la recherche agronomique— qui vient de répondre dans une série de rapports: «Vers des agricultures à hautes performances. La ferme France dans 10 ans».

Car pas question de revenir à l'agriculture du XIXe siècle et ses maigres rendements. L'agriculture de demain sera «à hautes performances». Autrement dit, l'agriculteur devra continuer à produire beaucoup —l'Humanité devrait tout de même compter dans les 9 milliards d'humains vers 2050—, mais en plus, il devra aussi protéger l'environnement, la santé des consommateurs, et pourquoi pas les paysages.

Une agriculture «hautes performances»

Mais comment donc atteindre ces hautes performances? Concrètement, les chercheurs ont tenté de répondre à deux questions: comment rendre l'agriculture biologique plus productive et plus compétitive? Et comment organiser la transition de l'agriculture conventionnelle vers une agriculture plus durable? Et c'est là que les choses se corsent: car les hautes performances, il faudra un sacré paquet de compétences pour les atteindre. 

Côté agriculture biologique, si les performances environnementales, sociales et la qualité des produits sont au rendez-vous, la difficulté vient d'une productivité jugée insuffisante. Les agriculteurs AB travaillent plus que leurs collègues d'agriculture conventionnelle pour produire plutôt moins. L'INRA n'a pas de réponse toute faite à leur apporter mais préconise... de recueillir plus d'informations sur les pratiques et les performances de l'AB, d'intensifier la recherche sur ce sujet, mais aussi les activités de formation et de conseil. Autrement dit, de mettre au chevet des agriculteurs une flopée de chercheurs et d'informaticiens. 

Côté transition de l'agriculture traditionnelle, les chercheurs se sont penchés sur 200 pratiques qu'ils jugeaient innovantes et les ont étudiées à l'aune de 35 critères appartenant à 5 grandes familles: la production (quantité et qualité des produits), l'économie (rentabilité des exploitations), la consommation de  ressources naturelles (eau, énergie, phosphore), la protection de l'environnement (qualité des sols, de l'air, de l'eau, biodiversité), et les performances sociales (condition de travail, santé, et aussi bien-être animal).  

Des «paquets» de bonnes pratiques

Il s'agissait de voir comment combiner ces pratiques pour maximiser les bonnes performances. Et pouvoir donc, ainsi, proposer aux agriculteurs des «paquets» de bonnes pratiques dont on est à peu près sûr du résultat positif, plutôt que les laisser tâtonner, voire essuyer les plâtres tous seuls dans leur coin. Le retour à des pratiques plus «naturelles» ne doit autrement dit pas se faire à l'intuition.

Par exemple, un agriculteur qui pratique la grande culture céréalière et souhaite diminuer le recours aux produits phytosanitaires et aux engrais azotés de synthèse peut introduire une culture de luzerne dans une succession de cultures annuelles. Luzerne qu'il vendra à l'éleveur du coin. Pour maximiser les bénéfices de cette action, l'INRA lui conseillera, simultanément, de réfléchir aussi à des assolements communs avec d'autres collègues et de planter des haies ou des bandes enherbées. Entre autres.

Sauf que cela pourrait bien, malgré tout, se traduire par un peu plus de travail et d'endettement. 

Autre exemple, un éleveur de vaches laitières cherchant à réduire les intrants, pour limiter ses charges et réduire les impacts sur l'environnement, pourrait réduire ses surfaces cultivées, augmenter les pâturages et accroître la productivité de ces derniers en plantant des légumineuses.

Mais aussi en avançant la première mise à bas des vaches pour augmenter le nombre de cycles de production de ses bêtes. Là aussi, les effets sur l'environnement et la qualité du lait sont patents mais l'agriculteur pourrait être contraint de s'endetter un peu plus notamment pour surveiller au mieux son  troupeau. 

Equiper les exploitations en logiciels de gestion

Difficile, autrement dit, de gagner sur tous les tableaux, à moins de paramétrer précisément les différentes actions.

Les «hautes performances» exigent de gérer tant de paramètres simultanément que les exploitations agricoles mériteront bientôt toutes d'être dotées de véritables ERP —les progiciels de gestion intégré qui sont désormais monnaie courante dans l'industrie et les services. C'est du reste l'une des (multiples) recommandations de l'INRA: construire et nourrir un système d'informations prenant en considération les résultats d'un maximum de pratiques et d'expérimentations qui faciliterait l'adoption de nouvelles pratiques. 

En d'autres termes: si l'on veut, dans dix ans, avoir en France une agriculture plus durable, encore faut-il mettre à son service une bonne part de l'intelligence et des compétences du pays. Par exemple celles des SSII (sociétés de service en ingénierie informatique) françaises, plutôt réputées. 

En ces périodes de désindustrialisation galopante, sous-titrer un rapport sur l'agriculture «la ferme France dans dix ans», n'a du reste rien d'anodin: si notre industrie fout le camp, peut-être notre agriculture peut-elle devenir un secteur à très haute valeur ajoutée contribuant au rayonnement commercial de la France.

Catherine Bernard

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