Monde

Avez-vous pensé à (vous) offrir des obsèques spatiales?

Slate.com, mis à jour le 01.11.2013 à 11 h 51

Des entreprises proposent de disperser les cendres des défunts dans l'espace. Un service de moins en moins cher, un peu poétique, et complètement dingue...

La galaxie z8_GND_5296 par Hubble, photo retravaillée par la Nasa.

La galaxie z8_GND_5296 par Hubble, photo retravaillée par la Nasa.

Nous commençons enfin à voir l'avènement des voyages spatiaux privés — et nombre d'entrepreneurs brûlent de vous envoyer en orbite, parmi lesquels Richard Branson (Virgin Galactic), Elon Musk (SpaceX) et Bas Lansdorp (Mars One).

Thomas Civeit veut vous envoyer dans l'espace, lui aussi. Le seul problème, c'est qu'il souhaite vous y expédier après votre mort. Civeit est le fondateur d'Elysium Space, entreprise proposant des «voyages spatiaux commémoratifs pleins de dignité». Vos «vestiges de crémation» (autrement dit, vos cendres, en langage d'entrepreneur de pompes funèbres) iront rejoindre les satellites de communication, les satellites espions et tout le bric-à-brac artificiel qui tourne autour de la terre. Selon Civeit, si tout se passe comme prévu, le premier lancement pourrait avoir lieu au début de l'année prochaine, emportant vers les cieux les cendres d'un maximum de 100 défunts.

Une partie d'entre elles, du moins. «La crémation produit environ 2,7 kg de cendres», explique Civeit. Cet ancien ingénieur de la NASA a créé son entreprise au début de l'année. Il faut généralement débourser 10.000 dollars pour envoyer une charge utile d'1,5 kg dans l'espace, un tarif des plus prohibitifs pour la plupart des clients potentiels.

Elysium Space n'enverra donc «qu'une portion symbolique; un gramme, peut-être». Ce qui coûtera 1.990 dollars (taxes et coûts d'expédition non compris, clairement spécifiés sur le site de la société Elysium lorsque l'on clique sur le bouton «ajouter au panier»). «Soit 60% moins cher que les autres services d'obsèques spatiales», explique l'entrepreneur.

L'essor des obsèques spatiales a peut-être de quoi surprendre. Il faut toutefois savoir qu'une société dénommée Celestis («Faites entrez vos proches dans l'histoire spatiale») propose ce service depuis 1997; cette même année, quelques pincées de cendres de Timothy Leary (icône des années 1960), de Gene Roddenberry (créateur de Star Trek) et de plusieurs autres ont été mise en orbite. Elysium Space n'innove donc en rien, sinon en termes de prix.

«Nous savons par expérience que des entrepreneurs tentent régulièrement de se lancer dans ce secteur, explique Charles Chafer, co-fondateur de Celestis. Mais il est particulièrement complexe d'allier obsèques et aérospatial, deux secteurs particulièrement conservateurs. Pour l'heure, nous sommes les seuls à avoir relevé le défi avec succès».

Il précise toutefois que l'arrivée d'un concurrent talentueux n'est plus qu'une question de temps. «Si notre analyse du marché mondial est la bonne, ce secteur est potentiellement comparable à celui de la dispersion des cendres en mer». Et lorsqu'on y pense, ces deux rituels ne sont pas si différents —même si le second paraît beaucoup moins fou. «Des études montrent qu'entre 1% et 6% des personnes qui choisissent la crémation seraient potentiellement intéressées par des obsèques spatiales», explique Chafer.

Si vous tenez vraiment à envoyer un proche dans l'espace sans débourser des mille et des cents, Celesis propose une deuxième option, encore moins onéreuse que celle d'Elysium. Pour la modique somme de 995 dollars, vous pourrez envoyer quelques cendres de votre oncle Robert sur un vol suborbital (semblable à celui sur lequel a embarqué Alan Shepard, premier astronaute Américain, en 1961). Les cendres s'envolent, demeurent dans l'espace pendant deux minutes et quarante secondes, puis redescendent et sont rendues à la famille.    

Si vous voulez opter pour la mise en orbite réelle chez Celestis, il vous faudra débourser près de 5.000 dollars. Pour 12.500 dollars, vous pourrez aller jusqu'à la Lune, et même au-delà du système Terre-Lune. Selon Chafer, Gene Roddenberry sera là encore du voyage.

Sa veuve, Majel Roddenberry, a accepté d'embarquer les cendres de son mari sur le vol de 1997 à condition de pouvoir l'accompagner sur la première mission interplanétaire (pour un supplément de 50%, il est possible de mêler deux ensembles de cendres et de les embarquer sur le même vol).

Mais si vous souhaitez vous offrir le vol orbital post-mortem pour un prix défiant toute concurrence, Elysium semble biel et bien être le meilleur choix. La société prévoit de lancer les cendres de ses clients sur un CubeSat, petite boîte aux dimensions uniformes (dix centimètres de côté) permettant de lancer des projets d'étudiants dans l'espace en tant que «charges secondaires», qui peuvent être incorporés à des expériences plus élaborées ou à des satellites commerciaux sans prendre trop de place. (La plupart des clients de Celestis partent eux aussi dans l'espace en tant que «charges secondaires»). 

Civeit compte faire tenir les cendres d'une centaine de clients dans chaque CubeSat; c'est l'une des méthodes qui lui permettra de réduire ses coûts. Autre idée: embarquer les cendres à bord d'un lanceur Falcon 9, développé par SpaceX. «Ce sont eux qui proposent les vols les moins chers à l'heure actuelle».

Les cendres seront bel et bien mises en orbite, mais elles n'y resteront pas bien longtemps. Roddenberry et Leary sont restés dans l'espace pendant cinq ans avant de faire leur retour dans l'atmosphère terrestre. Les clients d'Elysium seront placés en orbite relativement basse, et redescendront environ un an plus tard. «En un dernier instant particulièrement poétique, nous explique le site Web de la société, le vaisseau spatial revient dans l'atmosphère terrestre en douceur, embrasé tel une étoile filante». «Cela vous permet de tourner la page», explique Civeit.

Impossible d'observer le satellite dans l'espace, cependant. «Il est bien trop petit», admet Civeit. Mais Elysium est en train d'élaborer une application mobile permettant de suivre sa trajectoire à toute heure. L'équivalent d'une visite au cimetière via webcam, à ceci près que la pierre tombale n'est pas visible, et qu'elle aura disparu d'ici peu.

Civeit sait aussi se montrer plus réconfortant: «nous estimons faire partie du mouvement 'new space'. Nous souhaitons ouvrir la voie menant à la démocratisation de l'accès à l'espace». Reste qu'il faut débourser 20 millions de dollars pour faire un tour dans l'espace de son vivant (ou 250.000 dollars si le vaisseau spatial Virgin Galactic décolle un jour —ce qui demeure exorbitant). C'est ainsi que, pour la plupart d'entre nous, la mise sur orbite se fera très certainement post-mortem.

Michael D. Lemonick

Traduit par Jean-Clément Nau

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