Economie

L'économie vous déprime? Regardons-la autrement

Catherine Bernard, mis à jour le 30.10.2013 à 17 h 45

Crises financières, environnementales, sociales, économiques: quand l'économie est dans l'impasse, certains réfléchissent à de nouveaux paradigmes. Slow made, économie positive, économie mauve, ils ont tous un point commun: l'économie doit, elle-aussi, apprendre la patience.

REUTERS/Leonhard Foeger

REUTERS/Leonhard Foeger

Faut-il relancer la demande, baisser les charges ou les impôts, investir dans la recherche, diminuer l'endettement? Les économistes ont beau proposer des recettes en série, il semble que la crise ne les écoute pas. Quand les finances publiques s'améliorent, c'est l'emploi qui trinque, quand la croissance repart, c'est l'environnement qu'on oublie, et parfois même rien ne va, même pas les relations sociales ou la qualité de l'air.

Tout cela finira peut-être par s'améliorer, mais en attendant, certains préfèrent réfléchir autrement.  Proposer d'autres paradigmes économiques. On en a choisi, arbitrairement, trois, parmi les plus récentes. 

Le slow made

Retrouver le geste de l'artisan; prendre le temps d'imaginer, d'apprendre les techniques de fabrication, et de les appliquer;  produire des objets qui durent, qu'ils soient traditionnels ou innovants, car on est toujours trop pauvre pour s'acheter de la mauvaise qualité; vendre au juste prix: telle est la philosophie du mouvement slow made, né à la fin 2012 au mobilier national. 

Certes, le slow made est issu de métiers d'artisanat traditionnel de grande lignée: mobilier national, manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, des ateliers de dentelles d'Alençon et de Lodève. Mais il ne veut pas se réduire aux métiers d'art, ni à des secteurs réservés aux plus aisés, comme le luxe.

Le slow made se veut une nouvelle façon de penser la fabrication certes, mais aussi la consommation: plus rare, plus réfléchie, plus consciente du chemin —au sens propre et figuré— parcouru par l'objet pour arriver sur les étals, et plus durable. Le slow made a du reste fait l'objet d'un grand dossier dans un numéro récent de la revue Problèmes Economiques.   

Pour l'instant cependant, et malgré ses velléités de déboucher sur un nouveau paradigme touchant l'économie dans son ensemble, la démarche ne semble pas avoir encore essaimé dans le domaine de l'industrie de masse. Il serait particulièrement intéressant pourtant de voir comment des grands noms de l'industrie peuvent s'approprier la réflexion.

Nul doute que la tâche ne soit pas impossible puisque l'industrie, au cours des dernières décennies, a déjà relevé plusieurs défis: celui, par exemple, de produire en masse, tout en préservant des traditions locales (électroménager), ou des choix d'options pour le consommateur (automobile). Ou celui, aussi, de l'éco-conception. 

Redonner de la valeur aux gestes ouvriers, produire plus durable, cela aussi peut être une façon de se distinguer face à la concurrence, au moins dans certains secteurs.

Car telle est bien la réflexion sur laquelle repose le slow made, tout comme les autres alternatives présentées ici. Bien sûr, le slow made se veut adapté aux enjeux environnementaux. Mais c'est aussi une autre vision de la compétitivité de nos pays: une compétitivité qui ne serait pas uniquement à rechercher dans des coûts maîtrisés ou dans l'innovation technologique dont l'Europe se gargarise depuis deux décennies.

Elle serait aussi à puiser dans nos savoir-faire spécifiques, ceux que d'autres pays ne peuvent pas encore imiter. La recherche technologique en est (peut-être) un, mais il est loin d'être le seul. La tradition artisanale en est un autre, qui, peut-être, est donc susceptible d'essaimer dans des secteurs inattendus de l'économie.

L'économie mauve

La culture en est un second. Elle aussi peut constituer l'un des moteurs de l'économie. Telle est du moins la conviction des tenants de l'économie mauve dont le manifeste a été publié dans le journal Le Monde en mai 2011. Pour l'association Diversum, qui porte le concept, la culture est, d'abord,  un véritable secteur de l'économie, qui pèse énormément (deux fois le secteur du tourisme, selon des chiffres de l'Unesco), et dans lequel l'hexagone a bien entendu son rôle à jouer.

Mais ce n'est que l'une des facettes de l'économie mauve. L'autre, c'est que la culture est une arme contre une standardisation et une mondialisation sans âme. La mondialisation n'exclut pas, au contraire, la prise en considération des variables culturelles qui doivent irriguer en chaque endroit l'économie. Explication des intéressés:

«Tous les acteurs puisent dans le substrat culturel et produisent en retour de la culture à des degrés divers. Faute d’être identifiés, ces flux culturels qui irriguent l’économie sont insuffisamment valorisés en tant que facteurs d’innovation et de dynamisation d’une activité économique qui serait davantage orientée vers la satisfaction des besoins humains».

Il s'agit, en quelque sorte, d'avoir une vision holistique de l'économie: la santé de cette dernière est affectée par une quantité de facteurs, y compris extra-économiques. Et de la même façon que l'on calcule l'empreinte écologique d'un pays, l'on pourrait évaluer l'empreinte culturelle de différentes activités humaines.

L'économie positive

Souvent, on ne retient de l'économie «positive» que son aspect «bien pensant»: il s'agirait, grosso modo, de toutes les initiatives qui tentent de concilier le bien-être de l'Homme et la santé de la planète, à long terme, et la rentabilité économique, même si cette dernière doit réapprendre à vivre avec des normes revues à la baisse. Avec l'économie positive, le capitalisme doit, autrement dit, apprendre la patience. 

Telle est par exemple la philosophie de l'économie sociale et solidaire. Ou encore du «mouvement pour une économie positive», initié en 2012 par le groupe Planet Finance[1] organisateur du LH Forum.   

Tout cela est exact. Mais si l'économie se veut «positive», c'est qu'elle repose aussi sur un paradigme particulier. Il s'agit de concentrer son attention sur les «plus», et non sur les «moins». Autrement dit, étudier ce qui marche, et non ce qui ne marche pas, ou encore regarder le verre à moitié plein, et non celui à moitié vide. 

Concrètement, l'économie positive doit beaucoup aux recherches en psychologie: au lieu, par exemple, de simplement se concentrer sur les blocages internes à un individu, on cherchera à trouver ce qui est susceptible de lui donner énergie et allant. La démarche est bien connue en matière de pédagogie. Ou encore: au lieu de se focaliser sur l'étude des conflits entre population, on s'intéressera aussi aux éléments ou événements qui semblent favoriser la paix.

L'économie positive ne prend donc pas les défis —environnementaux par exemple— comme des contraintes à résoudre. Mais comme des atouts, une raison d'agir. A l'échelle d'une entreprise, le raisonnement est également applicable: réfléchir à la compétitivité d'une entreprise en simplement comprimant ses coûts n'est qu'un aspect du problème. Il est tout aussi intéressant de regarder quelles démarches peuvent la faire sortir du lot par rapport à ses concurrents. Et peut-être résoudre du même coup les questions, justement, de coûts. 

Slow made, économie mauve ou positive: toutes ces réflexions semblent difficilement applicables pour résoudre les problèmes immédiats. N'empêche qu'elles présentent un immense avantage: elles proposent une vision de l'avenir économique qui, pour une fois, est délibérément optimiste.

Une fois n'est pas coutume. 

Catherine Bernard

[1] Présidé par Jacques Attali, l'un des fondateurs de Slate.fr Retourner à l'article

 

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