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Juppé - Rocard, l'erreur de casting

Oriane Claire, mis à jour le 12.07.2009 à 15 h 31

Deux anciens Premiers ministres aux commandes de la commission chargée de réfléchir aux priorités du futur emprunt national. Issus tous deux de la génération «des mauvaises dettes», est-ce bien raisonnable?

Donner à Alain Juppé et à Michel Rocard la responsabilité de définir les grandes lignes d'investissements de l'emprunt national en dit long sur l'idée que Nicolas Sarkozy se fait des orientations à donner en matière de développement économique et en particulier sur la nécessité de rajeunir le tissu industriel français. L'avenir de notre économie a été mis entre les mains de l'ancien Premier ministre de Francois Mitterrand de 1988 à 1991 âgé aujourd'hui de 79 ans et du premier Ministre de 1995 à 1997 de Jacques Chirac qui atteindra bientôt sa 65e année.

Alors, c'est, soi-disant, «dans les vieux pots qu'on fait les meilleures recettes», mais toute la problématique de cet emprunt national réside bien dans la capacité de ces «hauts  responsables» à définir les priorités du futur emprunt national pour qu'elles puissent être à l'origine de création de richesse et de valeur ajoutée pour demain. Christine Lagarde a déjà évoqué quelques pistes. L'emprunt Sarkozy devrait ainsi être investi dans des secteurs «dont la rentabilité à court terme n'est pas évidente», citant en particulier «l'économie de la connaissance, l'investissement dans les réseaux numériques et l'infrastructure de manière générale».

Dénicher les secteurs de l'économie du futur réclame du flair, un esprit visionnaire et l'expertise de chercheurs chevronnés. On peut éventuellement se demander si ces deux fins limiers en politique ont été objectivement sélectionnés pour relever le défi? Tout dépendra donc de leur capacité à savoir s'entourer de jeunes prodiges capables d'envisager leur avenir au mieux. Car l'emprunt national vise bien des investissements à long terme pour générer des potentiels de croissance pour les générations à venir.

Une génération qui vit aux crochets des suivantes

Mais ne portons pas le regard trop loin et regardons juste «derrière l'épaule» ce que l'ancienne génération, celle née sur la période de la seconde guerre mondiale (c'est-à-dire celle de Monsieur Rocard et de Monsieur Juppé) a été capable de réaliser jusqu'à présent.  Toute cette frange de la population a traversé les trente glorieuses avec un dynamisme économique exceptionnel, certains ont «fait» mai 68 et tous ont connu les prémisses de notre système actuel, qui a eu le mérite d'instituer notre système de protection sociale bien appréciable.

Mais après cette belle époque pleine de bon sentiment et d'avancées sociales s'en est suivie une période moins euphorique avec l'emballement du chômage et avec lui la dette. Le poids de la dette publique est passé de moins de 30% en 1980 à près de 70% de notre PIB aujourd'hui. Or, s'il existe comme l'explique Nicolas Sarkozy, de bonnes et de mauvaises dettes, l'ancienne génération, celle qui fut au pouvoir à partir des années 80 jusqu'à aujourd'hui, a bien été celle qui a fait exploser «nos mauvaises dettes».

Le résultat économique est sans appel: depuis plus de trois décennies, la France n'a jamais renoué avec une croissance forte, le pouvoir d'achat, à entendre les syndicats, est en dégradation constante et le chômage reste anormalement élevé. Ainsi, l'orthodoxie financière ni même la responsabilité intergénérationnelle n'ont été les points forts de cette génération qui fait peser sur les générations futures le poids de leur emprunt abyssal.

D'autant que les personnalités issues de cette même génération sont aujourd'hui les premiers à expliquer aux plus jeunes, qu'ils devront travailler plus et plus longtemps et se montrent indignés face à la grogne populaire. Mais comme  «les conseillers ne sont pas les payeurs», ils n'ont rien à craindre pour leur bourse. En revanche, laisser aux ténors du siècle passé la responsabilité d'orienter la dette dans les investissements qui doivent «augmenter les actifs de la France», peut paraître bien surprenant, voir inquiétant sur l'efficacité in fine de ce plan et des orientations réelles que souhaite donner Nicolas Sarkozy à l'utilisation de l'emprunt public.

Oriane Claire

Image de une: Nicolas Sarkoay entouré d'Alain Juppé et Michel Rocard, le 7 juillet 2009 à l'Elysée.

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