Monde

Il y a un lien entre agression sexuelle et alcool: il faut le dire aux jeunes femmes

Emily Yoffe, mis à jour le 08.11.2013 à 14 h 14

Le viol d’étudiantes sous l’emprise de l’alcool est un fléau sur les campus américains. Et personne n’ose aborder le problème.

A Londres, en 2004. REUTERS/Toby Melville TM/MD

A Londres, en 2004. REUTERS/Toby Melville TM/MD

Au fil des affaires (celle de l'Académie navale des Etats-Unis; celle de Steubenville, dans l'Ohio; ou encore les allégations de l’affaire de Maryville, Missouri), nous découvrons dans les médias américains qu’une jeune femme, parfois une très jeune fille, est allée à une fête à l’issue de laquelle elle a été violée. Dès le début de l’année scolaire, on entend parler d'étudiantes victimes d'agressions sexuelles commises par leurs camarades de classe masculins. Le dénominateur commun de ces affaires est généralement l’alcool, souvent en quantités industrielles, suffisamment en tout cas pour neutraliser totalement la jeune femme. Mais la crainte déplacée d’avoir l’air de faire des reproches à la victime a rendu inacceptable toute idée de prévenir les jeunes femmes inexpérimentées qu’elles se mettent en danger en se biturant.

Une étude de 2009 sur les agressions sexuelles dans les campus américains révèle qu’à la fin de leur cursus, presque 20% des étudiantes auront été agressées, la plupart du temps par un de leurs camarades de classe. Très peu le signalent aux autorités. La même étude montre que plus de 80% des agressions sexuelles dans les campus impliquent l’absorption d’alcool.

Souvent, l’homme et la femme ont bu tous les deux. Les hommes ont tendance à utiliser l’excuse de l’ivresse pour justifier leur comportement, comme l’illustre cette vue d'ensemble des recherches menées sur les agressions sexuelles liées à l'alcool dans les campus par Antonia Abbey, professeur de psychologie à la Wayne State University, tandis que pour beaucoup de femmes, avoir été ivre suscite un sentiment de culpabilité et de honte.

» Cet article vous énerve? Vous scandalise? Lisez-le jusqu'au bout :) et/ou cliquez ici pour la réponse d'Emilie Yoffe à ses nombreux détracteurs aux Etats-Unis et celle d'Amanda Hess: Le viol, c'est la faute du violeur, pas de l'alcool

Parfois, la femme est la seule à être saoule et elle rencontre un type particulier de prédateur sexuel, aussi habile que sobre, qui rôde dans les lieux où les femmes viennent boire, tel le lion près du point d’eau. Pour ce genre d’hommes, l'augmentation du phénomène du binge drinking [absorption de grandes quantités d’alcool en un temps très court, NdT] chez les femmes fait des campus un environnement riche en proies faciles. J’ai parlé à trois jeunes femmes récemment diplômées qui ont été victimes de ce genre d’agresseurs, et leurs histoires font froid dans le dos.

Un vrai message féministe: ne vous mettez pas dans un état de faiblesse

Soyons parfaitement clairs: ce sont les agresseurs qui sont responsables de leurs crimes, et ils méritent d’être poursuivis. Mais nous ne savons pas dire aux femmes que lorsqu’elles se mettent en position de vulnérabilité, il peut leur arriver des choses terribles.

Les jeunes femmes reçoivent le message faussé que leur droit de boire autant que les hommes s’inscrit dans la lutte féministe. Or, le vrai message féministe devrait être que lorsque vous perdez la faculté de vous prendre en charge vous-même, vous augmentez radicalement les risques d’attirer le genre de personnes qui, disons, n’ont pas votre intérêt à cœur. Il ne s’agit pas de critiquer les victimes, mais d’essayer d’empêcher qu’il y en ait davantage.

Les experts à qui j’ai parlé et qui voudraient faire passer ce message aux jeunes femmes m’ont dit qu’ils avaient conscience qu’avertir les femmes sur les dangers de leur comportement était un sujet plus que sensible.

«Je me sens toujours un peu coupable quand je leur dis: "Protégez-vous. Ne vous fragilisez pas au point de perdre vos facultés cognitives”», explique Anne Coughlin, professeure à l’école de droit de l’University of Virginia, qui a écrit sur le viol et enseigne le droit féministe. Elle ajoute qu’en ne leur disant pas la vérité –c’est-à-dire que ce sont elles qui sont responsables de l’état second dans lequel elles se mettent– elle s’inquiète à l’idée que nous «infantilisions les femmes».

Une étude sur les agressions sexuelles dans les campus, menée en 2007 pour le ministère américain de la Justice, révèle que la croyance populaire selon laquelle de nombreuses jeunes victimes ont pris à leur insu la «drogue du viol» est fausse. «La plupart des agressions sexuelles surviennent après une absorption volontaire d’alcool par la victime et l’agresseur», expose l’enquête. Mais les chercheurs notent que ce point crucial n’est pas communiqué aux jeunes filles naïves:

«Malgré le lien entre abus de substances toxiques et agression sexuelle, il semble que peu de programmes de prévention des agressions sexuelles et/ou de réduction des risques abordent la relation entre la consommation des substances toxiques et l’agression sexuelle

L’étude déplore que «les étudiantes ne sont peut-être pas conscientes de l’image de vulnérabilité projetée par un individu en état d’ébriété évidente».

«Je ne dis pas qu’une femme est responsable de l’agression sexuelle qu’elle subit», précise Christopher Krebs, l’un des auteurs de cette étude et d’autres sur les agressions sexuelles dans les campus.

«Mais quand votre jugement est faussé, le risque d’être victime de violences sexuelles augmente

La culture du binge drinking –dont le campus est le pinacle– ne fait pas de mal qu’aux femmes. Les études montrent que plus de 40% des étudiants s’adonnent à ce genre d’excès, que le Centre de contrôle et de prévention des maladies définit comme l’absorption de cinq verres ou plus pour un homme et de quatre pour une femme, en deux heures environ. Beaucoup de ces buveurs finissent la soirée sur un brancard: le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism estime que, chaque année, environ 600.000 étudiants sont blessés parce qu’ils ont bu, et environ 700.000 agressés par un camarade de classe lors d’une rencontre avinée. Certains finissent à la morgue: environ 1.800 étudiants meurent chaque année aux Etats-Unis à la suite d’une alcoolisation.

Boire, vomir, boire, vomir...

Le site Compelled to Act, lancé par le père accablé de douleur d’une étudiante morte à la suite d’un accident de motoneige impliquant de l’alcool, tient le compte des étudiants qui meurent à la suite d’overdoses alcooliques, de chutes ou par noyade liées à l’absorption d’alcool. La semaine de rentrée dans les universités américaines est marquée en général (sauf peut-être à la Brigham Young University) par des histoires comme celle de l'université du Maryland: au cours des trois premières semaines du semestre, 24 de ses étudiants ont été transportés à l’hôpital pour des problèmes liés à l’alcool. Et la police a été appelée hors du campus, dans un bar réputé pour servir de l’alcool aux étudiants de première année [il faut avoir 21 ans pour boire de l’alcool aux Etats-Unis, NdT], pour enquêter sur une agression au couteau impliquant des étudiants mineurs.

Je ne crois pas qu’aucune de ces statistiques n’ira dans la bonne direction tant que le binge drinking ne rejoindra pas la cigarette, l’alcool au volant et les violences domestiques dans la catégorie des comportements autrefois habituels et aujourd’hui inacceptables.

Réduire l’alcoolisation excessive va nécessiter une éducation, une mise en application de la loi et une modification de la culture sociale des campus. De nos jours, le week-end s’étale sur la moitié de la semaine, et le front-loading [boire excessivement avant de se rendre dans un bar, NdT] ainsi que le boot and rally [boire, vomir et recommencer à boire, NdT] sont des activités extrêmement pratiquées en dehors des cours. Se vomir dans les cheveux, uriner dans son pantalon et adopter des comportements dangereux ne doivent plus être considérés comme des frasques hilarantes ou des faits de guerre mais devenir une source de dégoût et de gêne.

En tant que mère d’une jeune fille qui entrera en fac l’année prochaine, j’ai été consternée de découvrir que dans les guides de certaines universités, l’alcool tient presque autant de place que le cursus. La mentalité universitaire est une chose, mais si l’on en croit The Insider’s Guide to the Colleges, quand l’University of Florida joue contre la Florida State University, «les fans les plus fervents de l’University of Florida commencent à biberonner dès 8 heures du matin. Sans blague». J’imagine que lire qu’à l’University of Idaho, «tout le monde n’est pas alcoolique» est supposé me rassurer.

«La consommation dangereuse d’alcool est liée à tous, absolument tous les impacts négatifs sur l’éducation supérieure», déplore Peter Lake, directeur du Center for Excellence in Higher Education Law and Policy au Stetson University College of Law et auteur de The Rights and Responsibilities of the Modern University. Il évoque les problèmes d’abandon des cours par les élèves et les taux de diplômés inférieurs aux attentes.

Comment agir?

J’ai dit à ma fille qu’il était de sa responsabilité de prendre des mesures pour se protéger («J’ai compris! Arrête!»). La réalité biologique est que les femmes ne métabolisent pas l’alcool comme les hommes, ce qui signifie qu’à doses égales, elles deviennent ivres plus vite. Je lui ai dit que je savais qu’elle aurait un accès très facile à ces boissons (même si la plupart des étudiants n’ont pas encore le droit de boire) mais qu’elle aura toutes les chance de rester consciente de ce qu’il se passe autour d’elle si elle se limite à deux verres maximum, à boire doucement –pas de shots!– et si elle reste à bonne distance des fameux bols à punch. Si les étudiantes commencent à modérer leur consommation d’alcool pour veiller à leur propre intérêt –ce qui devrait être un principe féministe de base– j’espère que leur retenue débordera un peu sur le comportement des hommes.

» Le viol, c'est la faute du violeur, pas de l'alcool: la réponse d'Amanda Hess à cet article d'Emily Yoffe

Si j’avais un fils, je lui dirais qu’il est dans son intérêt de n’être pas l’étudiant bourré qui se retrouve accusé d’avoir violé une camarade de classe ivre. Il ne fait aucun doute que cet étudiant de l'University of Richmond, acquitté dans l’un des rares cas où une accusation de viol a débouché sur un procès, le confirmerait volontiers.

Le gouvernement fédéral a entrepris des démarches visant à reconnaître le problème des agressions sexuelles dans les campus en utilisant le Titre IX, qui interdit la discrimination dans l’éducation, pour faire pression sur les écoles afin qu’elles améliorent les programmes de protection des étudiantes contre les agressions sexuelles et qu’elles les gèrent plus efficacement (les étudiants d’Occidental College ont poursuivi leur école en évoquant le Titre IX après que l’administration a laissé un violeur en série y poursuivre ses études). 

Informer les étudiants sur le viol, leur apprendre que par définition une femme très ivre ne peut pas consentir à une relation sexuelle, est absolument crucial. Les programmes destinés aux témoins sont également importants; ils visent à informer les étudiants sur la manière d’intervenir pour empêcher une agression sexuelle contre des camarades de classe ivres et sur la nécessité d’inciter celles qui sont dangereusement alcoolisées à se soigner.

Mais rien ne sera aussi efficace pour réduire les agressions facilitées par l’alcool qu’une réduction de la consommation. L’étude de 2009 sur les agressions sexuelles dans les campus, coécrite par Krebs, révèle que les programmes d’éducation sur l’alcool proposés dans les campus «mettent rarement l’accent sur l’importance du lien» entre la consommation volontaire d’alcool et de drogue des filles et «le fait d’être victime d’agression sexuelle». Il poursuit en affirmant qu’il faut transmettre aux étudiantes le message explicite que limiter la prise d’alcool et éviter la drogue «sont des stratégies de prévention des agressions sexuelles».

Je pense qu’entendre des récits d’agressions sexuelles facilitées par la consommation d’alcool de la bouche d’étudiantes qui l’ont vécu serait bénéfique aux plus jeunes.

Abaisser l'âge auquel on peut boire, raccourcir le week-end...

Naturellement, les auteurs de ces crimes doivent être arrêtés et punis. Mais lorsqu’il s’agit de sexe et d’ivresse, il faut compter avec les complications que sont les souvenirs morcelés et les différentes interprétations des notions d’intention et de consentement.

Pour savoir si un conducteur a trop bu pour prendre le volant, il suffit d’un test rapide permettant de vérifier si son taux d’alcoolémie dépasse la limite légale. Il n’existe rien d’aussi simple lorsqu’il s’agit de sexe et d’alcool. Selon Prosecuting Alcohol-Facilitated Sexual Assault, étude menée par la National District Attorneys Association:

«Il n’existe généralement pas de moyen irréfutable de prouver que la victime était trop ivre pour être consentante, ce qui fait une différence entre une agression sexuelle et une relation sexuelle sous l’emprise de l’alcool

Porter ces affaires devant la justice est, note l’étude, «extrêmement difficile». Et les étudiantes qui en sont victimes portent rarement plainte. A la place, souvent plusieurs jours plus tard, elles mettent l’affaire entre les mains des autorités du campus.

Certains estiment que pour changer la culture de l’alcoolisation dans les campus, il est nécessaire de baisser l’âge légal actuellement fixé à 21 ans. The Amethyst Initiative, lancée par des présidents d’universités et de grandes écoles américaines, et le groupe Choose Responsibility avancent tous deux que c’est l’interdiction de boire de l’alcool faite à la plupart des étudiants qui lui donne l’attrait de l’interdit, encourage les excès et augmente le danger parce que les étudiants répugnent à s’adresser aux autorités lorsque la consommation de boisson devient incontrôlable. Mais modifier l’âge légal de consommation d’alcool est une politique qui a très peu de partisans.

Lake estime que les responsables adoptent souvent une approche simpliste pour réduire la consommation d’alcool. Dans les années 1990, elle était synonyme de répression, ce qui poussait les jeunes à boire en dehors du campus et augmentait probablement les risques. Il explique que le binge drinking est tellement enraciné qu’il nécessite une approche à plusieurs facettes comprenant coercition, mise en application de la loi et travail social. Par exemple, dit-il, le week-end commence souvent le jeudi parce que de nombreuses universités ont peu, voire pas du tout cours le vendredi.

«Dans la guerre contre l’alcool, on voit facilement où sont les champs de bataille et où la bibine a battu l’université. L’université a perdu du terrain et abandonné l’idée de travailler le vendredi

Il estime qu’il faudrait programmer une journée de cours le vendredi et qu’elle devrait être consacrée aux examens et aux évaluations. Il avance que comme les enfants du millénaires (et les jeunes gens depuis la nuit des temps d’ailleurs) ont des horaires de vampires, à moins que des alternatives ne soient proposées le soir sur les campus, ceux qui fournissent de l’alcool gagneront toujours.

Et qui fournit l’alcool? Dans certains cas, c’est un genre de prédateur en série qui encourage sa victime à continuer à ingurgiter volontairement ce qui causera sa perte. Des chercheurs comme Abbey et David Lisak ont étudié la manière dont ces hommes utilisent l’alcool plutôt que la violence pour commettre leur crime. Lake souligne qu’il peut s’agir d’étudiants-stars du campus, charmants et très appréciés –ce qui s’avère très pratique s’ils se retrouvent accusés de quoi que ce soit. Lake explique:

«Ils retournent nos mythes contre nous. Car nous aimons l’idée que nos filles fréquentent de gentils garçons en blazers marine.»

Le violeur ressemble souvent à l'étudiant parfait

Les trois jeunes femmes à qui j’ai parlé, qui ont été victimes de ce genre d’hommes, ont fréquenté des universités différentes mais leurs histoires sont si tristement similaires qu’on dirait qu’elles ont été attaquées par le même jeune homme.

A chaque fois, la jeune femme a perdu le compte de ce qu’elle avait avalé. Ensuite un camarade de classe l’a prise par la main et lui a proposé de la raccompagner. Puis elle a été violée par cet «ami». Une seulement, Laura Dunn, a porté plainte, plus d’un an après les faits. Elle avait été agressée par deux étudiants et son université a refusé de prendre des mesures contre aucun d’entre eux.

Une autre de ces victimes est une étudiante de licence qui s’était rendue à une fête sponsorisée par l’école où le vin coulait à flot. Après la fête, tout le monde est allé dans un bar pour continuer à s’amuser. A partir de ce moment, ses souvenirs sont fragmentaires, mais elle sait qu’un étudiant l’a accostée. Elle se souvient avoir couru dans la rue avec lui, puis s’être retrouvée au lit et s’être réveillée le lendemain matin les vêtements sens dessus dessous. Elle éprouva un sentiment de dégoût en pensant avoir trompé son petit ami avec qui elle entretenait une relation depuis longtemps et lui avoua son infidélité. Ce qui finit par déboucher sur leur rupture.

Tout en essayant de gérer ses sentiments de honte et de culpabilité, elle évoqua cette soirée avec ses amis et découvrit ce qui s’était réellement passé. Elle était tellement ivre que ceux-ci s’étaient inquiétés en la voyant sortir du bar en titubant, désorientée et pieds nus. Ils lui racontèrent l’avoir vue être emmenée par l’étudiant qui lui, n’était pas saoul. Elle finit par comprendre qu’elle avait été violée. «Depuis que j’ai compris que ce n’était pas de ma faute, je me suis extraite d’un profond trou noir», explique-t-elle. En outre elle savait qu’il l’avait déjà fait.

«Il était connu pour ça; pour tenter de coucher avec vous quand vous étiez bourrée et qu’il était dans les parages

La jeune femme déplore cette culture du campus prônant les relations sexuelles d’un soir baignant dans l’alcool.

«On encourage les femmes à faire ça, ce qui passe outre tous les risques que nous courons. Du coup, comme on se sent gênée et honteuse, on essaie de le prendre à la légère. Et puis les femmes se font violer et avilir, et elles l’acceptent. Et à qui profite cette culture? Aux prédateurs de l’alcool. Ça ne libère personne

Je vois bien l’intérêt de tous ces beer bongs, du flip cup [jeu consistant à boire et à renverser son verre de bière, NdT], des power hours [où il faut boire un verre toutes les minutes pendant une heure, NdT], ou même du butt chugging [ingestion d’alcool par le rectum, NdT] (OK, peut-être pas l’intérêt du butt chugging). C’est marrant.

Dans Getting Wasted: Why College Students Drink Too Much and Party So Hard Thomas Vander Ven, sociologue de l’Ohio University, jette un œil dans ce qu’il appelle le «shit show». Il écrit que «pour certains étudiants, la décision de boire à la fac est un pléonasme. A leurs yeux, université et alcool sont des synonymes». Vander Ven décrit les plaisirs de l’intoxication collective: suppression des inhibitions et de la timidité, hilarité collective, le frisson de se lancer dans des aventures potentiellement périlleuses et un sentiment de camaraderie. Même soigner sa gueule de bois et exprimer ses regrets devient une activité grégaire, un groupe de soutien mutuel d’après la bataille. L’ivresse collective est enivrante, et c’est l’une des raisons pour lesquelles il est si difficile de réduire la fréquence du binge drinking dans les campus.

Je sais que beaucoup repenseront aux bacchanales de leurs années estudiantines avec nostalgie et diront que ces excès ne les ont pas tués –en tout cas ceux dont ils arrivent à se souvenir. Je vais donc prendre mon propre exemple pour illustrer qu’il est possible de s’amuser sans être bourrée. J’aime boire modérément et je n’ai eu que trois gueules de bois dans ma vie. Je n’ai jamais été saoule au point d’être à moitié ou tout à fait inconsciente de mes actes, de tomber dans les pommes ou de vomir. Pourtant, quand j’étais jeune fille, j’ai moi aussi fait un tas de trucs drôles, fous, débiles, stupides et très peu recommandables. Mais au moins savais-je que c’était moi, et pas l’alcool, qui étais responsable de mes actes.

Pour Lake, il n’est pas réaliste d’espérer que les universités sauront un jour attraper et punir les prédateurs sexuels; ce n’est tout simplement pas leur mission principale. Les universités sont censées être des lieux où les jeunes gens apprennent à s’assumer. Pour Lake, «le plus grand changement lorsqu’on va à l’université c’est qu’il faut comprendre que la sécurité commence avec vous. Pour le meilleur ou pour le pire, que ce soit juste ou non, les conséquences retomberont sur votre tête à vous». Trinquons (une seule fois) à la santé de tant de bon sens.

Emily Yoffe

Traduit par Bérengère Viennot

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