Sports

Pourquoi la «hate» anti-Nadal va monter

Yannick Cochennec, mis à jour le 29.10.2013 à 3 h 31

Fin de saison à Bercy où Rafael Nadal ne s’est jamais imposé. Les fans de Roger Federer commencent, eux, à enrager.

Rafael Nadal, le 3 septembre 2013. REUTERS/Adam Hunger

Rafael Nadal, le 3 septembre 2013. REUTERS/Adam Hunger

Parmi les 60 victoires qui ornent le palmarès de Rafael Nadal, une seule a été conquise sur courts couverts, à Madrid en 2005. Au BNP Paribas Masters, qui se déroule au Palais Omnisports de Paris-Bercy jusqu’au 3 novembre, le n°1 mondial ne fait donc pas figure d’incontestable favori dans un stade où il a dû se contenter jusqu’alors d’une place de finaliste en 2007. Mais peu importe vraiment son résultat parisien, ainsi que celui qu’il obtiendra la semaine suivante au Masters de Londres, seul tournoi d’envergure qu’il n’a jamais remporté, la saison du Majorquin a été glorieuse. En triomphant à Roland-Garros pour la huitième fois et à l’US Open pour la deuxième, Nadal est redevenu le patron du circuit professionnel. Sa défaite au premier tour à Wimbledon (première fois qu’il s’inclinait au premier tour d’un tournoi du Grand Chelem) a été un accident presque vite oublié.

Ces résultats sont inattendus, y compris pour le champion lui-même. En effet, voilà un an, la carrière de l’Espagnol était mise entre parenthèses en raison de blessures récurrentes aux genoux et son avenir semblait si ce n’est sombre au moins très incertain. Absent pendant sept mois, de fin juin 2012 à début février 2013, forfait à l’Open d’Australie, Nadal avait repris doucement le chemin des courts lors d’un tournoi secondaire disputé sur terre battue à Vinal del Mar, au Chili. Il y avait été dominé en finale par l’Argentin Horacio Zeballos, 73e mondial. Il restait pourtant sur 78 succès successifs acquis sur terre battue face à des joueurs classés en dehors du «top 50».

Après ce petit décrassage, Nadal a vite repris son habituel rythme de croisière et ses cadences infernales. Avant d’arriver à Bercy, il comptait 10 titres en 2013, ce que personne, et surtout pas lui, anxieux parmi les anxieux, n’avait anticipé.

Un très dur à cuire

Sa manière de jouer a très légèrement changé pour ménager ses articulations épuisées –il tente de raccourcir les échanges après avoir effectué un travail de ciblage afin de maximiser la précision de ses coups– mais c’est davantage une impression de «business as usual» qui domine dans son cas. Rien de vraiment neuf. Nous avons affaire à un très dur à cuire.

«Pour plusieurs raisons, cette saison est certainement la plus émouvante de toute ma carrière», a-t-il indiqué sachant que le meilleur est peut-être encore à venir. Nanti désormais de 13 titres du Grand Chelem, Rafael Nadal s’inscrit clairement dans une trajectoire historique. A 27 ans, il se situe déjà à la troisième place des champions les plus prolifiques de son sport derrière Roger Federer, détenteur de 17 tournois majeurs, et Pete Sampras, sacré à 14 reprises. A son âge, l’Espagnol est dans les temps du record, puisque Federer avait également triomphé pour la 13e fois à 27 ans.

S’il est impossible de comparer les champions à travers les époques –comment affirmer que Roger Federer serait meilleur que Rod Laver?– au moins est-il possible de vraiment mettre sur une même balance deux joueurs s’affrontant au même moment. C’est le cas pour Federer et Nadal qui se sont défiés 31 fois depuis 2004.

C’est la raison pour laquelle les adorateurs du champion suisse commencent vraiment à s’inquiéter face à la montée du péril. Bombardé plus grand champion de l’histoire par une majorité d’observateurs, Federer pourrait ne pas l’être très longtemps. Si Nadal atteint voire dépasse le total de 17 titres du Grand Chelem, la question sera réglée. Il aura été définitivement meilleur que Federer et cela d’autant mieux que Nadal, à ce jour, domine outrageusement leur tête-à-tête (21-10) où il n’y a presque pas de match.

Dans l’affrontement Federer-Nadal, la guerre entre les fans des deux champions est un élément constitutif, et amusant, de cette rivalité. Alors que les deux joueurs semblent s’apprécier avec sincérité, leurs laudateurs, si nombreux, s’étripent sur le Net avec une rage jamais démentie. Nous avons déjà parlé ici de ces échanges très musclés entre les deux camps qui appuient très fort sur les touches de leur clavier dans des flots de commentaires décomplexés.

Depuis l’US Open et le nouveau succès de Nadal, un petit vent de panique s’est fraîchement engouffré au cœur des troupes «federiennes» qui devinent ce qui risque d’arriver: dans les deux, trois ou quatre années qui viennent, Nadal va déboulonner la statue de leur commandeur.

Nadal meilleur que Federer, le sacre que redoutent les Federiens

Alors, feu!, les «arguments» déferlent autour de l’idée, vieille comme cette rivalité Federer-Nadal, que ce retour en force serait forcément entouré d’un mystère tout espagnol. «Ah ce bon Docteur Fuentes»; «pas normal d’être aussi fort après sept mois d’absence, Nadal est allé recharger les batteries quelque part»; «Il a été suspendu pendant six mois, mais personne n’en a rien su»... Passons. Au loin de ces fantasmes et de ces âneries qui échauffent la susceptibilité des «nadaliens» qui goûtent, eux, de moins en moins le supposé «melon» de l’«ennemi» d’en face.

Dans ce contexte abrasif, la «hate» va monter et grossir comme une vague, d’autant que tout le monde, au fil des Grands Chelems à venir, finira par avoir une opinion sur cet épineux sujet, y compris ceux qui apprécient autant Federer que Nadal ou ceux qui ne connaissent rien à l’affaire. Jetez ce sujet sur la table, dans un dîner, et vous verrez que le repas deviendra soudain plus épicé.

Selon l’auteur de ces lignes (plutôt «federien» dans l’âme, mais pour une seule question de style de jeu), c’est même subjectivement une quasi certitude. Cela ne fera pas un pli, sauf très grave blessure, toujours possible: Nadal passera devant Federer. Lors du prochain Open d’Australie, l’Espagnol aura déjà l’occasion de marquer un point important en tentant de devenir le premier homme depuis Rod Laver à compter chaque tournoi du Grand Chelem au moins deux fois à son palmarès.

A ce jour, lorsqu’on observe leur tête-à-tête sous toutes les coutures, Nadal est objectivement meilleur que Federer. En Grand Chelem, il mène 8-2. Sans Roland-Garros, il garde encore l’avantage 3-2. Federer ne l’a plus battu dans ces épreuves majeures depuis 2007 et a perdu d’un souffle le match qui restera comme le match de référence de leur opposition, la finale de Wimbledon en 2008.

La différence d’âge n’est même pas un argument de la discussion. Qu’il soit jeune (et même presque adolescent) à une époque où Federer était au sommet de sa toute puissance, ou plus mature comme aujourd’hui, Nadal a constamment mené la danse dans leur pas de deux.

Le débat autour de la terre battue et de la domination de Nadal sur cette surface spécifique n’est pas non plus très passionnant. Compte tenu de son expérience et de son aura à l’époque face à un adversaire frémissant d’à peine 19 ans qui jouait son tout premier Roland-Garros en 2005, Federer «aurait dû» logiquement, par exemple, gagner leur premier duel en Grand Chelem survenu aux Internationaux de France. Sur les surfaces intermédiaires, entre le gazon et la terre battue, Nadal a été encore supérieur.

Il «ne reste donc plus qu’à» Nadal à compter au moins jusqu’à 17, ce qui ne sera pas facile, vous dira un «federien» le sourire aux lèvres, mais plus tout à fait serein.

«Je vais continuer à travailler dur, a prévenu l’Espagnol. On ne sait pas quand tout ça s’arrêtera pour moi. Parce que j’ai tellement gagné sur terre battue, on a le sentiment que tout le reste ne serait pas suffisant. Mais j’ai tout de même joué cinq finales à Wimbledon, trois finales à l’US Open et deux à l’Open d’Australie.»

Hélas pour lui, Nadal n’a jamais eu le dernier mot à Bercy, contrairement à Federer qui s’y est imposé une fois. Cette semaine, il a l’opportunité de combler ce tout petit vide. Sur le Net, par le biais des réseaux sociaux notamment, ses matchs, comme pour Federer, vont faire, comme d’habitude, le (trop) plein de commentaires...

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
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Journaliste
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