France

Je veux épouser un serial killer

Eric Moine, mis à jour le 21.01.2011 à 9 h 48

Qui sont ces femmes qui se marient avec des tueurs en série?

Monique Fourniret durant son procès à Charleville-Mézières en 2008. REUTERS/Denis Charlet/Pool

Monique Fourniret durant son procès à Charleville-Mézières en 2008. REUTERS/Denis Charlet/Pool

Monique et Michel Fourniret ont divorcé le 2 juillet 2010, selon le Parisien. Le couple a été condamné en mai 2008 à la prison à perpétuité pour les meurtres de sept jeunes filles entre 1987 et 2001.

A cette occasion, nous republions un article de juillet 2009 sur ces femmes qui épousent des tueurs en séries.

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Laurence, originaire de l'Allier, âgée de 38 ans, n'a connu Patrice Alègre, détenu à Moulins-Yzeure, que trois mois avant son arrestation. Elle ne l'a jamais revu depuis douze ans que le tueur et violeur en série purge sa perpétuité: «Mais je l'aime. Je vais l'épouser.» Quand? A l'automne, probablement... Ce n'est pas de la fascination malsaine, «c'est de l'amour, juste de l'amour», assure Laurence, une Montluçonnaise de 38 ans.

Spécialiste des tueurs et violeurs en série, Stéphane Bourgoin n'est pas surpris qu'une femme se marie avec Patrice Alègre, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de vingt-deux ans de sûreté, pour cinq meurtres et six viols. «De Landru à Guy Georges, c'est courant.» Après la Première Guerre mondiale, Landru avait déjà reçu des dizaines de propositions de mariage au premier jour de son procès. «Souvenons-nous aussi qu'Eugène Weidmann a été le dernier guillotiné en public en France à cause des scènes d'hystérie des femmes, ajoute l'ancien analyste au Centre international de sciences criminelles et pénales. Elles trempaient leurs mouchoirs dans le sang des exécutés, croyant se rendre plus fertiles.»

Transféré il y a deux ans à la centrale de Moulins-Yzeure (Allier), réservée aux longues peines, Alègre aura 41 ans cette année et sera sexagénaire lorsqu'il sortira. Sa fille de 19 ans, qu'il n'a pas vu grandir, lui sautera-t-elle dans les bras lorsque la porte blindée s'ouvrira? Laurence, c'est certain, sera là. «Je l'attendrai. Je sais que ce qu'il a fait, c'est horrible. Mais je dois être là.» Au début de leur rencontre, «ce n'était alors qu'un ami, mais je ne l'ai pas quitté malgré tout». Ils se sont écrits. Et en maison centrale, les détenus peuvent téléphoner. «Il m'appelle tous les jours. Il m'envoie des cadeaux, me fait livrer des fleurs. Il est adorable avec moi, c'est l'homme de ma vie. Alors quand il m'a fait sa demande en mariage, je lui ai envoyé une bague de fiançailles.» «On me refuse un permis de visite, pourtant je n'ai jamais eu aucun problème avec la justice. Ne pas le voir, c'est une souffrance.» «Alors je me battrai pour l'avoir, ce permis.» Quitte à se contenter, dans un premier temps, d'un permis exceptionnel.

Du people

A la centrale de Moulins où dans une autre. Car Patrice Alègre veut changer de prison pour la septième fois. Il voudrait être transféré à la centrale d'Ensisheim, entre Mulhouse et Colmar, près du nouveau domicile de la Montluçonnaise. Ensisheim où se trouve un autre tueur et violeur en série célèbre, détenu un temps à Moulins-Yzeure, Guy Georges. Qui recevait d'ailleurs beaucoup de courriers de femmes amoureuses et qui était aussi devenu l'homme idéal d'une femme qui ne l'a jamais connu qu'en prison... «On compte environ quatre-vingts tueurs en série incarcérés en France, estime Bourgoin. La plupart ont ces contacts.»

Qui sont-elles, ces femmes fascinées par ces grands criminels? Que veulent-elle? Du people! Elles savent qu'elles ne pourront pas approcher Johnny Hallyday ou Patrick Bruel, alors elles se tournent vers d'autres personnalités qui ne demandent que ça. Il y a deux autres catégories, ajoute le spécialiste des tueurs en série: celle de femmes qui trouvent là l'occasion de mettre en œuvre leur instinct maternel. Elles se disent qu'elles seules ont vu l'homme derrière le criminel, et elles pensent qu'à leur contact il va s'amender.

Laurence rentrerait dans cette catégorie: «Je sais que les gens peuvent avoir du mal à comprendre, mais l'amour, ça ne s'explique pas», dit Laurence. Pas plus qu'elle ne peut contrôler sa gaieté juvénile quand elle parle d'Alègre: «Celui que moi je connais. Le "tueur en série", c'est son autre vie. Moi je connais Patrice, l'homme.» Laurence est-elle tombée dans ce que Bourgoin appelle «le premier des pièges de ces tueurs et violeurs en série, incapables d'une relation sincère, manipulateurs, qui cherchent à avoir l'autre sous leur emprise»?

La femme du «tueur des collines»

Il y a celles, enfin, qui les voient comme des hommes extraordinaires, hyper-intelligents et cultivés, hyper-puissants, un peu à l'égal de Dieu, comme Hannibal Lecter. «Et il ne faut pas se leurrer, assure Bourgoin, il y a aussi cette fascination pour la puissance sexuelle sous-entendue dans leurs crimes.»

Parfois, l'avenir de ces femmes qui souhaitent vivre avec des psychopathes que rien ni personne ne peut changer - (sur les soixante-sept serial killers que Bourgoin a rencontrés dans le monde depuis 1979, les trois-quarts de ceux qui lui ont parlé sincèrement ne lui ont pas caché qu'ils recommenceraient s'ils sortaient) se confond avec le chemin du criminel. «Regardez Monique Olivier. Une visiteuse de prison, fervente catholique, une vie normale. Et trois mois après la libération de Michel Fourniret, elle participe à ses meurtres. Je connais aussi une femme qui, mariée à un tueur en série, "le tueur des collines", est allée jusqu'à commettre un crime dans des conditions similaires pour faire croire que son mari toujours en prison était innocent.»

Alègre a «raté le début de sa vie, dit Laurence mais c'est un être humain, il a droit à une seconde chance». Elle grimace puis retrouve aussitôt son sourire béat et son intonation juvénile. «C'est vrai, je suis comme une gamine de 15 ans qui aime à en mourir.»

Eric Moine

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