Mes trois propositions à la gauche, par Jean-François Copé

Jean-François Copé, mis à jour le 11.07.2009 à 16 h 49

Travaillons ensemble sur les retraites, les collectivités locales et le grand emprunt.

Des commentateurs ont vu le dernier remaniement comme un repli sur le noyau UMP. Pourtant, les ministres d'ouverture ont tous été confirmés. Accueillir des personnalités de gauche dans la majorité présidentielle pour contribuer à la modernisation de la France est une excellente initiative. Souvent réduite à un «coup politique», l'ouverture est surtout une nouvelle conception du travail gouvernemental: tout en respectant le choix des Français, c'est prendre les meilleurs talents d'où qu'ils viennent pour donner plus de chance aux réformes.

A mon sens, il est temps de proposer une seconde avancée: travailler main dans la main avec des personnalités de l'opposition qui restent dans leur camp mais acceptent d'agir avec nous pour l'intérêt général. L'objectif n'est pas de débaucher les députés de gauche, mais bien de sortir des postures attendues qui appauvrissent le débat politique et la discussion dans l'hémicycle. Il n'est pas question d'abandonner son identité et ses convictions. La démocratie ne se nourrit pas d'uniformité ou de positions molles, elle est fondée sur la confrontation des points de vue et la possibilité d'une alternance.

Lorsqu'il s'agit de se pencher sur des chantiers d'avenir qui nécessitent des réformes lourdes, on voit bien que l'ouverture ne suffit plus. Il faut créer du consensus. Or, pour cela, on doit avoir pris le temps de travailler ensemble en amont de l'examen des textes de loi sans pression médiatique ni réflexe partisan, à la recherche des points d'accord. Il est temps de privilégier le dialogue et l'écoute avec une obsession en tête: l'intérêt de la Nation.

Les lecteurs de Slate penseront que je me berce d'illusions. Or, travailler ensemble, majorité et opposition, c'est possible. Dans beaucoup de pays étrangers, droite et gauche sont capables de s'entendre ponctuellement pour mettre de côté leurs intérêts partisans. On l'a vu au Danemark et en Suède sur la question des retraites ou en Allemagne lorsque la grande coalition arrive à promouvoir des réformes structurelles.

En France aussi, nous sommes capables d'une telle démarche. En 2001, la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) a été votée par la droite sous un gouvernement de gauche. Ensemble, Didier Migaud, député socialiste de l'Isère et Alain Lambert, sénateur UMP de l'Orne ont su mettre en commun leurs talents pour transformer les règles du jeu budgétaire. Pour que nous ayons les outils d'une meilleure gestion publique, plus performante et plus transparente. Ce succès doit nous donner le courage de prendre des initiatives qui vont dans ce sens.

Je propose à la gauche plusieurs travaux pratiques sur lesquels nous devrions être capables de nous entendre. Pour peu que chacun y mette de la bonne volonté et que nous ayons de l'ambition pour notre pays. Voici trois propositions:

Sur la réforme des retraites, le rendez-vous est en 2010. D'ici là, il faut que nous venions devant les Français avec des propositions fortes qui les rassurent sur la pérennité de notre système.

Aujourd'hui, malgré les réformes passées, notamment celle pilotée par Jean-Pierre Raffarin et François Fillon en 2004, la retraite est un sujet d'angoisse pour beaucoup de nos concitoyens. L'explosion des déficits publics ne va pas les rassurer. Les plus jeunes sont très sceptiques sur la sauvegarde du système actuel. Ils pensent qu'ils cotisent mais qu'ils ne toucheront rien. Certains même vont jusqu'à menacer de ne pas payer la facture laissée par leurs aînés.

Je crois qu'il y a en germe un conflit de générations très inquiétant si nous ne sommes pas capables de moderniser notre système.

Au-delà de la question de la pérennité des retraites, il y a la question de la justice! Le système actuel pénalise les salariés du privé en général, les femmes et tous ceux qui ont des parcours professionnels chaotiques en particulier. Surtout, il prend mal en compte les questions de pénibilité. L'exemple suédois est passionnant: dans ce pays, droite et gauche ont su travailler en amont ensemble pour opérer un basculement d'un système par annuités à un système par points, plus souple et plus juste.

Et si nous faisions de même? Et si, toutes les semaines, à l'Assemblée, un groupe de parlementaires de droite et de gauche travaillait sur ce scénario en s'appuyant sur des exemples étrangers, sur l'avis des partenaires sociaux et des économistes. Nous pourrions avancer un projet de réforme consensuel et ambitieux qui sauve la répartition et renforce la justice de notre modèle social.

Sur la réforme des collectivités locales, avec les députés et les sénateurs de la majorité, nous avons avancé plusieurs propositions très claires pour une meilleure gouvernance des départements et des régions: mutualisation des services, création d'un mandat de conseiller territorial fusionnant le mandat de conseiller général et de conseiller régional... Ces propositions ont éclairé les recommandations de la Commission Balladur.

La gauche aura-t-elle le courage de passer à l'action avec nous? Préférera-t-elle défendre des baronnies locales et des postes d'élus, ou fera-t-elle avec nous le pari d'une réforme qui redonnera un nouveau souffle à la décentralisation dans notre pays?

Sur le grand emprunt, le président de la République a lancé la réflexion dans trois directions :

- La consultation d'experts animée par Alain Juppé et Michel Rocard - un ancien Premier ministre de droite et un ancien Premier ministre de gauche!
- La consultation des partenaires sociaux qu'il a commencé à rencontrer avec le Premier ministre François Fillon
- La consultation des parlementaires, qu'il a lancée lors de son discours à Versailles

Nous, députés de la majorité, nous allons lancer une consultation des Français, dans nos circonscriptions. Dans la lignée des Etats Généraux de la Dépense Publique, les députés du groupe UMP vont aller à la rencontre de leurs électeurs pour échanger sur les priorités à financer afin que notre pays redevienne une terre d'innovation et de croissance.

Nous allons recueillir les propositions et en faire la synthèse lors de nos journées parlementaires fin septembre. Et si la gauche faisait de même dans ses circonscriptions ?

A l'automne, nous pourrions organiser un point d'étape et venir droite et gauche avec nos propositions, dans un esprit d'écoute mutuelle et de respect. Serions-nous incapables de nous entendre sur cette question de l'innovation et de la croissance?

Voilà trois chantiers très concrets sur lesquels je tends la main au PS sans arrière-pensée, dans le seul intérêt national. Dans une démocratie moderne et apaisée, il est normal que des hommes de droite et de gauche soient capables de travailler ensemble. Je suis conscient de la révolution intellectuelle que je propose. C'est également un effort pour la majorité.

Reconnaissons qu'il n'est pas dans la culture politique de notre pays de chercher des solutions ensemble quand on peut faire passer ses textes tout seuls. Le passage en force est plus courant que la conciliation. Mais je crois que les Français nous seront vraiment reconnaissants de cet effort.

Jean-François Copé

(photo: Jean-François Copé aux journées parlementaires de l'UMP à Antibes en octobre 2008, REUTERS/Eric Gaillard)

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