La mondialisation, un éternel recommencement

Etrange comme la Terre tourne vite. Et avec elle, le discours des économistes sur les moteurs de la croissance mondiale.

Une aurore boréale à Whitehorse (Yukon) au Canada en 2012.  REUTERS/Courtesy of David Cartier, Sr./NASA

- Une aurore boréale à Whitehorse (Yukon) au Canada en 2012. REUTERS/Courtesy of David Cartier, Sr./NASA -

Au début de la crise des subprimes, il y a maintenant cinq ans, les économistes affirmaient que le monde entier serait concerné, qu’aucun pays ne serait épargné, pas même les émergents.

Ainsi inquiétés par les organisations internationales comme le FMI, les gouvernements des pays du sud ont ouvert les vannes du crédit et fait exactement comme leurs homologues du nord: ils ont décidé de mesures de relance. Lord Keynes était le Grand homme partout, toutes les capitales se sont converties aux principes keynésiens. Dans son bulletin annuel d’octobre 2009, intitulé «Soutenir la reprise», le FMI se félicitait de «l’action vigoureuse des pouvoirs publics» du nord au sud.

En 2009, les émergents ont subi l’impact de la crise. Leur croissance a été ramenée à 1,7%, bien loin des 8,3% de 2007 et des 6% de 2008. Mais dès 2010, les pays du sud repartaient de plus belle. Leur PIB gagnait 7,4%, puis 6,2% en 2011. Autrement dit, ils avaient effacé la crise tandis que le nord continuait d’être à la peine avec une reprise lente et fragile.

Les émergents «immunisés»

Et le discours de changer du tout au tout. Les émergents semblaient désormais «immunisés», ils ont assez de force par eux-mêmes pour résister à un fléchissement de leurs clients du nord. Ils étaient devenus le moteur de la croissance mondiale, grand basculement des plaques de la tectonique économique, bouleversement historique.

En cet automne 2013, le discours repart dans l’autre sens. Cette fois les pays du nord consolident leur reprise, en particulier les Etats-Unis et le Japon. Les indices sont aussi meilleurs en Europe, tandis que les pays du sud fléchissent à leur tour.

Le FMI souligne, dans son document d’octobre 2013 sur les «Perspectives de l’économie mondiale», ce ralentissement de la croissance des émergents plus important qu’il n’avait prévu. Le Fonds explique que les raisons sont diverses:

«Les facteurs conjoncturels sont plus importants en Russie et en Afrique du Sud; la baisse du potentiel l’est davantage en Chine et en Inde.»

Ici la stabilité des matières premières qui met fin aux hausses vertigineuses d’hier, là le changement du modèle de croissance et les blocages à cause de goulots d’étranglement.

L’aller et retour des capitaux

En outre, le mouvement des capitaux s’est inversé: la reprise au nord les attire, ils fuient le sud après s’y être rués deux ans avant. Les conséquences ne sont pas minces: durcissement des taux de crédits, l’argent si facile devient plus difficile.

L’économie redevient en somme mondialement connectée. Il n’y a, à nouveau, plus de pays isolé. Est-ce un nouveau cycle du balancier des idées et le discours, demain, repartira-t-il dans l’autre sens? Le FMI repousse cette idée.

Pour le Fonds monétaire, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la mondialisation. Les pays émergents ne bénéficieront plus des facilités du rattrapage comme hier. Leurs gouvernements doivent vite s’adapter à une croissance «potentielle» (en moyenne) plus faible: le FMI table sur une hausse du PIB voisine de 5% en 2014 mais très en deçà des niveaux de naguère.

Le nord, nouveau «modèle des réformes»

Et voilà ces gouvernements appelés, à nouveau, à copier leurs homologues du nord et à mettre en œuvre ces fameuses «réformes structurelles». 

«Si un ralentissement de la croissance par rapport aux années 2000 est inévitable, des réformes structurelles peuvent atténuer l’ajustement et deviennent plus urgentes. La liste de ces réformes est connue: elle va d’un rééquilibrage qui fait une plus large place à la consommation en Chine à l’élimination des obstacles à l’investissement au Brésil et en Inde.»

Le moteur économique du monde rechange. L’économie reste fragile et les risques de rechute sont nombreux, en particulier dans deux pays particulièrement importants.

Les Etats-Unis d’abord, où la Réserve fédérale a annoncé une restriction de sa politique monétaire. Ce tournant va transformer les flux de capitaux mondiaux et tous les autres pays en subiront les conséquences plus ou moins fortes.

La Chine ensuite, où l’objectif officiel de croissance de 7,5% semble hors d’atteinte. Ce qui relance les interrogations sur les mesures que devra prendre Pékin pour maintenir stable le modèle politique chinois.

Notre avenir dépend des Etats-Unis et de la Chine? Il n’y a plus d’isolement possible. Dans l’économie-monde, nous sommes tous sur le même bateau.
 
Eric Le Boucher

Article également publié sur Emploiparlonsnet

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L'AUTEUR
Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect». Ses articles
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Publié le 26/10/2013
Mis à jour le 26/10/2013 à 8h07
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