Sports

Paris: dans le 16e arrondissement, il va y avoir du sport

Yannick Cochennec, mis à jour le 21.10.2013 à 13 h 25

Entre l'inauguration du nouveau Jean-Bouin, l'éventuel agrandissement du Parc des Princes, l'extension de Roland-Garros et la réfection de la piscine Molitor, l'arrondissement le plus chic de la capitale est devenu un champ de bataille sportif.

Le Parc des Princes et le Stade Jean-Bouin, à Paris. REUTERS/Charles Platiau.

Le Parc des Princes et le Stade Jean-Bouin, à Paris. REUTERS/Charles Platiau.

Après le Barbour, vive le survêt'! Le très chic 16e arrondissement de Paris ne s’était jamais rêvé comme le cœur battant du sport français. C’est pourtant ce qu’il est en train de devenir, au risque de frôler la crise cardiaque.

En effet, le niveau des pulsations monte entre la Porte d’Auteuil et la Porte de Saint-Cloud, espace qui concentre à la fois le Parc des Princes, Roland-Garros, Pierre-de-Coubertin, Jean-Bouin et la piscine Molitor, avec à l’horizon les hippodromes d’Auteuil et de Longchamp.

Toutes ces installations sont en place depuis longtemps mais, pour nombre d’entre elles, elles ont été, sont en train d’être ou seront refaites ou toilettées à grands frais dans le cadre d’ambitions parfois pharaoniques. Un vrai chantier, c’est le cas de le dire, à la fois sur le plan pratique, dans une zone relativement restreinte et très résidentielle, mais aussi sur le plan judiciaire, alors que la campagne municipale pointe le bout de son nez —même si le 16e, qui a voté Nicolas Sarkozy à 78% en 2012, ne sera naturellement pas un enjeu de la compétition actuellement en cours entre Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet, dont les troupes (spoiler alert) y triompheront haut la main.

Rêves de grandeur des Qataris

Dans le détail, de quoi est-il question? Voilà quelques semaines, Bertrand Delanoë a inauguré le tout nouveau Stade Jean-Bouin, occupé par l’équipe du rugby du Stade Français.

Cette nouvelle enceinte de 20.000 places remplace l’ancienne, vétuste, avec l’érection de hautes tribunes qui n’existaient pas auparavant et remplissant ainsi une trouée dans le paysage urbain précédent. Sa construction, que certains estimaient illégitime dans la mesure où elle était entièrement financée par le contribuable parisien pour les besoins d’un club professionnel (pour une somme évaluée entre 150 et 200 millions d’euros,selon les sources), a été longtemps contestée par les riverains et, au fil du temps, a entraîné de nombreuses crispations dans le voisinage.

A l’ombre de Jean-Bouin se trouve l’imposant Parc des Princes, en cours de rafraîchissement dans la perspective de l’Euro 2016, mais les Qataris, propriétaires du PSG, le club résident, ne font pas mystère de leur insatisfaction quant à cet outil jugé trop petit pour les rêves de grandeur de leur club, avec ses 45.000 places.

Ils auraient aimé le faire passer à 60.000 places après l’Euro 2016, ce qui serait impossible selon l’architecte du stade, Roger Taillibert. Mais impossible est-il qatari? C’est ce que se demandent les habitants du coin, déjà sur les nerfs avec un autre projet d’agrandissement, celui de Roland-Garros.

En effet, dans le cadre de la modernisation et de l’élargissement de son site, le stade de tennis doit empiéter sur le territoire dédié aux serres classées d’Auteuil, près du Jardin des poètes, avec la construction d’un nouveau court de 5.000 places dans cette zone historique jusque-là protégée du béton, sans compter l’installation de nouveaux lieux marchands lors de la durée du tournoi de tennis.

Last but not least, la Fédération française de tennis (FFT), soutenue par la Mairie de Paris, a mis la main sur le stade Georges-Hébert, face à la sortie principale du métro Porte d’Auteuil, afin d’y installer son tout nouveau Centre national d’entraînement (CNE) ultra moderne qui, là aussi comme Jean-Bouin, bouchera un espace jusqu’alors vide de bâtiments, à la grande fureur des habitants des immeubles d’en face. La partie se dispute actuellement devant la justice entre la FFT et les opposants au projet. Les premiers coups de pioche pour le CNE doivent être donnés à la mi-novembre dans une ambiance que l’on annonce électrique.

Des élus pris entre deux feux

A un jet de pierre de là, la célèbre piscine Molitor, longtemps laissée à l’abandon, remonte elle à la surface de notre passé. Les ouvriers sont à l’œuvre depuis 2011 (8.000 m3 de gravats de démolition) pour faire revivre ce haut lieu du sport français qui devrait apparaître dans son nouvel éclat au début de l’année prochaine.

Seul ouf de soulagement pour les habitants du quartier: rien n’est prévu à Coubertin, même si les Qataris, propriétaires du PSG Handball, champion de France en titre, s’estiment évidemment bien trop à l’étroit dans cette petite salle qui ne répond pas à leurs objectifs de conquête européenne. Alors, on ne sait jamais…

Dans ce contexte frénétique de grands travaux qui pourraient laisser croire que le 16e prépare une candidature olympique à lui tout seul, les couteaux sont évidemment tirés entre une population parfois exaspérée, se plaignant notamment des embouteillages fréquents les jours de match à Jean-Bouin et au Parc des Princes (qui fait le plein désormais), des organisations sportives qui défendent leur pré carré et des élus locaux souvent pris entre deux feux.

Ces derniers sont coincés à la fois entre la nécessité de se complaire aux puissances sportives (et au poids intéressant de leurs impôts) et de répondre aux inquiétudes de la population. Sur ce dernier point, les édiles du 16e sont ainsi régulièrement pris à partie au sujet des scolaires qui ont été éjectés des stades Jean-Bouin et Georges-Hébert pour laisser la place au sport professionnel et relogés plus loin sur les pelouses d’Auteuil, toujours au frais de l’aimable contribuable.

«Autant de stades sur une bande de 350 m»

A la tête de la révolte, et actuellement en flèche sur le dossier de Roland-Garros, Agnès Popelin, présidente du collectif Auteuil-Les Princes, association membre d'Ile-de-France Environnement, ne décolère pas. «C’est une aberration dangereuse d’aligner autant de stades au cœur de la capitale sur une bande de 350m de long, remarque-t-elle. Rien ne s’y prête: l’étroitesse des rues, trois cités scolaires de 1.500 élèves chacune face à ces stades, l’absence de parkings et de moyens de transports supplémentaires. Aucune autre ville au monde n’a conçu une telle concentration d’enceintes sportives. Et comble de l’irrationnel, la Ville de Paris détruit trois stades omnisports dédiés au sport scolaire et associatif. 7.000 élèves et 50 associations sportives sont recasés sur des pelouses sportives aménagées au milieu des courses de chevaux en remplacement de leurs stades clos.»

Claude Goasguen, maire du 16e arrondissement, en lice pour être reconduit en 2014, fait lui contre mauvaise fortune bon cœur sur son terrain de sport municipal bien encombré. «Que cela pose quelques problèmes, je le conçois, dit-il. Mais les principales difficultés viennent surtout du Parc des Princes et je suis contre l’idée d’un agrandissement du stade, qui n’est d’ailleurs pas possible malgré le désir des Qataris. Je n’étais pas pour Jean-Bouin, mais Bertrand Delanoë est passé en force au mépris du contribuable parisien, qui n’a pas fini de payer la facture. Quant à Roland-Garros, je trouve le CNE inutile et j’ai demandé à Jean Gachassin [le président de la FFT, ndlr] de surseoir à sa construction malgré la délivrance du permis de construire. Ce ne serait pas raisonnable d’entamer les travaux et je le déconseille vivement.»

Le CNE de Roland-Garros a aussi fait l’objet d’une remarque de Nathalie Kosciusko-Morizet dans les colonnes de L’Equipe, jeudi 17 octobre:

«Nous demandons que les travaux de démolition du stade Georges-Hébert, qui peuvent commencer car la FFT a un permis de construire, ne soient pas engagés avant que les choses ne soient bien stabilisées au plan juridique, c'est-à-dire que l'on dispose d'une convention d'occupation du domaine public validée par le juge administratif. Par ailleurs, nous aurions voulu que la FFT accepte de réduire encore un peu (un étage) le bâtiment du CNE destiné à l'hébergement.»

Nocturnes de Roland-Garros

Les discussions et les recours ne sont pas donc épuisés dans un secteur géographique qui a aussi la particularité d’être inconfortablement desservi par le métro, la ligne 10 faisant une boucle qui ne repasse pas au retour par la Porte d’Auteuil.

Que se passera-t-il logistiquement quand Roland-Garros organisera des nocturnes, comme c’est prévu, et que les spectateurs de la session diurne et de la session nocturne se croiseront dans un inévitable magma humain? Comment le stade sera-t-il éclairé la nuit afin de permettre le départ des 15.000 personnes du central sans déranger les riverains tout proches, et jusqu’à quelle heure les matches seront-ils autorisés?

A ces questions, personne ne répond puisqu’elles n’ont pas été encore vraiment posées dans le débat public. Doux euphémisme: il y a encore beaucoup de «sport» à venir dans le 16e arrondissement…

Yannick Cochennec

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Journaliste
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