Un procès pour rien?
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Après les réquisitions de l'avocat général et les plaidoiries de la défense, les jurés se sont retirés, mercredi 8 juillet, pour délibérer. Ils devront prononcer les peines les «plus justes» à l'encontre des 27 accusés du rapt et de l'assassinat d'Ilan Halimi, ce jeune vendeur juif de téléphones portables à Paris. Le verdict est attendu vendredi dans la soirée ou samedi matin.
A l'encontre du principal accusé, Youssouf Fofana, l'avocat général a requis la peine maximale: l'emprisonnement à perpétuité avec 22 ans de sûreté. Pour les autres, les sanctions réclamées s'échelonnent entre 20 ans de prison pour les principaux lieutenants, une dizaine d'années pour les geôliers, et des peines plus légères pour les autres.
Pendant ces dix semaines de débats, nous nous sommes contentés de ramasser les miettes des débats qui se sont tenus à l'écart des regards extérieurs à cause des deux mineurs (au moment des faits) parmi les accusés.
C'est pour cela qu'il est d'autant plus difficile de tirer, à la veille du verdict, un premier bilan d'un procès pas comme les autres, un procès sur une affaire à la fois terriblement banale et exceptionnelle par sa fin tragique. Constatons seulement que :
1) En dix semaines d'audience, le débat à fonction «pédagogique» tant espéré par la famille d'Ilan Halimi sur cet nouvel antisémitisme des banlieues n'a pas eu lieu. Tant à cause du huis-clos que de la volonté de la plupart des avocats de la défense de réduire cette affaire aux agissements d'une bande de «petits voyous» qui se sont embarqués dans cette entreprise criminelle pour des motifs uniquement crapuleux.
A cela se sont ajoutées des manœuvres de diversion, visant notamment le travail de la police et celui de la presse, accusées tour à tour d'avoir fabriqué «l'affaire Ilan Halimi». Fidèle à sa réputation, l'avocat des parties civiles Me Francis Szpiner a bien tenté de porter le débat sur l'antisémitisme et l'omerta des banlieues à l'extérieur de la salle d'audience et il a été, parfois avec raison, vertement critiqué par ses pairs.
2) Le silence des banlieues, justement. Ce procès était aussi très attendu pour mettre un nom et une adresse aux deux complices de Jean-Christophe Soumbou, alias «Craps», qui l'auraient assisté dans les entreprises d'enlèvement commandités par Youssouf Fofana. Ces derniers n'ont jamais pu être identifiés par la police, et «Craps» qui s'est rendu de lui-même aux forces de l'ordre quelques semaines après la mort d'Ilan Halimi, s'est toujours refusé à les nommer. Trop dangereux, à la fois pour lui que pour sa famille, a-t-il expliqué.
Pendant le procès, il n'a pas bougé d'un iota, prenant le risqué d'être condamné à l'une des peines les plus lourdes (20 ans), plutôt que de livrer les noms de ces deux individus qui courent toujours. Or, selon certaines versions, leur rôle ne s'est peut-être pas limité à kidnapper Ilan Halimi...
Afin d'expliquer ce silence, ainsi que celui qui a accompagné les 24 jours de calvaire d'Ilan Halimi, certains avocats de la défense ont justement rappelé dans leur plaidoirie «la loi des cités selon laquelle on ne dénonce pas». Une loi contre laquelle la justice est restée impuissante.
3) Un procès d'assises, c'est aussi l'occasion pour les proches de la victime de se confronter aux accusés, de se replonger dans l'horreur des faits afin de comprendre ce qui s'est vraiment passé, dans les moindres détails fussent-ils les plus sordides. Un processus pénible et douloureux mais nécessaire pour commencer le travail de deuil et espérer trouver, un jour, la paix. Un procès d'assises, c'est aussi l'occasion d'entendre éventuellement des regrets et des excuses.
De ce point de vue-là, la famille d'Ilan Halimi ne peut être que terriblement déçue. Le principal accusé, fidèle à sa réputation, a multiplié les provocations et gagné le monopole de l'attention des médias. Que retiendra-t-on de ce procès dont les principaux points forts semblent correspondre aux facéties de Fofana? On dit de lui qu'il a «avoué» le meurtre d'Ilan Halimi, mais il ne s'agit, en fait, que d'une demie phrase prononcée du bout des lèvres après un mois de procès. «Oui, c'est moi que l'ai fait, vous savez bien que je l'ai fait». Une phrase qui exprimait davantage son agacement qu'autre chose. Et il a refusé de raconter ce qui s'est exactement passé la nuit du meurtre, un silence qui, ajouté à celui de «Craps», est un deuxième enfer pour les parties civiles.
Les autres prévenus ont, certes, exprimé à plusieurs reprises des regrets et des excuses à l'égard de la famille. Feints, sincères ou demandés par leurs avocats. Cela a-t-il pu soulager la douleur de la famille ? Plutôt que les regrets des deux mineurs, «Yalda» et «Zigo», respectivement l'appât et celui qui est accusé d'avoir le plus violenté l'otage «parce qu'il était juif», la mère d'Ilan Halimi aurait préféré qu'ils lèvent le huis-clos comme la loi les y autorise. Ils ont refusé.
4) Quelques jours avant le procès, Ruth Halimi avait expliqué qu'elle allait assister aux séances pour essayer de retrouver un peu «d'humanité» chez les ravisseurs de son fils. En grande partie grâce au travail de leurs défenseurs, c'est effectivement ce qui est le plus ressorti des rares comptes-rendus des audiences. Des jeunes gens paumés, à l'enfance difficile, malmenés par les flics, abandonnés par la société...
On s'est beaucoup attardé sur leurs conditions de détention, sur de possibles bavures policières, sur leur volonté de rompre avec le discours et l'attitude de leur caïd... Dans la foulée, certains des avocats ont demandé l'acquittement de leur client. En revanche, très peu a filtré sur l'étonnante facilité qu'ils avaient à commettre le mal et l'absence totale de remords, ou ne serait-ce que de questions, au moment des faits.
Alexandre Levy
(Photo: Les avocats de Fofana, devant le box des accusés, à l'ouverture du procès. Benoit Tessier / Reuters.)
Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être lire notre dossier sur le procès.
Mis à jour le 10/07/2009 à 19h19










































Verdicts rendus.
Soulagement : le "lynchage juridique" n'a pas eu lieu (merci de vous reporter à mon billet précédent) : les peines semblent proportionnées (équilibrées ?).
Tout de même : je note qu'un mineur au moment des faits a été condamné à 15 ans de prison.
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Dans un procès façonné par la nature du crime commis, le profil de la victime et ceux des accusés autant que par la personnalité de celui que la famille Halimi a choisi comme conseiller...
D'aucuns ont pu déplorer ce qui suit (Alexandre Lévy - auteur d'un ouvrage sur le dit "Gang des barbares"-, dans son article "Un procès pour rien" sur Slate.fr) : « Pendant ces dix semaines de débats, nous nous sommes contentés de ramasser les miettes des débats qui se sont tenus à l'écart des regards extérieurs ».
Même si l’on ne doit pas oublier les cas où la psychiatrie est sans aucun doute le meilleur outil qui soit pour ce qui relève de notre compréhension de ce qui a pu faire agir certains des coupables, et contrairement à ce que semble suggérer Monsieur Lévy, le huis clos aurait pu servir un procès dont l’ambition secondaire (la première étant d’établir des faits et des responsabilités) aurait été de nous offrir un éclairage sur une « Population » livrée à elle-même quant à la reconnaissance, dans les actes et les pensées, d’une moralité quelle qu’elle soit ; on peut penser que l'intimité de ce huis clos tant décrié, loin de la presse, de la foule et des aficionados des Cours d'assise, aurait pu favoriser la confession, provoquer une prise de conscience, faire émerger des moments propices à la réflexion et à l'introspection avec l'appui de la Cour et son savoir-faire…
Mais... il est sans doute vrai que c’eût été sans compter avec les comportements d’une partie des accusés et celui du représentant de la famille Halimi.
Quant à ce qui suit - toujours de Monsieur Lévy : « En dix semaines d'audience, le débat à fonction «pédagogique» tant espéré par la famille d'Ilan Halimi sur cet nouvel antisémitisme des banlieues n'a pas eu lieu. »
L’antisémitisme réel mais relatif « des banlieues » dans leur ensemble (et pas simplement l’antisémitisme supposé ou vérifié des coupables ; et à ce propos, je ne suis pas sûr que seuls les juifs aient été menacés par les agissements de ce gang) - sinon l’antisionisme -, c’est aussi et surtout de la politique. Or, une Cour d’assise ne saurait traiter de politique.
A moins que d’aucuns aient eu dans l’idée de saisir l’opportunité de ce procès pour faire, non seulement, le procès de l’antisémitisme des banlieues mais celui d'une grande partie de cette France issue de la culture arabo-musulmane.
On notera avec satisfaction que ce procès-là n’a pas eu lieu ; notre société - sinon, notre Pays -, en serait sortie plus affaiblie parce que… plus divisée et plus violente encore dans son ressentiment : ce qu'elle est déjà.
Quant à douter de la sincérité des regrets et des excuses des coupables (l'article de Monsieur Lévy ne nous épargnant rien)…
Pourquoi les remettre en cause ? Les leurs en particulier ! A cause des origines sociales et ethniques de ces remords et de ces excuses ?
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On peut être son pire ennemi : Me Szpiner aura été très certainement un empêchement majeur à l’émergence d’un procès qui ne soit pas qu’un « procès » dans sa tentative de lynchage juridique de 26 accusés.
Aujourd’hui, il persiste et signe : «Je regrette que la Cour ait fait preuve d'une particulière indulgence envers ceux qui ont assisté et aidé Youssouf Fofana ; j’appelle la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie à inviter le procureur général à interjeter appel du verdict en ce qui concerne notamment six geôliers d'Ilan et la jeune fille ayant servi d'appât »
Certes ! Qui n’essaie rien n’a rien…
Même si l’important, c’est que cette dernière tentative – quasi désespérée, semble-t-il -, échoue.
« Verdicts rendus » Oui mais ils ne sont pas définitifs donc la question est ouverte, pour l’état ou la défense, de faire appel de ce jugement. La partie civile est dans son rôle. Cela vous déplait. Soit. Elle utilise les micros pour faire passer son message. N'arrivent-ils pas aux avocats de la défense d'utiliser les médias? Votre expression "Lynchage juridique" est provocatrice. Le risque que vous soulevez n’existe pas en France. Les peines sont encadrés par la loi même si elle peuvent vous paraître sévère. Vous les estimez sur ce procès, équilibrées. On peut comprendre que les parties civiles ne partage pas votre avis. Vous donnez un exemple, 15 ans de prison pour quelqu’un qui a participé concrètement aux faits. Dans 4 ou 5 ans il pourra t-être libéré. On est loin du « lynchage ».
Le procès Papon a été filmé pour l'histoire, pour l'exemple. Le sujet n’est pas l’exemplarité de la peine mais celui du procès. Un procès peut servir à démonter le mécanisme ayant conduit aux faits et ainsi permettre de lutter contre la répétition. Pour moi la situation est exemplaire et marque une dérive. Comment dans un quartier, peut-on garder prisonnier un jeune homme aussi longtemps sans qu'il y ait de réaction en ayant autant de complicité? A la fin de ce procès je n'ai pas la réponse. Cela me trouble et je comprends que la famille de ce jeune homme en soit affectée. Si la société refuse de regarder ce problème, on est bien face à une lacheté là aussi exemplaire. Que cache ce retranchement derrière la loi, derrière le caractère technique du procès ? Tout le monde pourra dire:" je n'ai fait que mon devoir, j'ai appliqué la loi". Mais la loi offre une marge de liberté aux jurés, c'est de l'utilisation de cette liberté dont il est question. Le sens du procès, son message, est donné par l'utilisation de cette liberté. Des interrogations fondamentales sont en suspens? Quand le silence devient-il complice? Lorsque le père de l'un des accusés demande à une autre prévenue de se taire pour ne pas nuire à son fils, devient il complice ou pas? Comment se construit l'apathie d'une frange non négligeable de la population d'un quartier? Comment se construit l'apathie d'un pays à ne pas vouloir prendre à bras le corps ce problème? Vous considérez que ces questions n'avaient pas leur place dans ce procès? Mais quand pourra t-on les poser? Il ne faut pas stigmatiser des populations, classes sociales. Le problème n'est pas celui-ci. Le problème est de comprendre comment de tels évènements ont-ils pu se produire? Pourquoi aujourd'hui? Vous refusez d'aborder ces questions en préjugeant des réponses qui viendraient à mettre en question l'équilibre de la société. Mais vos propres préjugés ne sont pas absents de votre discours :
Parmi les accusés tous ne sont pas d’origine « Arabo-musulman » loin de là, ni d’ailleurs le principal accusé, voici un premier préjugé. Deuxième préjugé : La "culture" dont il est "issu" n’est pas antisémite, il n’est pas un héros dans son pays d’origine. Le mal est endogène à la société qui se construit aujourd’hui en France. Autre préjugé de votre part, vous laissez entendre que ces comportements pourraient relever de la psychiatrie ou être expliqué par la psychologie des prévenus. Un fait divers impliquant 1 à 4 ou 5 personnes pourrait se prêter à ce type d’explication, pas lorsque les prévenus sont 26, et, que d’autres personnes ont été à divers degrés averties des faits. On passe du fait divers au fait social.
Autre préjugé :« L’antisémitisme réel mais relatif « des banlieues » dans leur ensemble ….- sinon l’antisionisme -, c’est aussi et surtout de la politique. Or, une Cour d’assise ne saurait traiter de politique. » On pourrait presque terminer par CQFD. Il y a juste 2 petits problèmes . L’antisémitisme relatif je ne sais pas ce que c’est. Ensuite Fofana n’a pas enlevé Ilan à cause du conflit israelo-palestinien mais pour un préjugé plus ancien. C’est pour l’argent des juifs qu’il a été enlevé. On est ici dans l’antisémitisme crapuleux, celui de la première moitié du XX ème siècle en Europe. Cette renaissance, vous ne voulez pas la voir et vous voulez cloisonner le procès pour ne pas qu’elle apparaisse. Une cour d’assise ne traite pas de politique mais elle aurait pu servir d’alerte sur un problème réellement politique. Vous faîtes bien de la politique à travers ce procès, celle de l’autruche…
Cher iconoclaste,
Je peux comprendre tous les arguments que vous avancez ainsi que ceux de sergeuleski.
Ce sont deux visions qui s'affrontent : celle de ce procès, tel qu'il a eu lieu, et celle de ce qu'il aurait pu être.
Comme vous le dites :"la question est ouverte pour l'état ou pour la défense, de faire appel du jugement."
Par contre ce qui me semble être une dérive, c'est cet appel à manifester devant le ministère de la justice. Cet excès de zèle communautaire me paraît inopportun et sera sans doute contre-productif.
Très cordialement.
Chère Marianne,
Permettez moi d’être en désaccord avec votre point de vue sur la dérive éventuelle que représenterait la manifestation de lundi soir. Lorsque les institutions juives appelle à manifester pour soutenir la politique de l’état hébreu, je considère que c’est une dérive dangereuse pour notre société. Le risque d’importation du conflit israelo-palestinien est grand. Mais sur un problème Franco-Français, dans une affaire dont le caractère antisémite a été reconnu par l’état, la communauté juive a le droit de manifester sa désapprobation du délibéré d’un procès susceptible de faire l’objet d’un appel. Si on ne veut pas qu’elle manifeste sur des sujets liés à Israel, et sur des sujets concernant la situation des juifs en France, pour ne pas attiser les antagonistes, il faut lui demander de se taire. Si les populations d’origine Arabes ou noires décidaient de manifester contre les interpellations sélectives dont elles font l’objet, de la part de la police, je trouverais cela légitime. Il ne faut pas, sous prétexte de lutter contre le communautarisme, empêcher les minorités qui subissent des discriminations ou des violences de défendre leur droit auprès des pouvoirs publics. Certains combats méritent d’être menés même s’ils ne sont pas générateurs de consensus. Mais lorsque des combats légitimes trouvent une issue positive, alors, la société s’en trouve renforcée.
Cordialement.