France

Manuel Valls parviendra-t-il à endiguer la violence en Guadeloupe?

Harry Eliezer, mis à jour le 17.10.2013 à 9 h 11

38 homicides en un an. Pointe-à-Pitre plus meurtrière que Marseille. Les statistiques font mal à l'île et à son attractivité touristique, où le ministre de l'Intérieur se rend les 17 et 18 octobre. Pourtant, il faut voir au-delà des chiffres pour tenter de comprendre et trouver des solutions.

Une manifestation contre la violence à Petit-Bourg, en juin 2013. AFP PHOTO / EDDY NEDELKOVSKI

Une manifestation contre la violence à Petit-Bourg, en juin 2013. AFP PHOTO / EDDY NEDELKOVSKI

En Guadeloupe, les histoires commencent souvent par cette expression: «Antan lontan»[1]. Une formule que les grands parents et les conteurs aiment à utiliser pour asseoir leur récit et captiver l’attention et l’imagination de leur auditoire. Antan lontan renvoie à une époque lointaine que le conteur –même très âgé– a rarement connue.

Antan lontan donc, bien avant que Christophe Colomb ne pose un pied en Amérique, un petit peuple d’Amérindiens voguant d’île en île s’est installé sur celle que nous nommons aujourd’hui Guadeloupe. Ce peuple, les Caraïbes, émerveillé par la beauté des plages de ce lieu paradisiaque, la baptisa Karukera: «L’île aux belles eaux». Mais depuis quelques années, la folie rôde sur Karukera, où une partie de la population est en train de transformer les belles eaux en mares de sang.

Certes, la Guadeloupe n’est pas un coupe-gorge où les habitants craignent pour leur vie à tout coin de rue, et il serait dommage de réduire cet archipel à la violence dont elle est elle-même victime. Toutefois, la situation est suffisamment préoccupante pour attirer l’attention des Français métropolitains et celle du ministre Manuel Valls en particulier, à qui Josette Borel-Lincertin, présidente socialiste de la région, avait écrit dès le mois de juin.

De quoi parle-t-on? Au 1er septembre 2013, l’île dénombrait déjà 37 homicides volontaires, principalement des jeunes. A titre de comparaison et pour la même période, Marseille comptait 15 victimes. Le 4 octobre, le président de chambre à la cour d'appel de Basse-Terre, Bernard Pierre[2], remarquait «qu’aucun meurtre n’est à déplorer depuis cette date». Une trêve que l’on doit davantage à la chance qu’à une conversion soudaine de la population aux thèses non-violentes de Gandhi. Il n'y a qu'à dresser la liste des faits divers:

  • Le 6 septembre, une automobiliste est rouée de coups et grièvement blessée pour avoir klaxonné et égratigné un 4x4 stationné en plein milieu de la chaussée.
  • Le 8 septembre, un homme de 32 ans est blessé grièvement à coup de sabre. Son agresseur, un restaurateur, ne voulait pas de lui dans son restaurant.
  • Le 16 septembre, un groupe de jeunes est assis à un croisement quand une voiture surgit et tire deux coups de feu. L'un des jeunes, âgé de 23 ans, est touché au niveau du thorax. Son pronostic vital est engagé.
  • Le 16 septembre, un homme de 62 ans, ivre, tire avec sa carabine à plomb et touche (à la cheville et au mollet pour l'un et au pied pour l'autre) deux hommes de 36 ans et 57 ans. Le tireur présumé est l'oncle de l'une des victimes. Un différend, de longue date, serait à l'origine du coup de feu.
  • Le 21 septembre, Richardson Petit, un footballeur de l’équipe du Moule est pris à partie par un groupe de jeunes. Il est roué de coups et l’un d’eux, âgé de 17 ans lui assène plusieurs coups de tournevis au cou, au ventre, au dos et aux côtes. Grièvement blessé, ses jours ne sont pas en danger.
  • Le 26 septembre au soir, à Capesterre-Belle-Eau, des coups de feu sont tirés, dans le bourg. La cible est un homme qui venait de sortir de prison. Aucun blessé n'est à déplorer.
  • Le 27 septembre, un homme de 67 ans est blessé par des plombs au bras et à l'abdomen. C'est son voisin, un homme de 74 ans, qui lui a tiré dessus. C’est une histoire de loyers impayés et de poulailler gênant qui aurait dégénéré.
  • Le 27 septembre au soir, un jeune homme de 21 ans est découvert avec de multiples impacts de plombs sur le corps. Il est évacué conscient au CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes.

Et puis est arrivé le 7 octobre. L’alcool coule à flot quand une violente dispute éclate entre deux hommes qui se connaissent depuis l'enfance. Après que l’un a été récupérer son arme à feu, l'autre, probablement inconscient du danger, tente de se défendre avec un tesson de bouteille. Un coup est tiré et atteint la victime, âgée de 38 ans, en pleine tête, portant donc à 38 le nombre d'homicides en Guadeloupe cette année.

Il ne faut néanmoins pas confondre Pointe-à-Pitre et Marseille. Pas de crime organisé sur l’archipel. Et s’il peut exister des affrontements entre jeunes, ceux-ci ont peu à voir avec les guerres de gangs américains. Errol Nuissier, psychologue clinicien expert près la cour d’appel de Basse-Terre, les définit comme des groupes d’ados ou de jeunes adultes unis par une difficulté commune.

«Face aux obstacles à l’intégration sociale, aux souffrances liées à la construction de l’identité ou à la violence dans les familles, ils ont décidé de vivre dans des groupes marginaux. En 2007, le choix a été fait de privilégier la répression plutôt que l’éducation. Ainsi, les gens en défaillance de repères sociaux se sont agglomérés pour former des clans. C’est plus un clan pour essayer de vivre et survivre ensemble que des gangs

Selon le juge Bernard Pierre, la violence des jeunes est sans aucun doute liée à la consommation de stupéfiants –cocaïne ou crack:

«Avec le crack, pour 10 euros vous avez de quoi vous shooter pendant quelques jours. Ce sont des sommes faciles à réunir. On agresse quatre ou cinq personnes et c’est fait.»

Toutefois, l’essentiel des meurtres commis est le résultat de querelles qui tournent mal ou de violences intrafamiliales. «Ici le simple fait de jeter un regard peut entraîner la mort», déplore le juge. Des homicides, mais aussi des braquages et des violences de toutes sortes, qui, contrairement à ceux de la capitale provençale, semblent passer inaperçus sur le territoire métropolitain. D’où le coup de gueule du procureur de la République de Pointe-à-Pitre, Guy Etienne, dans le journal France-Antilles:

«Je regrette que les médias nationaux restent muets sur le sujet. Au moindre petit fait commis dans le Sud de la France, ils se déplacent, entraînant dans leur sillage nombre de ministres. Au final, beaucoup de citoyens métropolitains ne sont pas informés de la situation que nous vivons […] En ce moment, c’est silence on tue!»

Des armes au paradis

Comment la violence et la délinquance ont-elles pu contaminer une île paradisiaque? Marie-Hélène Jacoby-Koaly[3], socio-anthropologue, se souvient: 

«Quand j’étais jeune, la Guadeloupe était un petit paradis, les portes des maisons restaient ouvertes. On pouvait aller au bourg de la commune et revenir sans se faire cambrioler. […] On disait ‘’les Guadeloupéens ont le sang chaud’’ mais c’était toujours d’un point de vue verbal.»

De son côté, Errol Nuissier se rappelle que, «dans le temps, l’arme arrivait en dernier ressort. [...] Elle n’était employée que si l’adversaire était plus fort. Elle permettait un combat d’égal à égal. On était dans le rituel». Seulement, aujourd’hui, on est sorti du cadre rituel et certains profitent de la moindre altercation pour en découdre une arme au poing. Ce qui pousse la socio-anthropologue guadeloupéenne à faire ce constat amer:

«La violence s’est installée sournoisement. A l’époque, on parlait de violence conjugale, aujourd’hui elle s’est déplacée surtout au niveau des jeunes. […] Une génération bien précise est touchée, les jeunes s’entretuent. Mais d’où viennent les armes?»

Cette question, tout le monde se la pose, mais personne n’est vraiment dupe. A l’instar de Jean-Luc Beck, avocat général près la cour d’appel de Basse-Terre, tout le monde, plus ou moins, connaît leur origine:

«Les armes sont en provenance de l’île de la Dominique. Ce sont toujours des fusils de chasse voire des fusils à canon scié.»

Dans la mesure où, dans l’archipel, on a toujours plus pêché que chassé, que jusqu’à nouvel ordre on prend plus de poisson avec un filet qu’avec un fusil, que le chevreuil, le sanglier sont assez rares dans ces contrées, comment expliquer l’engouement de la population pour ce type d’arme?

«Il y a des fusils partout, déplore le juge Bernard Pierre, lors d’une récente opération de contrôle routier, on a récupéré 60 armes en l’espace de quelques heures.»

Le rapport du Grip le confirme, la détention d’armes multiplie les risques de «morts  prématurées». La situation est à ce point préoccupante que le 13 septembre, la préfecture a lancé une grande campagne médiatique de lutte contre la circulation des armes en Guadeloupe.

Cette campagne comportera une phase de «sensibilisation/avertissement» avec diffusion de supports médiatiques, une phase de «prévention» durant laquelle les personnes détenant illégalement des armes pourront les déposer à la gendarmerie ou à la police sans crainte d’être poursuivies par l’autorité judiciaire du chef de détention illégale d’armes, et une phase de «répression»  avec renforcement des contrôles.  

Toutefois, la confiscation des armes ne suffira pas à elle seule à résoudre le problème. Le nombre important de meurtres et de braquages à main armée est aussi la conséquence d’un problème de fond qu’il est important d’examiner attentivement si l’on veut lui apporter des réponses efficaces.

Comprendre le problème

C'est aussi le travail qu’effectue la justice afin de mieux adapter les peines. Mais pour les magistrats, souvent métropolitains, le nœud semble assez difficile à démêler. «Il n’y a pas d’explication raisonnable, les psys parlent d’intolérance à la frustration», nous dit le juge Bernard Pierre. Une explication parmi tant d’autres car là encore l’esclavage refait surface.

Ce qui n’est pas surprenant étant donné que les sociétés antillaises ont été fondées sur la «colonisation esclavagiste racialisée» telle que la nomme la psychanalyste martiniquaise Jeanne Wiltord et qu’elles en subissent encore les méfaits. La difficulté que rencontrent les Guadeloupéens, mais aussi les Antillais et Guyanais dans leur ensemble, à regarder cette histoire coloniale autrement que dans sa dimension traumatique, à l’assimiler une fois pour toute pour construire une société différente, fondée sur des rapports sociaux différents, contribuerait à expliquer en partie le comportement de certains individus.

Sur ce point Jeanne Wiltord écrit[4]:

«La psychanalyse nous apprend que seule la parole nous donne la possibilité de nouer des relations sociales pacifiées. […] Comment peut se nouer un lien pacifié dans une société qui s’est construite à partir des silences et des dénis qu’elle continue d’entretenir sur l’Histoire qui l’a structurée? […] Assez rapidement, la fonction de médiation du langage peut se trouver littéralement éjectée de la relation et sans s’en rendre compte, les interlocuteurs basculent dans une relation imaginaire. Ils se retrouvent face à face, l’un contre l’autre,  dans un affrontement où enjeux personnels et rivalité imaginaire prennent le dessus et empêchent d’entendre ce que DIT l’autre. Violences verbales, injures, coups (parfois mortels) sont les seules “issues” de cette relation devenue une impasse.»

Errol Nuissier, quant à lui, ne remonte pas si loin en arrière et veut voir dans le mouvement du LKP en 2009[5] l’origine de la période sanguinaire que connaît l’île aujourd’hui:

«J’aimerais qu’on m’explique comment nous sommes passés de la 4e à la 1re place en termes d’homicides commis, entre 2008 et 2010[6]. En 2009, toute pensée différente était proscrite, ce qui entraîne dans un système en crise un passage à l’acte direct […] Ce mouvement a développé l’intolérance au détriment de certaines valeurs et du respect de l’autre. Il a conduit à décrédibiliser les élus, les chefs d’entreprise, les autorités représentatives de ce pays. La différence entre 2009 et avant, c’est qu’avant, si tu voulais une belle voiture, on te disait ‘’travaille’’. En 2009, on a dit que ceux qui avaient des biens, des entreprises, étaient des voleurs. Nous sommes devenus étrangers à nous-mêmes et aussi ennemis de nous-mêmes.»

Quand on lui demande son avis sur cette position, Jean-Luc Beck, avocat général près la cour d’appel de Basse-Terre répond:

«Pourquoi pas? Le mouvement a duré 40 jours durant lesquels une frange de la jeunesse a pu avoir un sentiment d’impunité.»

Toutefois, la socio-anthropologue Marie-Hélène Jacoby-Koaly ne souscrit pas à cette analyse:

«Je ne suis pas de [l']avis [d’Errol Nuissier]. Pour comprendre, on peut remonter à l’époque de l’esclavage et du rapport dominant-dominé […] et puis la circulation d’armes est un phénomène récent. Il n’existe que depuis 2011[7]. Le LKP a peut-être joué un rôle dans le sens de l’éveil des consciences, lequel éveil a eu pour conséquence de développer un sentiment de frustration plus aigu.»

De son côté, Elie Domota, porte-parole du LKP, refuse de s’étendre sur les propos du psychologue guadeloupéen qu’il qualifie de «psychologie de comptoir» et attire l’attention sur le manque de perspectives que la société guadeloupéenne offre à sa jeunesse. Le juge Bernard Pierre constate lui aussi qu’on trouve sur l’île «des jeunes désœuvrés en très grand nombre».

Un regard partagé par l’avocat général Jean-Luc Beck:

«Le problème de la jeunesse, c’est la désespérance. La part de jeunes sans débouchés est plus grande ici qu’en métropole. Par ailleurs, la famille se délite de plus en plus et l’on est dans un système de consommation à outrance.»

Pour sa part, Marie-Hélène Jacoby-Koaly pointe tour à tour un système incapable de récompenser ses jeunes les plus méritants, l’influence de la télévision et une société qui a perdu ses valeurs:

«Le problème de l’emploi touche toutes les couches de la société. Les jeunes doivent s’inscrire au RSA alors qu’ils sont diplômés. On fait régulièrement référence aux jeunes sans éducation mais souvent, dans les gangs, on trouve des jeunes éduqués. Le RSA est un assistanat que refusent certains d’entre eux. On accorde aux étudiants un prêt, mais même diplômés, ils ne travaillent pas. Que font-ils de cette dette? D’autre part, les médias transmettent la violence mais ne montrent pas au jeune ce qui l’attend s’il est emprisonné. Il y a une banalisation de la violence, voire du meurtre. Aujourd’hui, la télévision a pris la place du conte qu’on racontait traditionnellement aux enfants dans les années 1950 à 1970. Ces moments où l’on racontait aux enfants des histoires qui font peur n’existent plus; or, dans la mesure où ces contes s’achevaient sans solution précise, c’était à l’enfant de les terminer à sa guise et de tirer lui-même la leçon qui en découlait. Par exemple, je dois respecter untel parce que... Enfin, on constate une perte des solidarités. Avant, elles se traduisaient par le fait de se passer des petits plats mais aussi par le fait de veiller sur les enfants d’autrui. Quand on voyait un jeune partir à la dérive, on intervenait ou on parlait à ses parents. Il y a un bouleversement qui s’est opéré dans le lien intergénérationnel quelle que soit la classe sociale.»

Là encore, l’expert près la cour d’appel de Basse-Terre manifeste sa singularité. Selon lui, «on associe faussement les violences aux difficultés économiques. Les gens qui font des vols avec arme ne recherchent pas du travail, ce n’est d’ailleurs pas spécifique à la Guadeloupe, ils veulent simplement gagner beaucoup et très vite en prenant beaucoup de risques. Ils cherchent à satisfaire des besoins à court terme». Cependant, Errol Nuissier affirme: 

«L’implication des politiques est un élément essentiel dans l’augmentation de la violence. La commune du Moule a repensé son développement autour de son port. Le résultat est que la délinquance a diminué tandis que Capesterre-Belle-Eau n’a pas su trouver de projet économique. A l’époque de Lacavé[8], c’était une ville en pointe puis, après la canne à sucre, il n’y a plus rien eu.»

Ce qui finalement revient à admettre que la prospérité économique a une influence sur le niveau général de la délinquance.

Quelles solutions?

A l’instar des enfants face aux contes antillais, les acteurs de la société guadeloupéenne se doivent de trouver eux-mêmes une solution efficace au problème de la violence qui gangrène l’archipel. D’autant que tout ce qui a été entrepris dans le domaine ne semble pas avoir porté les fruits attendus. Un état de fait face auquel Jean-Luc Beck fait preuve de lucidité:

«A partir du moment où l’on fait tout ce que l’on peut et que la délinquance continue d’augmenter, on est en droit d’avoir quelques états d’âme.»

Toutefois, loin d’être démobilisé, l’avocat général veut encourager la société entière à s’emparer du problème:

«Jusqu’à présent en Guadeloupe, on a toujours considéré que la réponse à apporter à la délinquance était la répression, point barre. Mais ça ne marche pas. La sécurité, c’est l’affaire de tous, ce n’est plus seulement l’affaire de la police et de la justice.»

Les tribunaux guadeloupéens sont arrivés au maximum de leur capacité et seront très vite saturés sans l’aide de l’état mais aussi des citoyens eux-mêmes:

«On a du mal à faire face, reconnaît Jean-Luc Beck, on est obligé de prioriser. Les assises sont saturées avec les meurtres. On ne passe plus de vols à main armé en assises et certains viols non plus. Ils sont requalifiés en vols avec violence, vols aggravés, vols en réunion, afin de passer en correctionnelle.»

Le juge Bernard Pierre s’inquiète lui aussi:

«Nous sommes sur une île de 400.000 habitants et les assises fonctionnent toute l’année sans interruption, nous avons deux magistrats à plein temps sur ces affaires. Même dans des villes comme Toulouse ou Marseille, il y a plusieurs cessions par an.»

Puis, comme pour renforcer l’idée que le tout répressif a ses limites, il ajoute:

«Renforcer les forces de police est important, mais des bateaux arrivent tous les jours de la Dominique chargés d’armes et de stupéfiants. On ne peut pas contrôler toutes les plages. Il faudrait une politique globale pour que la drogue n’arrive pas.»

Des rencontres ont lieu avec les gouvernements dominiquais et barbadien pour stopper l’afflux de crack, mais la mise en œuvre d’une politique commune s’avère très difficile.

Ainsi la société guadeloupéenne doit faire son travail et cesser de produire des désœuvrés en aussi grand nombre. Marie-Hélène Jacoby-Koaly propose qu’on améliore la formation des jeunes:

«Je pense qu’il manque un aspect juridique dans les formations professionnelles pour enseigner aux jeunes leurs droits mais aussi leurs obligations face au travail. D’autre part, les formations doivent être plus souvent pensées sous forme de tutorat. Cela aura pour conséquence de resserrer les liens intergénérationnels et d’éviter certains clivages.»

Pour elle, «ce phénomène de violence peut nous ramener vers un mieux vivre avec les autres». Le psychologue Errol Nuissier, qui estime également que «la violence n’est pas inéluctable. Il faut repenser la notion de vivre ensemble», fait plusieurs propositions:

«Il faut rappeler que la différence est une richesse. Il est important de rétablir le cadre: chacun doit être sanctionné ou aidé de manière juste. On doit aller vers l’excellence. Qu’on arrête de dire que c’est la faute des autres si on n’y arrive pas. L’Etat français doit être présent en Guadeloupe. Il n’est pas normal que des membres du gouvernement aillent à Marseille quand il y a des morts et qu’il se contente d’envoyer 75 gendarmes en Guadeloupe. Il faut changer les mentalités. Acceptons que, parfois, la prison soit la seule solution pour les jeunes dont la norme n’est pas de travailler. La question de l’effort est importante. Il faut rétablir la méritocratie.»

Toutefois, reste le problème majeur de Guadeloupe: le chômage et le manque de perspective qu’il crée chez toute une frange de la société guadeloupéenne. Un taux de chômage qui atteint près de 46% chez les moins de 30 ans[9]. Il y a fort à parier malheureusement que le passage éclair du ministre de l’Intérieur jeudi 17 et vendredi 18 octobre ne change pas la donne à ce niveau.

Harry Eliezer


[1] Au temps jadis. Retourner à l'article

[2] Membre du syndicat de la magistrature. Retourner à l'article

[3] Et conseillère municipale de la ville des Abymes. Retourner à l'article

[4] Dans Les békés: maîtres et père? Texte de la conférence tenue par Jeanne Wiltord le 14 juillet 2010 à Fort-de-France. Retourner à l'article

[5] LKP ou Liyannaj Kont Pwofitasyon («Collectif contre l'exploitation outrancière» en français), est un collectif guadeloupéen regroupant une cinquantaine d'organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles. Il est à l'origine de la grève générale qui a touché l'île entre le 20 janvier et le 4 mars 2009. Retourner à l'article

[6] Nous n’avons pas trouvé de statistiques confirmant ce classement. Retourner à l'article

[7] Information que nous n’avons pas pu vérifier. Retourner à l'article

[8] Paul Lacavé, maire de la commune de Capesterre-Belle-Eau de 1945 à 1976 et député de 1967 à 1973 pour le Parti communiste guadeloupéen. Retourner à l'article

[9] Chiffres au 31 décembre 2012. Retourner à l'article

Harry Eliezer
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