Comment le coton et les satellites vous ont sauvé la vie

Découvrez dix innovations et personnes méconnues qui ont contribué à l'allongement de l'espérance de vie.

Dans un champ de coton en Californie, le 24 novembre 2012. REUTERS/Randall Hill.

- Dans un champ de coton en Californie, le 24 novembre 2012. REUTERS/Randall Hill. -

Cet article est le quatrième de notre série en six épisodes «Longue vie». A lire également: 1. Comment seriez-vous mort il y a cent ans? 2. La honteuse histoire de la mortalité maternelle 3. Pourquoi vous êtes encore en vie 5. L'invention des personnes âgées au Paléolithique a rendu notre monde meilleur 6. Où s'arrêtera l'allongement de l'espérance de vie?

Aux États-Unis comme en France, l'espérance de vie a doublé au cours des 150 dernières années. Ce changement vraiment formidable dans notre rapport à la vie et à la mort est une chose que nous avons tendance à prendre pour argent comptant.

Quand nous nous penchons sur les raisons qui font que nous sommes toujours en vie, certaines raisons évidentes nous viennent à l’esprit, comme les vaccins, les antibiotiques, l’eau potable, et les médicaments pour lutter contre les maladies du cœur ou le cancer. Mais le monde est plein d’idées, d’innovations et de personnes dont on ne parle pas assez, et qui sauvent des vies.

Veuillez applaudir, s’il vous plaît, ces quelques raisons étonnantes, dans le désordre, qui font que les populations vivent plus longtemps et sont en meilleure santé qu’avant.

LE COTON

Une des grandes causes de mortalité dans l’histoire de l’homme a été le typhus, une maladie bactérienne qui se transmettait par les poux. Il a vaincu l’armée de Napoléon; si l’Ouverture 1812 de Tchaikovsky était historiquement correcte, elle comporterait moins de tirs de canon et davantage d’arthropodes qui grignotent.

La laine était le principal tissu d’habillement avant l’arrivée du coton. Le coton est plus facile à nettoyer, et moins prisé des parasites.

LES SATELLITES

En 1900, un ouragan dévasta la ville de Galveston, au Texas. Il causa la mort de 8.000 personnes, devenant ainsi l’ouragan le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis. En 2008, l’ouragan Ike s’est abattu sur Galveston. Ses vents étaient moins forts qu’en 1900 à son passage sur le continent, mais ses rafales étaient plus fortes, et c’est souvent ce qui tue.

Cette fois, on a pu le prévoir, grâce à un réseau de satellites qui surveillent la Terre et à des décennies de prévisions toujours plus précises des tempêtes. Plus de 100 personnes ont trouvé la mort, mais plus d’un million ont évacué les zones de basse terre et ont survécu.

LE FLUORURE

Il y a eu des tas de façons terribles de mourir avant le milieu du XXe siècle, mais mourir d’un abcès dentaire figurait parmi les pires —une infection lente et douloureuse qui vous empêche de vous nourrir, vous donne la migraine en permanence, et finit par vous tuer après que l’infection s’est répandue dans tout le corps. De nos jours, les décès sont rares de cette manière, grâce aux soins dentaires modernes, à la brosse à dents et à l’eau fluorée.

LA MOUSTIQUAIRE

Les mouches sont très énervantes aujourd'hui, mais étaient à une autre époque l’un des principaux vecteurs de maladies diarrhéiques. L’eau potable et le traitement des eaux usées ont éliminé la majorité des moyens de transmission de ces maladies, mais ces sales mouches ont continué de répandre leurs microbes mortels. Selon le chercheur James Riley, dans Rising Life Expectancy : A Global History, l’aversion grandissante pour les insectes dans les années 1920 dans le monde et l’introduction de moustiquaires ont permis de réduire ce risque de contamination.

LA DÉCOUVERTE DE NOS IDÉES INCONSCIENTES

Nous faisons confiance aux essais cliniques en double aveugle, qui utilisent des placebos pour nous dire quel traitement fonctionne vraiment. Il y a une raison à cela: nous savons très bien que nous ne pouvons avoir aucune confiance en notre propre jugement.

Si vous prenez une pilule quelconque en pensant qu’elle agira sur vos symptômes, elle fonctionnera —c’est l’effet placebo. Si vous pensez que le médicament aura des effets secondaires, ce sera le cas —c’est l’effet nocebo.

Si vous êtes clinicien et que vous croyez administrer un vrai médicament, vous enverrez toutes sortes de signaux inconscients pour faire comprendre au patient que le traitement sera efficace. Si vous avez eu des retours sur un traitement, vous aurez tendance à prêter attention à ce qui confirme ce que vous pensiez, plutôt que les cas qui vous obligent à revoir votre hypothèse de départ.

Quand on analyse des données, il est très facile de voir les résultats de façon à ce qu’ils correspondent à nos attentes. Les essais en double aveugle passent outre ces idées préconçues en empêchant le patient comme le médecin de savoir si un médicament testé est vrai ou si c’est un placebo.

LA CLIMATISATION

Comme mon confrère Dan Engber l’a fait remarquer l’été dernier dans une ode à la clim’ en deux parties, la chaleur peut tuer, et nous n’y pensons pas assez. En 1995, une vague de chaleur a causé la mort de 700 personnes à Chicago en l’espace d’une semaine.

Les services météorologiques des Etats-Unis lancent des alertes aux vagues de chaleur, et les villes ont commencé à créer des espaces climatisés pour les gens qui auraient trop chaud chez eux. Une récente étude a démontré que depuis 1960, le taux de mortalité par fortes chaleurs avait baissé de 80% grâce à l’air conditionné.

LES HABITANTS DE FRAMINGHAM, MASSACHUSETTS

En 1948, des chercheurs ont inscrit plus de 5.000 adultes de cette ville pour une étude à long terme des maladies du cœur. Personne ne se doutait que ce long terme serait aussi long —l’étude est encore en cours et comprend maintenant les enfants et les petits-enfants du panel de départ.

Cette étude nous a appris la plupart des choses que l’on sait sur les maladies cardiaques. Avant cela, on croyait qu’une tension artérielle élevée était signe de bonne santé; on sait aujourd’hui que c’est un facteur de risque pour les crises cardiaques et les accidents vasculaires. Grâce à la générosité et à l’implication des volontaires de Framingham et ceux d’autres études, on connaît les dangers d’un taux de cholestérol élevé, ceux de l’obésité, de l’inactivité et de la cigarette.

LA PASTEURISATION

Cet exemple devrait être une évidence, au même titre que le lavage des mains et une alimentation saine. Mais la montée du mouvement pour le lait cru nous a prouvé que beaucoup de gens s’imaginent que les produits laitiers sont naturellement sains.

Le lait contaminé était l’une des principales causes de mortalité infantile, car il transmettait la fièvre typhoïde, la scarlatine, la diphtérie, la tuberculose ainsi que d’autres maladies. L’une des campagnes de santé publique les plus efficaces fut celle de la fin XIXe-début XXe siècle, qui vantait les mérites du lait pasteurisé —une campagne qui a tellement bien marché qu’on a oublié à quel point le lait peut être mortel.

LES CHAUSSURES

Les ankylostomes sont des parasites qui s’introduisent dans le corps humain lorsque l’on est pieds nus —souvent par morsure dans la peau tendre entre les orteils (ça fait froid dans le dos). Cette maladie était par exemple très répandue dans le Sud-est des États-Unis, et se transmettait quand les gens marchaient pieds nus sur un sol déjà contaminé par les excréments de personnes malades. Les campagnes de sensibilisation lancées au début du XXe siècle ont encouragé les gens à construire des toilettes extérieures et à porter des chaussures.

LA BONTÉ

Daniel Dennett, philosophe, a eu une révélation après avoir subi une intervention chirurgicale d’urgence il y a quelques années. Cette révélation n’avait rien de religieux —au lieu de remercier Dieu, il a compris qu’il devait remercier l’humanité pour sa bonté:

«Envers qui dois-je être reconnaissant? Envers le cardiologue qui me permet de continuer à vivre... les chirurgiens, les neurologues, les anesthésistes et l’homme qui m’a perfusé, qui a maintenu mon corps en vie pendant des heures dans des circonstances terribles. Envers la dizaine, ou presque, d’assistants médicaux, et envers les infirmières, les kinés, les radiologues, la petite armée de phlébotomistes si habiles qu’on remarque à peine qu’ils vous font une prise de sang, et le personnel qui m’amenait mes repas, et nettoyait ma chambre...

Je me souviens avec gratitude de feu mon ami et collègue de l’université Tufts, le physicien Allan Cormack, qui a partagé un prix Nobel pour son invention du scanner. Allan, tu as, à titre posthume, sauvé une vie de plus, mais qui compte ces vies sauvées? Le monde se porte mieux grâce au travail que tu as accompli. Merci pour cette bonté.

Et puis il y a tout ce qui constitue la médecine, la science et la technologie... Alors, je suis reconnaissant envers les comités de rédaction et les consultants, passés et présents, des publications Science, Nature, Journal of the American Medical Association, Lancet et toutes les autres institutions scientifiques et médicales qui n’arrêtent jamais de faire des avancées, ni de détecter et de corriger les failles.»

Ce n’est qu’un condensé du nombre incalculable de façons dont certains ont rendu la vie plus sûre, plus saine, moins douloureuse —et plus longue— qu’on ne l’aurait imaginé il y a quelques siècles. Merci pour cette bonté.

Laura Helmuth

Traduit et adapté par Anthyme Brancquart

L'article initialement publié en anglais contenait quatorze exemples, dont nous n'en avons retenu que dix. Les quatre exemples supprimés, les plus centrés sur les Etats-Unis (les vaches, les règles introduites par le gouvernement américain, les catadioptres de Botts et le bulletin hebdomadaire de morbidité et de mortalité), peuvent être lus ici.

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L'AUTEUR
Journaliste à Slate.com Ses articles
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Publié le 26/10/2013
Mis à jour le 26/10/2013 à 10h25
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