Peine maximale pour Fofana, regrets pour la famille d'Ilan Halimi
Notre dossier sur le procès du gang des barbares, après le verdict.
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La cour d'assises des mineurs de Paris a condamné vendredi soir Youssouf Fofana à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une mesure de sûreté de 22 ans, pour avoir enlevé, sequestré et torturé à mort Ilan Halimi. La peine est conforme aux réquisitions du ministère public. A l'annonce du verdict, le chef du gang des barbares a tapé dans ses mains, comme pour mimer des applaudissements.
Contre les 26 autres accusés, la cour a prononcé deux acquittements et des peines allant de six mois de prison avec sursis jusqu'à 18 ans de réclusion. Emma, la jeune fille qui avait servi de rabatteuse, mineure au moment des faits, 21 ans aujourd'hui, a été condamnée à neuf ans de prison. Les deux principaux complices, Samir Aït Abdelmalek, 30 ans, et Jean-Christophe Soumbou, 23 ans, sont condamnés à 15 et 18 ans de réclusion. Un troisième homme, mineur à l'époque des faits, a également pris 15 ans de réclusion.
«Je regrette que la Cour ait fait preuve d'une particulière indulgence envers ceux qui ont assisté et aidé Youssouf Fofana», a déclaré l'avocat de la mère d'Ilan Halimi, Me Szpiner, appelant la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie «à inviter le procureur général à interjeter appel du verdict en ce qui concerne» notamment six geôliers d'Ilan et la jeune fille ayant servi d'appât.
Depuis le 28 avril, Alexandre Lévy, l'auteur du livre «Le Gang des Barbares : Chronique d'un fiasco policier», suit le procès pour Slate.fr.
(10 juillet) Un procès pour rien?
(28 avril 2009) Procès Halimi: face à nos «barbares»: Plus de trois ans après les faits, la cour d'assises pour mineurs de Paris juge les 27 membres de la bande accusés d'avoir séquestré et torturé à mort Ilan Halimi. Fofana, le chef de la bande qui a brûlé et poignardé le jeune homme, est arrêté le 23 février 2006 en Côte d'Ivoire et extradé le 4 mars. Retour sur la mort d'Ilan Halimi, la traque infructueuse de la Brigade criminelle, et la force symbolique du procès dans les communautés juives et pro-palestiniennes.
(4 mai 2009) Fofana : justice ou vengeance?: Fofana a insulté et dénigré les magistrats, avant de s'en prendre à ses avocats: il en a usé plus de 37. Lors du procès, il a menacé de mort les jurés et insulté les parties civiles, de quoi électriser un peu plus l'atmosphère déjà tendue du Palais de justice. Ses provocations ont mises à mal la présomption d'innocence, pas toujours respectée par les médias et l'opinion publique.
(12 mai 2009) Procès Halimi : la France black-blanc-beur dans le box: Qui sont les jeunes accusés de la séquestration et du meurtre d'Ilan Halimi ? Des banlieusards quasi lambda, du gardien de l'immeuble bien franchouillard qui a fourni l'appartement puis la chaufferie où a été détenu Ilan, au petit revendeur de shit Samir, en passant par le «portos» Gégé dit «coup de tête». Des lycéens, chômeurs, livreur de pizza, chauffeur de car, étudiant en commerce. Filles et garçons, noirs, blancs, beurs...Le «melting-pot du crime», avait dit l'un des policiers à l'époque du démantèlement du gang des barbares. Pour cette bande métissée, le juif est un symbole d'opulence, d'appartenance à une communauté riche et soudée, de différence aussi.
(15 mai 2009) Le rôle des services secrets: Rebondissement dans le procès. Dans l'émission «Mots croisés», diffusée dans la soirée du 12 mai, l'intervention de Patrice Ribeiro, représentant du syndicat policier Synergie Officiers, étonne. Pour la première fois, il évoque le rôle des services français dans la traque des membres présumés du gang des barbares pendant la détention d'Ilan. Face à des difficultés techniques, la brigade criminelle aurait demandé, «hors cadre légal», la collaboration de la DGSE pour pouvoir remonter les emails envoyés par les ravisseurs. Une information qui ne figure pas au dossier.
(22 mai 2009) Faut-il interdire le magazine «Choc»?: En publiant une photo d'Ilan Halimi pendant sa détention, Choc a franchi une ligne rouge selon l'avocat des parties civiles. Le Tribunal de grande instance de Paris a ordonné le 20 mai le retrait des kiosques du numéro en question, et condamné la société éditrice de Choc à verser 40.000 euros à la famille d'Ilan Halimi. Débat sur la liberté de la presse et le droit de l'information au procès.
(28 mai 2009) Le procès de la police: comparution à la barre de hauts responsables policiers pour qu'ils s'expliquent sur leur échec. Pourquoi n'ont-ils pas pu sauver Ilan Halimi? Est-ce que leurs méthodes d'enquêtes étaient les bonnes? Dès les premiers jours après la mort du jeune homme, sa mère a critiqué la stratégie policière, notamment la décision de la Crim de «suspendre» les contacts téléphoniques à cinq jours de la fin tragique du jeune homme. Elle se plaint d'avoir été très peu écoutée et écartée du centre des opérations au profit du père, dont elle est divorcée depuis des années. Celui-ci s'était exprimé sur le sujet dans un entretien, début mars 2006: «Si c'est la faute de quelqu'un, c'est celle de ceux qui ont torturé et tué mon fils».
(3 juin 2009) Le jeu sordide de Fofana: au fil des mois le principal accusé s'est bâti un nouveau profil, prenant toujours à contre pied ses interlocuteurs. Il avoue de but en blanc le meurtre du jeune Ilan Halimi après l'avoir mis sur le dos de ses complices en 2006. Et puis au fil des auditions, Fofana s'est mis à invoquer l'islam, la lutte armée et l'oppression du peuple noir et palestinien. Son antisémitisme s'est affirmé au point de devenir une véritable obsession. En prison il est considéré comme quelqu'un de particulièrement dangereux. En instillant une idéologie dans un crime crapuleux, l'accusé a gagné des galons aux yeux des autres détenus, il s'est ainsi donné une contenance.
(15 juin 2009) Fofana regarde la télé: placé en isolement depuis près de trois ans, Youssouf Fofana regarde la télévision pour occuper ses journées. Depuis l'ouverture du procès, il se précipite sur son écran pour constater l'impact de ses provocations régulières. Les mises en scène accompagnant les photos d'Ilan Halimi pendant sa séquestration évoquent celle, dramatique, du journaliste américain Daniel Pearl à Karachi. Pendant le procès, il balance ses baskets vers les parties civiles, en écho au lancer de chaussure contre George W. Bush lors d'une conférence de presse à Bagdad.
Hors du palais de justice
(6 mai 2009) Youssouf Fofana n'est pas un barbare: Qu'est ce qu'un barbare? Le réceptacle de nos fantasmes, celui que nous ne voyons pas, l'autre dans toute sa démesure. Le barbare remet en cause nos modèles de société et permet à celui qui détient le pouvoir légitime d'en abuser. Dès le moment où il a été arrêté, Youssouf Fofana a cessé d'être un barbare pour redevenir un bourreau banal hyperviolent. Le barbare est celui qui détruit des civilisations et des empires sans être là. Fofana n'est qu'un voyou haineux qui incarne le mal ordinaire.
(6 mai 2009) Pas de sympathie en Côte d'Ivoire pour Fofana: Dans un entretien avec Pierre Malet, Théophile Kouamouo, directeur du magazine Objectifs Hebdo, analyse la façon dont les Ivoiriens «jugent» Youssouf Fofana et les autres protagonistes du procès du Gang des barbares. Où l'on apprend que le procès est très peu médiatisé en Côte d'Ivoire, que l'affaire est vue comme franco-française, et que l'antisémitisme n'est pas du tout développé dans le pays.
(Photos: extradition de Fofana vers la France, le 4 mars 2006. Luc Gnago/ Reuters. Les avocats de Fofana, devant le box des accusés, à l'ouverture du procès. Benoit Tessier / Reuters. Un portrait d'Ilan Halimi pendant une cérémonie à La grande synagogue de la Victoire à Paris, le 23 février 2006 , Reuters/STR New)
Mis à jour le 10/07/2009 à 23h34










































Qu'on le définisse comme leader barbare ou sadique, Fofana avec sa personnalité mégalo maniaque, avec son emprise sur des esprits plus faibles à la limite de la débilité, a réussi sans coup férir son entreprise de "destruction" de l'autre, l'a réduit à une dimension d'"objet" et a pu ainsi le torturer et l'achever dans d'atroces souffrances.
A mes yeux, il ne mérite aucune indulgence et j'espère bien qu'il sera condamné à perpétuité ! Mais quelle "perpétuité" ???
En tout cas, ce qu'il faudrait, sitôt la sentence connue, ce serait cesser à tout prix de parler de lui, le laisser retourner à ..l'ignorance , ne plus le mettre en "vedette" dans les médias !!!
C'est là lui accorder encore trop d'honneur et entrer , quelque part, dans son infâme "jeu" ...
En effet, pour moi, c'est pour de telles personnes qu'on a supprimé la peine de mort; On leur reconnait leur humanité malgré les actes commis: La suppression de la peine de mort n'a de sens que lorsqu'elle s'applique à des coupables pleinement avérés, elle a peu de sens pour ceux dont la culpabilité n'est pas totalement et pleinement établie (l'intime conviction étant manifestement insuffisante) . Cette suppression ne doit cependant pas être comprise comme une indulgence ou une clémence à quelque degré que ce soit. Je suis ainsi parfaitement en accord avec vous en ce qui concerne la divulgation généreuse par les journalistes du nom des personnes mises en examen, divulgation dont l'intérêt me semble tout-à-fait contre-productif pour tous les citoyens des plus innocents aux plus coupables "Mais comme tous le monde(journalistique) le fait, pourquoi s'en priver?" semble être la réponse médiatique la plus persuasive. Même de Slate, je n'ai pu obtenir de réponse plus élaborée!
On n'arrête pas de parler d'enlèvements, au cours de ce procès, mais personne n'essaie d'analyser réellement le phénomène. Car enfin, dans la longue liste des séquestrations, pour obtention de rançons, de paiements illicites, ou par simples vengeances, l'affaire FOFANA n'est qu'une "bavure", une simple erreur qui a mal tourné.
Qu'en est-il donc, des AUTRES ENLEVEMENTS ? De tous ceux évoqués dans ce procès comme une chose "normale", voire "habituelle", nécessitant une main d'oeuvre qui ne surprend plus personne ("moi, je ne savais pas qu'il devait y avoir rançon, je croyais que c'était juste pour récupérer du fric").
S'il n'y avait pas eu enlèvement, il n'y aurait pas eu meurtre.