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GP du Japon de Formule 1: quand l’ennemi venait de l’intérieur

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.10.2013 à 8 h 51

Ce dimanche, Sebastian Vettel sera peut-être sacré champion du monde. Vivement 2014 pour plus d’étincelles…

Mark Webber lors des essais libres à Suzuka, le 11 octobre. REUTERS/Toru Hanai

Mark Webber lors des essais libres à Suzuka, le 11 octobre. REUTERS/Toru Hanai

Pour ceux qui aiment la Formule 1, cette saison 2013 s’est transformée depuis le début de l’été en un long et ennuyeux bâillement. Circulez, il n’y a plus rien à voir ou presque, tant Sebastian Vettel domine les débats. Avec 77 points d’avance sur son poursuivant au championnat du monde, l’Espagnol Fernando Alonso, l’Allemand file vers sa quatrième couronne mondiale consécutive à un rythme (presque) de sénateur.

Le Grand Prix du Japon, qui se court dimanche 13 octobre (départ à 8h, heure française), pourrait même le sacrer définitivement malgré quatre courses inscrites ensuite au calendrier.

Ce GP, organisé sur l’un des circuits les plus attrayants de l’année, à Suzuka, a pourtant connu des heures plus passionnantes dans le passé (1). En 1989 et 1990, il a été le cadre de deux autres événements que la Formule 1 n’a pas oubliés et qui ont contribué à la gloire de cette discipline, même si les deux épisodes en question furent particulièrement «saignants» et ne figurent pas au panthéon de la sportivité.

Prost et Senna

Alain Prost et Ayrton Senna en furent les deux protagonistes historiques au cœur d’une rivalité sans merci. En 1989, au moment où les deux pilotes rivalisaient pour le titre mondial au sein d’une même écurie, McLaren, le point final de la saison avait été mis dans une chicane de Suzuka.

Devancé de 16 points au championnat du monde par son «ennemi» français, le Brésilien avait l’obligation de triompher au Japon. Au 47e tour, tandis que Prost était aux commandes de la course, Senna força imprudemment son destin dans une manœuvre audacieuse. Prost ferma la porte et les deux pilotes se retrouvèrent dans les cordes.

Mais au lieu d’abandonner comme Prost, Senna demanda aux commissaires de l’aider à reprendre la piste. Plus tard, alors qu’il avait remporté ce Grand Prix du Japon, il fut disqualifié pour avoir bénéficié de cette assistance et Prost fut sacré champion du monde pour la troisième fois de sa carrière.

En 1990, Prost parti chez Ferrari, les deux champions remirent ça sur le même bitume. Senna, qui avait cette fois neuf points d’avance sur Prost au championnat du monde, ne passèrent pas le premier virage de Suzuka. Nouvelle collision et titre mondial pour Senna qui, quelques mois plus tard, expliquera avoir heurté «exprès» la voiture de Prost en guise de revanche sur 1989.

La F1 comme on l'aime

Voilà donc la Formule 1 telle qu’on l’aime et telle qu’elle n’existe peut-être plus vraiment. Franche et virile et jamais plus passionnante que lorsque deux pilotes s’«écharpent» au sein d’une même équipe comme Prost et Senna en 1989.

Partenaire de Sebastian Vettel chez Red Bull, l’Australien Mark Webber a baissé pavillon depuis très longtemps car il sait que Vettel est protégé par Christian Horner, le directeur de l’écurie, qui a «choisi» celui qui devait être champion du monde.

Webber, pilote certes moins brillant que Vettel, est trop bien élevé pour avoir des comportements de voyou «à la Senna», mais une fois sa carrière terminée dans quelques semaines, il ne se privera pas alors de dire tout ce qu’il a sur le cœur. Car Vettel et Webber se détestent courtoisement. Ils se sont déjà rentrés dedans lors du Grand Prix de Turquie en 2010 et la mauvaise manière de Vettel à l’égard de Webber, lors du Grand Prix de Malaisie en début d’année (Vettel n’a pas respecté une consigne de course et a «volé» en quelque sorte la victoire à Webber), a montré à quel point ils ne s’appréciaient pas.

Cohabitations difficiles

Dans son histoire, la F1 a connu d’autres cohabitations complexes au sein d’une même écurie. Avant de se frotter à Senna, Prost, toujours chez McLaren, avait dû affronter Niki Lauda notamment lors d’une brûlante saison 1984 terminé par le titre mondial de l’Autrichien pour un misérable demi-point.

En 1982, chez Ferrari, le Français Didier Pironi et le Québécois Gilles Villeneuve se vouaient une haine tenace particulièrement visible cette année-là lors du Grand Prix de Saint-Marin. La Scuderia avait décidé de figer les positions tandis que Villeneuve menait la course devant Pironi qui ignora la consigne comme Vettel face à Webber en Malaisie.

Deux semaines plus tard, au Grand Prix de Belgique, sur le circuit de Zolder, Villeneuve, encore sous le choc de cet affront, voulait sa revanche. Il se tua lors des qualifications, en tentant un deuxième tour rapide, avec le même train de pneus.

Hamilton et Alonso

En 2007, encore chez McLaren, Lewis Hamilton et Fernando Alonso se liguèrent l’un contre l’autre pour le plus grand malheur de l’équipe puisque l’un et l’autre finirent à un point du champion du monde, le Finlandais Kimi Räikkönen, après des semaines de guerre interne.

Le paroxysme fut atteint lors du Grand Prix de Hongrie quand Alonso, double champion du monde, accusa son équipe de favoritisme à l’avantage de Hamilton, jeune débutant en Formule 1. Lors des qualifications de cette course à Budapest, Alonso était même resté volontairement immobilisé quelques secondes au stand pour bloquer Hamilton qui venait changer de pneus derrière lui.

La Fédération Internationale Automobile (FIA) avait décidé de sanctionner l’Espagnol pour cette manœuvre anti-sportive. Alonso ne resta qu’une saison chez McLaren et repartit chez Renault. Il se vengea au passage en témoignant contre McLaren et en contribuant à dévoiler une affaire d’espionnage entre McLaren et Ferrari qui fit scandale à l’époque.

Des étincelles avec Alonso/Räikkönen?

Dans ce contexte, l’annonce par Ferrari de l’association en 2014 de Fernando Alonso et de Kimi Räikkönen venu de chez Lotus a surpris tant les deux anciens champions du monde possèdent deux tempéraments et deux ambitions que l’on peut juger difficiles à concilier.

«Franchement, je ne vois pas pourquoi il y aurait des problèmes, s’est étonné le Finlandais. Nous sommes assez grands garçons pour savoir ce que nous faisons. S’il doit y avoir des tensions, nous en parlerons tous les deux. Nous n’avons plus vingt ans. Je peux me tromper, l’avenir nous le dira. Évidemment, il y aura des combats intenses en piste. Cela peut mal tourner parfois. Mais même si je n’ai encore jamais travaillé avec Alonso, je suis sûr que tout ira bien

Vœu pieux probablement pour le grand plaisir des amateurs de Formule 1 en panne d’émotions qui se réjouissent des étincelles à venir. Chez Red Bull, Mark Webber sera, lui, sagement remplacé en 2014 par son compatriote Daniel Ricciardo qui ne devrait pas faire trop d’ombre à Sebastian Vettel.

Tranquillité avant tout pour une équipe surnommée Red Dull (dull voulant dire ennuyeux en anglais) par une partie des aficionados d’un sport où la guerre et les conflits de l'intérieur sont toujours les bienvenus…

Yannick Cochennec

(1) En 1976, le GP fut le théâtre du dénouement d’une saison de folie marquée par le grave accident de Niki Lauda. Ce dernier finit par remonter dans une monoplace pour tenter de remporter le titre mais le Britannique James Hunt le priva de la couronne mondiale en finissant 3e de cette ultime course. Mais le GP ne se courrait alors pas sur le circuit de Suzuka.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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