Monde

Le Nobel de la paix à l'OIAC, pour être sûr de ne pas se tromper

Daniel Vernet, mis à jour le 11.10.2013 à 15 h 31

Une nouvelle fois, le comité norvégien récompense une organisation internationale. Cette tendance a un avantage: avec les institutions, les risques de controverse sont moins grands.

Un soldat israélien arrosé après un exercice simulant une attaque chimique, en octobre 2013. REUTERS/Baz Ratner

Un soldat israélien arrosé après un exercice simulant une attaque chimique, en octobre 2013. REUTERS/Baz Ratner

Pour la deuxième année consécutive, le Comité du parlement norvégien qui décerne le prix Nobel de la paix a distingué une organisation internationale. L’année dernière, c’était l’Union européenne, cette année, c’est l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Le Comité est assez coutumier du fait.

Avant la Seconde Guerre mondiale déjà, il avait couronné quelques institutions, comme la Croix rouge, et pas seulement des personnalités qui avaient bien œuvré pour la paix dans le monde. Mais cette tendance semble se confirmer. Depuis 1994 et le prix attribué à Yasser Arafat et Yitzhak Rabin pour leurs efforts en faveur de la paix au Proche-Orient, la distinction est allée huit fois à des organisations[1].

Est-ce le signe d’un certain embarras? Peut-être. Car les individus couronnés ne se montrent pas toujours dignes de leurs hauts faits passés ou des espérances placées en eux. Quelques lauréats ont déçu, soit parce que leur action n’a pas débouché sur les apaisements souhaités, soit parce qu’on a découvert a posteriori que leur amour de la paix avait laissé à désirer.

C’est souvent le cas quand le prix est attribué à des hommes politiques encore en activité. Ceux-ci risquent de décevoir ou de se renier.

Avec les institutions, les risques de controverse sont moins grands. 189 Etats ont signé et ratifié la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, adoptée en 1993, qui a donné naissance en 1997 à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Tous peuvent se sentir honorés par décision du parlement norvégien. Seuls les quatre Etats qui n’ont pas signé la Convention (Corée du Nord, Egypte, Angola, Sud-Soudan) et ceux qui l’ont signée mais pas ratifiée comme Israël et la Birmanie, peuvent se sentir tenus à l’écart.

Un prix mérité, mais peu audacieux

Il n’en va pas de même quand le prix Nobel distingue un défenseur des droits de l’homme dans un pays autoritaire, voire dictatorial. Cet Etat considère alors le prix Nobel non comme une contribution à la paix mais comme une atteinte à la bonne marche des relations internationales. La Chine continue de faire payer à la Norvège le prix attribué en 2010 au dissident Liu Xiaobo.

En distinguant l’OIAC, le Comité Nobel n’a donc pas fait montre d’une grande audace. Ce qui ne veut pas dire que le prix est immérité. Au contraire. Depuis sa création, l’organisation a abattu un travail considérable pour mettre en œuvre la Convention de 1993. Un accord qui, à l’époque, doit beaucoup aux efforts de la diplomatie française.

La Convention est un prolongement du protocole de 1925 conclu quelques années après la fin de la Première Guerre mondiale pendant laquelle l’ypérite avait été tristement expérimentée. Elle interdit la recherche, la fabrication, le stockage et l’utilisation des armes chimiques et elle interdit aux pays signataires d’aider des tiers à s’en procurer. 57.000 tonnes d’armes chimiques ont été détruites et les plus gros détenteurs, notamment les Etats-Unis et la Russie, continuent à en anéantir, même si c’est à un rythme que l’OIAC souhaiterait plus rapide.

Le Comité Nobel a mis en évidence ce travail de fond qui ne doit pas être occulté par l’actualité. Le conflit syrien a sans doute pesé dans la décision des Norvégiens. Mais en principe la liste des candidats au prix Nobel de la paix a été arrêtée au mois de février, soit avant que les premières informations sur l’utilisation de gaz sarin en Syrie aient été publiées.

Si le massacre du 21 août près de Damas a attiré l’attention sur la dangerosité des armes non-conventionnelles, le président du Comité Nobel Thorbjoern Jagland a eu raison de souligner «le travail considérable de l’OIAC en vue d'éliminer les armes chimiques» partout dans le monde. Une œuvre inachevée.

Daniel Vernet

[1] 1995: Joseph Rotblat et le Mouvement Pugwash sur la Science et les Affaires Mondiales; 1997: Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel et Jody Williams; 1999: Médecins sans frontières; 2001: Les Nations unies et leur secrétaire général Kofi Annan; 2005: Agence internationale de l'énergie atomique et son directeur Mohamed ElBaradei; 2006: Muhammad Yunus ainsi que la banque Grameen Bank; 2007: Al Gore et Giec  présidé par l'Indien Rajendra Kumar Pachauri; 2012: Union européenne. Retourner à l'article

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