Monde

Les 6 événements à retenir depuis août

Moisés Naím, mis à jour le 09.10.2013 à 11 h 06

Syrie, Russie, Etats-Unis, Iran...

Un expert de l’ONU en armes chimiques près de Damas le 29 août 2013, REUTERS/Mohamed Abdullah

Un expert de l’ONU en armes chimiques près de Damas le 29 août 2013, REUTERS/Mohamed Abdullah

J’avais interrompu cette chronique hebdomadaire au mois de juillet. Quels sont les événements marquants qui se sont produits dans le monde depuis cet été? Passons-les en revue.

1. L’utilisation d’armes chimiques en Syrie

Cela s’était déjà produit par le passé, mais à plus petite échelle. Au mois d’août, ce sont 1.400 personnes qui ont été assassinées –parmi elles, des centaines d’enfants. Les images que nous avons pu voir de ce massacre sont épouvantables, leurs retombées sont énormes.

Le président Obama avait pourtant mis en garde la Syrie contre l’utilisation d’armes chimiques: cela l’obligerait à réagir sévèrement. Qu’à cela ne tienne, elle y a eu recours. Et Obama n’a pas pu réagir et montrer au monde entier que des menaces venant du chef de la superpuissance mondiale sont à prendre aux sérieux. Vladimir Poutine, lui, a su intervenir.

2. La renaissance de Poutine

L’influence internationale de cet homme politique russe s’était amenuisée. Vladimir Poutine s’était en effet isolé, aux côtés de l’Iran il est vrai, en soutenant le gouvernement syrien. L’usage d’armes chimiques, la décision du Parlement britannique de ne pas autoriser une intervention armée en Syrie et la surprenante décision d’Obama de consulter le Congrès au sujet de l’opportunité d’une action militaire –le Congrès américain aurait vraisemblablement voté contre– ont créé une occasion que Poutine n’a pas manqué de saisir.

Devant nos yeux ébahis, il a opéré une étrange mutation: l’autocrate qui passait pour le complice d’un régime sanguinaire s’est transformé en un leader qui empêche une nouvelle guerre d’éclater au Proche-Orient. D’aucuns demandent à Obama de rendre son prix Nobel de la paix, qui devrait revenir selon eux à Poutine. Voilà une fois de plus la preuve que le réalisme magique prospère aussi ailleurs qu’en Amérique latine.

3. Le départ de Mohamed Morsi

Dans le monde moderne, le pouvoir est devenu plus facile à obtenir, plus difficile à exercer et plus facile à perdre. C’est vrai partout et dans tous les domaines, du Pentagone au Vatican et aux ONG les plus influentes, en passant par les grandes banques –si, si.

L’ex-président égyptien Mohamed Morsi en est le parfait exemple. Il y a trois ans encore, combien auraient pu se douter que le pouvoir serait bientôt aux mains des Frères musulmans? Eh bien, c’est pourtant ce qui s’est passé. Mohamed Morsi a été élu à la tête du pays en juin 2012. Mais il a supposé que la fonction suprême lui donnerait un pouvoir irrévocable. Erreur, il a été renversé par l’armée le 3 juillet dernier.

4. L’arrivé de Rohani

Hassan Rohani a remporté la présidentielle iranienne et investi sa fonction au mois d’août. Fin septembre, le nouveau président iranien s’est entretenu par téléphone avec Barack Obama. Les présidents de ces deux pays ne s’étaient pas parlé directement depuis trente-quatre ans! Pourquoi le faire maintenant?

L’élection de Rohani et cette conversation historique s’expliquent par une seule et même chose: les sanctions. La communauté internationale a imposé à l’Iran les sanctions économiques les plus élaborées, efficaces et dévastatrices de l’histoire. La population iranienne et bon nombre des membres de la théocratie demandent que l’on fasse quelque chose pour faire lever ces sanctions qui paralysent complètement l’économie du pays.

«Faire quelque chose» signifie en l’occurrence renoncer à l’ambition de se doter d’armes nucléaires et négocier avec les Etats-Unis. C’est ce message, cependant jamais rendu aussi explicite, qui a valu à Rohani sa victoire électorale. Et ce sont également les signaux qu’il adresse par son action présidentielle. Les sceptiques estiment que c’est une énième combine de la part du gouvernement iranien, qui ne cherche qu’à gagner du temps en vue de construire une bombe. Pour d’autres, l’arrivée de Rohani peut vraiment changer la donne. Nous le saurons bientôt.

5. Le pouvoir du Tea Party

Ce mouvement politique minoritaire n’a pas le pouvoir d’imposer son «agenda» radical aux Etats-Unis. Après tout, il n’est pas ressorti victorieux des élections. Mais les Tea Partiers ont suffisamment de pouvoir pour bloquer les actions des autres. Non seulement du président, leur ennemi juré, mais aussi des responsables plus modérés du Parti républicain.

De fait, malgré leur petit nombre, ils ont réussi à provoquer un shutdown des administrations américaines. Et s’ils parviennent à empêcher tout nouvel endettement des Etats-Unis, le Tea Party est susceptible de provoquer une crise financière mondiale dont vous subirez directement les conséquences tentaculaires.

Les talibans, les pirates somaliens et le Tea Party incarnent ces «micropouvoirs » qui, quoiqu’encore incapables de mettre en déroute les «mégapouvoirs», sont parfaitement capables de leur rendre la vie impossible.

6. La surprise américaine

Dans un communiqué publié le 4 octobre, la Maison Blanche a annoncé que les Etats-Unis accéderaient cette année au rang de premier producteur mondial de pétrole et de gaz, devant l’Arabie saoudite et la Russie. Cela changera le monde.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

Moisés Naím
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Editorialiste
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