France

Valérie Pécresse en Ile-de-France: pourquoi elle y croit

Marc Caen, mis à jour le 09.07.2009 à 16 h 53

La ministre entend transformer le bon score des européennes en victoire personnelle

A peine les européennes passées, la bataille des régionales, qui n'auront lieu pourtant qu'en mars 2010, s'engage déjà. La droite, ragaillardie par ses bons résultats, sait qu'elle a tout à y gagner. La gauche détient actuellement 20 régions sur 22 et sait qu'elle a tout à perdre.

Mais c'est bien en Ile-de-France, seule région à coïncider avec une circonscription électorale aux européennes et terre du Grand Paris cher à Nicolas Sarkozy, que la bataille s'annonce la plus disputée. Les 29,60% récoltées par l'UMP contre les modestes 13,57% du PS – complètement distancé par les Verts dans l'ensemble des huit départements franciliens – ne sont pas passées inaperçus. De quoi donner du baume au cœur à Valérie Pécresse, la candidate de la majorité présidentielle, qui entend détrôner un président de région socialiste, Jean-Paul Huchon, confortablement installé rue de Babylone – siège du conseil régional – depuis 1998.

«L'Ile-de-France n'est plus socialiste», s’était immédiatement félicité Yves Jégo, ancien candidat à la candidature UMP pour les régionales. «L'effet mobilisateur est certain. Les résultats mettent incontestablement le PS dans une situation difficile, confirme Stéphane Zumsteeg, directeur du département Opinions d'Ipsos. Les cadres de l'UMP vont enfin commencer à y croire». Une analyse d'autant plus bienvenue que ceux-ci soutenaient majoritairement Roger Karoutchi lors de la primaire interne.

La photo qui déplaît à Sarkozy

«La campagne peut démarrer, nous étions armes aux pieds», confie Rama Yade, porte-parole de campagne de Valérie Pécresse. Officiellement, il «était matériellement impossible de tracter pour les deux campagnes en même temps», explique celle qui avait refusé de prendre la tête de liste UMP aux européennes en Ile-de-France, comme le souhaitait le président de la République. Certaines sources affirment que les plus hautes autorités de l'Etat avaient demandé à Valérie Pécresse de ronger son frein pendant les Européennes pour éviter un télescopage des enjeux. Nicolas Sarkozy n'aurait pas apprécié notamment une photo publiée dans «Paris-Match» fin avril où l'on voit la candidate poser avec son équipe de campagne (et notamment David Douillet, Gérard Larcher et Frédéric Lefebvre) dans une rame flambant neuve de l'emblématique ligne 13 du métro.

Pendant la campagne, «l'équipe des régionales n'est pas restée inactive et s'est réunie chaque lundi à 8h autour d'un petit déjeuner pour réfléchir aux axes de la campagne», glisse Rama Yade. Désormais, trois réunions distinctes avec l'ensemble des secrétaires départements franciliens de l'UMP, l'ensemble des présidents de groupes du parti dans les conseils généraux ainsi que les présidents de fédération se tiennent mensuellement.

La campagne s'est d'ores et déjà adaptée aux résultats des Européennes qui ont vu l'explosion des Verts. «Croissance verte fondée sur l'innovation, nouvelle politique d'espaces verts et d'habitat durable» sont désormais classées au rang des «priorités» sur le site de campagne de Valérie Pécresse. Et c'est Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, qui est en charge de l'élaboration du projet. Opportunisme? «Je me sens très imprégnée par la question du développement durable depuis toujours», répond Valérie Pécresse qui cite notamment, dans son bilan ministériel, son projet de création d'un institut de l'écologie au sein du CNRS. «Les écolos se trouvent aussi bien au gouvernement que chez Europe Ecologie», avance celle qui promet «l'ouverture à gauche» durant la campagne. «Tous les Franciliens sont donc susceptibles de voter pour moi.»

«Cohn-Bendit, c'est quelqu'un, moi aussi je suis quelqu'un»

L'UMP espère bien exploiter à fond les tensions actuelles au sein de la majorité régionale entre socialistes et Verts. Ceux-ci, forts de leur 20,86% (27,46% à Paris), commencent à ruer dans les brancards. «Le résultat nous renforce dans notre volonté de présenter une liste autonome dès le premier tour», ce qui n'était pas le cas lors du dernier scrutin de 2004, indique Jean-Vincent Placé, méconnu mais puissant chef du groupe verts à la Région. Une option que privilégie aussi publiquement Cécile Duflot. La secrétaire nationale des verts a été contactée cette semaine par Martine Aubry, première secrétaire du PS et proche de Jean-Paul Huchon, qui a tenté, en vain, de l'en dissuader. Jean-Vincent Placé, lui, évoque déjà ouvertement sa stratégie: «aux régionales, nous allons garder la dynamique d'Europe Ecologie en s'ouvrant au monde associatif. Auparavant, les verts étaient trop repliés sur eux-mêmes. L'exemple européen prouve qu'il nous faut un rassemblement avec des personnalités – altermondialistes, féministes – qui ont un supplément d'âme». Une pique à peine voilée contre le président de région. Et pour mieux entretenir la paix des ménages, Yves Jégo avait appelé à une «grande alliance bleus-verts». Pas crédible mais de quoi fâcher tout rouge Jean-Paul Huchon qui, déstabilisé, a commencé à élever le ton et mis en garde son turbulent partenaire.

«Cohn-Bendit, c'est quelqu'un, moi aussi je suis quelqu'un», a-t-il déclaré, rappelant que les régionales, contrairement aux européennes, sont une «élection très personnalisée» où la «notoriété et la popularité» comptent. Sous-entendu net: Jean-Vincent Placé, seul, n'a aucune chance. Rama Yade ne s'est pas faite attendre pour voler, fort opportunément, au secours de son nouveau meilleur ami: «ce mépris affiché et revendiqué est ahurissant et inadmissible». «La droite n'a aucune réserve de voix», se rassure-t-on malgré tout dans le camp Huchon qui rappelle que les régionales se jouent en deux tours. «J'ai quand même un public, un électorat», insiste le président de l'Ile-de-France pour qui ce scrutin fonctionne davantage comme «une municipale». «Contrairement aux Européennes qui traduisent une expression momentanée d'un intérêt, là, on confie les clés de la maison à quelqu'un». Et, selon lui, la ministre de la recherche «n'a pas la même capacité de captation de la droite que Nicolas Sarkozy». Or, c'est au centre droit que se jouera le match. Il y a cinq ans, André Santini et Jean-François Copé s'étaient rassemblés au second tour. Cette fois, les voix du MoDem ne seront pas acquises à la droite.

D'autant que le parti de François Bayrou a voté en septembre en faveur du schéma directeur d'aménagement (Sdrif), un important document concurrent du Grand Paris élyséen et que Valérie Pécresse place en numéro un de ses attaques. «Un tiers des voix de droite seront stérilisées pour elle», calcule-t-on à la région. Où l'on sait toutefois que c'est bel et bien Nicolas Sarkozy pour qui les Franciliens ont voté majoritairement en 2007.

Marc Caen

(Photo: Valérie Pécresse sort de l'Elysée le 1er juillet 2009/REUTERS/Philippe Wojaze)

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