Monde

Les grandes manoeuvres de la droite israélienne

Jacques Benillouche, mis à jour le 07.10.2013 à 16 h 05

Après les déclarations de Benjamin Netanyahou sur le conflit israélo-palestinien à l'ONU, une recomposition de la majorité se profile: l'aile nationaliste veut mettre le Premier ministre en minorité tandis que ce dernier est prêt à modifier les contours de sa coalition.

Benyamin Netanyahou à l'ONU le 1er octobre 2013. REUTERS/Andrew Gombert/Pool.

Benyamin Netanyahou à l'ONU le 1er octobre 2013. REUTERS/Andrew Gombert/Pool.

Le récent discours offensif de Benjamin Netanyahou à l'assemblée générale de l'ONU a satisfait la majorité de la population israélienne qui, selon un dernier sondage du quotidien Israël Hayom, appuie à plus de 65% le gouvernement dans sa volonté d’agir seul contre l’Iran.

Cette nette poussée droitière de l’opinion israélienne n’étonne pas puisqu’elle avait déjà été soulignée lors des dernières élections législatives de janvier 2013, mais elle s’est renforcée.

S’il existe un consensus général en ce qui concerne le traitement du problème nucléaire iranien, la dernière partie du discours, réservée au conflit israélo-palestinien, a en revanche suscité de sérieuses réserves de la part des membres de la coalition gouvernementale. Netanyahou a en effet affirmé à la tribune de l’ONU:

«Nous espérons que nos intérêts et des défis communs nous aideront à bâtir un avenir plus pacifique. Israël continue à chercher un compromis historique avec nos voisins palestiniens pour terminer notre conflit une fois pour toutes. Nous voulons la paix fondée sur la sécurité et la reconnaissance mutuelle, dans lequel un État palestinien démilitarisé reconnaît l'État juif d'Israël. Je suis prêt à faire un compromis historique pour une paix authentique et durable.»

Une majorité du gouvernement ne veut pas entendre parler de la création d’un État palestinien, privilégiant ainsi la solution d’un État binational. De nombreux ministres estiment que Barack Obama, dégagé des problèmes syrien et iranien, va à présent concentrer ses efforts sur la résolution du conflit israélo-palestinien, et pas forcément en respectant les intérêts israéliens.

Ballons d'essai

Ainsi donc, alors que Netanyahou était à New York, les manœuvres politiques sont allées bon train pour contrer le Premier ministre. Une recomposition de la droite israélienne se profile pour le mettre en minorité et l’empêcher de signer un compromis avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Il s’agit de profiter de l’isolement international du Premier ministre pour envisager de nouvelles alliances afin de contrer les négociations de paix avec les Palestiniens.

L’alerte a été donnée à la suite de la participation, jugée de mauvais augure, de membres du gouvernement et de députés israéliens à la conférence annuelle du groupe de pression américain J Street, fin septembre. Si des députés du parti Hatnuah de la ministre de la Justice Tzipi Livni, des travaillistes, des élus du centre et même du parti orthodoxe Shass participaient logiquement à la conférence, la présence pour la première fois d’un député du Likoud, Tzahi Hanegbi, était révélatrice d’une évolution du parti de Netanyahou.

J Street, réputé de gauche, est considéré comme un opposant farouche à la politique actuelle d’Israël. Les députés israéliens de droite n’ont donc pas apprécié qu'un proche du Premier ministre lance quelques ballons d’essais en affirmant à cette conférence que Mahmoud Abbas et son ancien Premier ministre Salam Fayyad «sont de véritables partenaires pour Israël. Ils pensent ce qu'ils disent et ils veulent la paix».

Ils ont surtout été étonnés qu’il ait appuyé Tzipi Livni, responsable des négociations avec les Palestiniens, «qui doivent faire un compromis historique comme nous l'avons fait, en acceptant l'idée que nous ne serons pas souverains dans les endroits où nos gens sont nés, dans les endroits où les rois et les prophètes juifs vivaient il y a des siècles. Des compromis peuvent être accessibles pour traiter des questions des frontières, des colonies et de Jérusalem».

Rassurer l'aile nationaliste

Le 6 octobre, dans un discours prononcé à l'université Bar-Ilan, Netanyahou a lui prononcé un discours sans concessions, sans remettre en cause le principe de la création d’un État palestinien mais en posant deux conditions déjà refusées par Mahmoud Abbas:

«Les Palestiniens doivent renoncer à leur refus de reconnaître le droit du peuple juif à son État national. Êtes-vous prêts à reconnaître enfin l’État juif, l’État national du peuple juif? Tant que les Palestiniens n’auront pas reconnu ce droit, il n’y aura pas de paix réelle.»

Il a également exigé des Palestiniens de «renoncer au droit de retour des réfugiés» et a confirmé la nécessité d'«arrangements de sécurité solides qui répondent aux besoins véritables de la sécurité d’Israël». Un ton très offensif dans le but de rassurer son aile nationaliste, qui gardait un mauvais souvenir d'un discours prononcé au même endroit en 2009, où, pour la première fois, il reconnaissait officiellement le principe de «deux États pour deux peuples». Et qui est prête à agir en renversant si nécessaire les alliances contractées après les élections de 2013.

Ainsi, des réunions discrètes ont eu lieu entre Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beïtenou (12 députés), qui avait, aux dernières élections législatives de janvier 2013, fusionné sa liste avec celle du Likoud (19 députés), et le jeune et bouillant Naftali Bennett, chef du parti sioniste religieux Habayit Hayehudi (12 députés). Ces deux partis n’ont jamais caché leur opposition aux discussions de paix et restent intransigeants sur les questions clefs du conflit avec les Palestiniens, comme la création d’un État, le tracé des frontières, le statut de Jérusalem, le sort des colonies juives et des réfugiés palestiniens. Pour eux, «démanteler les colonies sauvages est un casus belli».

Date-butoir d'avril 2014

Ce rapprochement de partis de droite dont les leaders ont toujours été rivaux ramène le poids du Likoud à 19 députés sur 120 à la Knesset, la fusion prévue entre le Likoud et Israël Beïtenou n'étant clairement plus d’actualité, ce qui ne manquera pas d’affaiblir le Premier ministre. Il a pour but de gonfler les effectifs de la droite nationaliste, qui deviendrait le principal groupe avec 24 députés, suffisamment pour constituer l’ossature d’une nouvelle coalition sous l’égide d’un nouveau Premier ministre.

Cependant, ces deux partis ne forment pas un bloc monolithique, puisqu’ils s’opposent déjà sur plusieurs questions de politique intérieure, comme la désignation de leur candidat unique aux élections locales du 22 octobre prochain pour la mairie de Jérusalem. Mais leur objectif commun est d’exclure Benjamin Netanyahou de la gouvernance et de marginaliser Tzipi Livni, trop favorable à un accord rapide avec les Palestiniens souhaité par les États-Unis.

Benjamin Netanyahou a été informé du danger et il ne restera pas inerte. Il aurait déjà menacé les rebelles de représailles qui le conduiraient à modifier les contours de sa coalition. Il envisagerait de remplacer le centriste Yaïr Lapid, qui s’est montré terne et inexistant depuis sa nomination au ministère des Finances, ainsi que Naftali Bennett, qui ne cache pas sa volonté d’être calife à la place du calife. Il prendrait alors dans un nouveau gouvernement ceux qui sont favorables à un accord avec les Palestiniens, à savoir les travaillistes de Shelly Yacimovich, les orthodoxes séfarades du Shass et d’autres personnalités religieuses qui piaffent aux portes du gouvernement.

Le Premier ministre israélien est contraint d’agir s’il veut conclure un accord avec les Palestiniens avant la date-butoir d’avril 2014. Il faut donc s’attendre à une recomposition rapide du paysage politique israélien.

Jacques Benillouche

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