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Google Fiber en France?

Dans les locaux de Google France, le 6 décembre 2011. REUTERS/Jacques Brinon/Pool

Dans les locaux de Google France, le 6 décembre 2011. REUTERS/Jacques Brinon/Pool

Chez Google, on botte en touche, mais au gouvernement, on confirme que c'est une possibilité.

Google Fiber en France, «c'est une possibilité», confirme une source gouvernementale. «Google a envie d'essayer d'autres villes et pas qu'aux Etats-Unis, et la France pourrait être un bon endroit».

Google Fiber, c'est l'incursion de Google en territoire ennemi: celui des opérateurs de télécommunications. Lancée en mars 2010, l'initiative propose, comme son nom l'indique, un accès à Internet ultra rapide par fibre optique.

Trois ans après le démarrage du projet, seul «un petit nombre d’endroits tests à travers les Etats-Unis» ont le privilège d'être les cobayes de Google: Kansas City, Austin, au Texas, et depuis peu, Provo, dans l'Utah. Autant dire que l'expansion de Fiber à une échelle internationale a tout d'exceptionnelle.

En France, c'est la ministre de l'économie numérique Fleur Pellerin qui a lâché à demi-mots le morceau d'un éventuel débarquement de Google Fiber, ce qui est passé assez inaperçu. Lors d'une audition devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale le mardi 1er octobre sur le déploiement du très haut débit, elle a ainsi déclaré (à 1h36 sur la vidéo):

«J'ai vu il n'y a pas très longtemps une grosse entreprise américaine, qui fait un moteur de recherche, et qui m'a dit: "Nous on fait du très haut débit et de la fibre au Kansas et on est en train de se demander si on ne va pas proposer ce service dans tous les pays du monde".»

«Il n'y a pas très longtemps» en effet, Fleur Pellerin rencontrait en marge de son agenda officiel l'un des gros bonnets de Google, Patrick Pichette, vice-Président et directeur financier du groupe, également en charge du pilotage de Google Fiber.

Google botte en touche

Lui a-t-il proposé une déclinaison française du projet? Du côté de Google, on botte en touche, déclarant qu'il s'agit d'un «projet sur lequel [Google] avance étape par étape». Mais quand certains avancent qu'aucune proposition formelle n'aurait pas été formulée, d'autres affirment au contraire que le sujet a bel et bien été abordé. «Ca reste au stade de l'exploration», s'empresse néanmoins de préciser un proche du dossier.

Lors de son audition, Fleur Pellerin ne semblait effectivement pas trop pressée de voir débarquer Google en France. «On a vraiment intérêt à déployer nos infrastructures», déclare-t-elle ainsi devant les députés avant d'agiter le chiffon rouge de Google Fiber. Et enchaînant ensuite sur sa volonté de voir les opérateurs bien de chez nous déployer en France la fibre optique en lieu et place d'un acteur du Net américain qui, s'il voit rarement son nom prononcé en public, n'en est pas moins dans le viseur du gouvernement français:

«Et donc, moi je préfère aujourd'hui que les opérateurs européens aient des marges d'investissements pour fabriquer nos réseaux plutôt que ce soient des entreprises over the top qui se mettent à les déployer.»

Des investissements étrangers bienvenus

Fleur Pellerin verrait-elle d'un mauvais oeil l'arrivée de Google aux côtés d'Orange, Bouygues, SFR, Free et compagnie? Du côté de l'exécutif, on nous assure au contraire que tout investissement étranger dans ces infrastructures coûteuses sera le bienvenu. Qu'il soit en provenance des Etats-Unis ou d'Asie. «Fleur Pellerin a aussi passé le message en Corée», ajoute-t-on par ailleurs.

De toute façon, rien ne peut en théorie empêcher le géant américain de dérouler ses câbles sur le sol français. L'Arcep nous précise en effet que la procédure est simplement «déclarative»: il suffit à Google de se dire opérateur, et le tour est joué. L'entreprise américaine devra néanmoins se soumettre à un ensemble de règles prédéfinies, qui encadrent notamment le rôle d'opérateur de télécommunications (L 32 et suivants du Code des Postes et des Communicationss Electroniques) et le déploiement de la fibre optique en France.

Si la démarche a l'air simple en apparence, l'arrivée de Google en France causerait de toute façon un vent de panique chez les fournisseurs d'accès à Internet historiques, qui verraient alors l'entreprise à laquelle ils s'opposent depuis des années envahir leur activité de coeur de métier. Sur un secteur au déploiement par ailleurs erratique: celui de la fibre optique.

Et branle-bas de combat tout aussi épique du côté de l'exécutif français, qui s'est attaché à dénoncer le modus operandi des boîtes américaines du Net, Google en tête, sur bon nombre de dossiers: financement de la presse, financement des tuyaux du Net, mais aussi et surtout, fiscalité. Autant de raisons qui font que le torchon brûle entre Google et la France. Et qui ne faciliteront pas l'expansion de Fiber sur le territoire.

Andréa Fradin

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