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Les voies du vélo sont indéchiffrables

Catherine Bernard, mis à jour le 04.10.2013 à 6 h 43

«Véloroute», «voie verte», «boucles vertes», «circuits vélo», «vélo escapade»... Vous ne comprenez pas ces termes? A moins d'être un cyclotouriste expérimenté ouvert à tous les types de parcours, mieux vaut pourtant, avant de planifier son excursion, vérifier à quel type de route l'on aura affaire.

REUTERS/Heinz-Peter Bader

REUTERS/Heinz-Peter Bader

Les châteaux à vélo, l'avenue verte, la Vélodyssée, les circuits vélo des stations vertes de Bretagne...  Décidément, je n'ai que l'embarras du choix. Est-ce parce que j'ai commis l'an dernier un article un rien ironique sur les voies vertes de Bretagne? Ou n'est-ce que le reflet d'une offre touristique en plein développement? Toujours est-il que depuis quelque mois, ma boîte mail se remplit d'informations sur toutes les possibilités qu'offre le tourisme à vélo.

J'en suis ravie. Malgré mes piques sur la difficulté d'organiser des séjours itinérants en vélo en famille, j'adore passer quelques journées d'été à pédaler tranquillement.

Surtout si l'on me promet que je ne rencontrerai ni voitures, ni pentes démesurées ou faux plats sans fin, bref qu'enfants et adultes trouveront tous plaisir à musarder en toute sécurité, et que je pourrai trouver à l'arrivée un quelconque moyen de transport me ramenant, avec mes vélos, au point de départ. 

Je sais que mes préoccupations bassement terre-à-terre vont en faire ricaner plus d'un. Certains cyclotouristes chevronnés n'ont pas peur de rouler sur les vraies routes, même avec des enfants, même si elles sont pentues, et l'idée d'avaler 600 km sur leur selle pour revenir –en vélo– à leur point de départ n'a rien pour les rebuter. 

Mais chacun ses goûts et tous sont respectables. On peut aimer faire son jogging le dimanche matin sans prétendre au marathon. Et moi, le jogging (à vélo) me suffit. 

Ceci dit, je ne suis visiblement pas seule dans mon cas: chemin roulant, je constate chaque été que le réseau des voies vertes se densifie à grande vitesse, et que, désormais, croiser des couples en tandem ou une famille nombreuse avec cariole pour enfants, vélos à roulettes et remorque, devient d'une grande banalité. A tel point que des chambres d'hôtes, gîtes, haltes dégustation de produits régionaux-café-manèges se construisent aux abords de ces voies dites «vertes» pour accueillir cette nouvelle clientèle.

Véloroute, voie verte: attention à la confusion

Mais, car il y a un (gros) mais: si vous voulez planifier quelques jours en vélo en famille aux prochaines petites vacances, mieux vaut maîtriser le vocabulaire de ce nouveau réseau routier. Et bien savoir décrypter les cartes. 

Comme le réseau routier traditionnel, avec ses autoroutes, ses départementales et ses routes vicinales, ces nouvelles voies –considérées par le code de la route comme des «routes» à part entière– ont leur schéma directeur, leurs schémas régionaux, et leur petit glossaire. 

Pas question ainsi de confondre «véloroute», «voie verte» et «circuit vélo». Ces deux premières appellations font l'objet d'un cahier des charges précis, défini en 2001. Explications de Frédéric Rollet, coordinateur national de l'afv3, association française de développement des véloroutes et voies vertes.  

«La voie verte est un aménagement en site propre, ouvert aux transports doux –vélos, fauteuils roulants, rollers, promeneurs équestres–, proposant une continuité, et assurant des pentes de moins de 3%.» 

Le grand précurseur dans l'Hexagone de ces voies paradisiaques pour les cyclistes du dimanche comme moi: la voie verte Givry-Cluny, en Sud Bourgogne, ouverte en 1997. Désormais, selon cette association, on compterait environ 8.000 km de voies vertes en France.

«La véloroute, en revanche, n'est pas un aménagement, mais un itinéraire entre un point A et un point B. Elle peut emprunter des voies vertes, lorsque cela est possible, mais est sinon conçue pour les seuls vélos (et non pas pour les rollers ou les fauteuils roulants). Il s'agit d'offrir une continuité, avec des jalons clairs (panneaux indicateurs), permettant un maximum d'agrément, de sécurité, et de facilité, même si la circulation peut être partagée avec les automobiles. Théoriquement, les véloroutes ne doivent pas emprunter les routes voyant circuler plus de 1.000 véhicules par jour, et les pentes, doivent, elles aussi, être réduites.»

Enfin, dans la mesure du possible, ces véloroutes se situent dans le prolongement des 14 liaisons transeuropéennes conçues par Eurovélo, la fédération européenne des cyclistes. Selon les calculs de l'af3v, le réseau de voies vertes-véloroutes avoisinerait les 12.000 km.

Toutes les autres appellations –«boucles vertes», «circuits vélo», «vélo escapade», etc.– sont en revanche du seul ressort de ceux qui les utilisent, ne faisant l'objet d'aucune définition officielle. Il s'agit souvent d'itinéraires balisés, empruntant des petites routes, mais non sécurisés, et au relief très variable.

A moins d'être un cyclotouriste expérimenté ouvert à tous les types de parcours, mieux vaut donc, avant de planifier son excursion, vérifier à quel type de route l'on aura affaire:  les rollers ou les fauteuils roulants ne pourront fréquenter que les vraies voies vertes; les familles avec enfants en bas âge, elles, devront bien vérifier que l'éventuel tronçon «véloroute» de leur balade est véritablement facile et sûr d'accès.

Or rien n'est moins sûr. Car ces définitions officielles ne sont qu'indicatives, et, dans la pratique, chaque collectivité les arrange à sa propre sauce: «Bien des véloroutes, notamment, passent sur des routes avec beaucoup plus de voitures que le seuil prévu, et comportent des pentes importantes», remarque Frédéric Rollet. Les bénévoles de son association, justement, passent leur temps à sillonner ces aménagements pour mieux les décrire.

Bien évidemment, les collectivités locales ne peuvent pas, d'un coup, fermer la circulation dans les centres villes, applanir leurs collines, ou multiplier les voies vertes: le coût moyen de ces dernières, aménagements compris (aires de toilettes, passerelles, etc.) , est estimé à environ 100.000 euros du km. C'est infiniment moins, certes, qu'un km d'autoroute (plusieurs millions d'euros), mais pour les voies vertes, ce sont bien souvent les communes, les communautés de communes ou les départements qui doivent puiser dans leurs caisses. Le patrimoine de voies ferrées désaffectées ou de chemin de halage –support privilégié des voies vertes– est, en outre déjà largement valorisé.

Que tous les chemins vélos ne soient pas des voies vertes ne pose donc pas, en soi, de problème majeur, mais encore faut-il être prévenu. Histoire de ne pas, tout à coup, passer de la tranquillité d'une voie verte à un cauchemar routier. 

Des informations pas toujours limpides

Or rares sont les collectivités à dispenser une information véritablement claire aux utilisateurs de ces voies roulantes. La différence entre voie verte et véloroute est rarement expliquée, quand on ne baptise pas tout simplement «itinéraire vert» voire «voie verte» une véloroute comportant de larges portions de routes à automobiles. Ou qu'on appelle «véloroute» un itinéraire qui n'est encore qu'un projet à long terme, comme la future ViaRhôna dont le tracé n'est encore que provisoire. 

L'avenue verte, qui relie Paris à Londres depuis les derniers JO, est elle aussi un mélange entre une belle voie verte de 45 km, entre Forges-les-Eaux et les abords de Dieppe, et un itinéraire parfois très valloné, sur des routes au trafic partagé (et parfois non négligeable), et pour lequel l'af3v a reçu des retours pour le moins mitigés. Le premier est vraiment accessible à tous, le second, en revanche, est réservé aux cyclistes confirmés.

«A l'inverse, la Vélodyssée, qui longe le littoral atlantique d'Hendaye à Roscoff, avec, dans plus de 60% des cas, des voies en site propre, a existé dans la pratique avant même que ses concepteurs en s'en rendent compte»,  raconte Frédéric Rollet. Normal puisque chaque département, voire chaque commune, travaille dans son coin. A noter que le site Internet consacré à cette véloroute, justement, spécifie bien quels tronçons sont accessibles plutôt aux familles ou plutôt aux cyclistes expérimentés. 

Pour que les cyclistes et autres adeptes du roller s'y repèrent mieux, l'af3v a pour projet de labelliser les différents itinéraires français: type et qualité du revêtement, aménagements, accessibilité à tous les transports «doux» ou aux seuls cyclistes, trafic sécurisé ou non... Les voies et véloroutes seraient classées en nombre d'étoiles (ou plutôt de pédales). Dès le printemps 2014, une première série de voies vertes devrait être labellisée. 

L'idée est bien d'inciter les collectivités locales à continuer les efforts déjà accrus depuis une dizaine d'années. Le canal du Midi, par exemple, «reste officiellement interdit aux cyclistes –excepté sur certains tronçons– alors qu'il est énormément fréquenté: l'idée serait de dire aux responsables politiques qu'avec très peu de moyens, ils pourraient le transformer en voie verte avec une note très correcte», explique Frédéric Rollet.

Cela constituerait aussi une incitation à promouvoir tous les aménagements qui rendent la vie du cycliste plus facile: gîtes, ateliers de réparation, présence de loueurs, et transport.

«En Suisse, par exemple, il est fréquent que lorsqu'un véloroute présente une difficulté trop importante pour les cyclistes peu expérimentés, un bus,un train ou un bateau prennent le relai pendant quelques kilomètres, pour passer l'obstacle.» 

Sur le trajet Givry-Cluny, un car permet aussi de terminer plus vite l'étape ou de revenir vers son point de départ. 

Pour l'instant, ce genre d'initiative reste relativement limité en France et les loueurs qui viennent chercher vélos et cyclistes à l'arrivée existent, mais sont rares. Sur le trajet Forges-les-Eaux-Dieppe, on en a trouvé un seul. L'offre la plus développée en la matière se trouve sur la Loire à vélo où certains proposent un retour en bus, tandis que le loueur Detour de Loire, sans doute l'un des plus grands de France, propose des services dignes d'une chaîne de locations de voiture. 

Nul doute que des associations de loueurs locaux finiront bien par se constituer. 

Catherine Bernard

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