Life

Réchauffement: l'échec du climato-catastrophisme

Michel Alberganti, mis à jour le 02.10.2013 à 6 h 10

Les Cassandre du désastre climatique s’enferment dans une stratégie qui a démontré son inefficacité. A l’évidence, les incantations ne réduisent pas les émissions de CO2. Peut-être faut-il dédramatiser pour déclencher de véritables actions dont le climat ne sera pas le seul bénéficiaire.

En Chine, dans la province du Hubei, en 2007. REUTERS

En Chine, dans la province du Hubei, en 2007. REUTERS

La publication du chapitre scientifique du cinquième rapport du Giec, le 27 septembre 2013, suscite de nombreuses réactions et, parfois, une vive émotion comme celle du météorologue Eric Holthaus qui s’est mis à pleurer en le lisant avant de décider de ne plus prendre l’avion. Certains éditorialistes vont beaucoup plus loin en considérant que tous ceux qui remettraient en cause le travail du Giec sont «à mettre au rang des conspirationnistes et autres négationnistes». Les mots sont forts... Ils attestent du développement du climato-catastrophisme en réponse au climato-scepticisme.

Pourquoi une telle passion? D’abord parce que la cause est juste. Réduire les émissions de CO2 produites par l’homme n’a que des vertus. Outre le fait que cela contribuerait à limiter le réchauffement climatique, une telle action serait accompagnée par une réduction de la pollution atmosphérique (40.000 décès prématurés en France chaque année, soit dix fois plus que les accidents de la route). De plus, nous brûlerions moins de combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz...) non renouvelables, ce qui nous assurerait à la fois une meilleure indépendance énergétique et une amélioration substantielle de notre balance commerciale.

Plaider pour la poursuite des émissions de CO2 serait donc une absurdité sur tous ces plans. Plus personne, d’ailleurs, ne prétend le contraire.

Alors pourquoi de tels anathèmes? La colère des climato-catastrophistes se nourrit de l’échec répété et systématique des sommets internationaux sur le réchauffement climatique. Dernier revers en date, celui de Doha en décembre 2012, qui n’est autre que la 18e conférence de l’ONU sur le climat qui avorte.

D’où le désespoir des climato-catastrophistes ne supportant plus de prêcher dans le désert. Et la radicalisation de leur discours.

Toujours plus

Pour les climato-catastrophistes, semble-t-il, ces échecs sont dus à un manque de prise de conscience... de la catastrophe qui menace. Une catastrophe annoncée depuis des décennies et scientifiquement prouvée par les milliers d’études synthétisées par le Giec. La seule réponse qu’ils semblent trouver à ce blocage paraît résider dans la surenchère catastrophiste.

La Terre va être dévastée par une multiplication des cataclysmes météorologiques, les mers vont inonder les terres et noyer leurs habitants, l’acidité des océans va tuer toute vie marine, la neige va disparaître à Megève, la glace des pôles va disparaître... A chaque rapport du Giec, les Cassandre montent d’un cran dans la révélation des bouleversements que nous allons, nous, alors même que nous sommes prévenus, provoquer, entraînant dans notre sillage les futures générations.

Ce discours, qu’il soit justifié ou excessif, ne fonctionne pas. Pour preuve, la courbe du CO2 qui continue à grimper irrésistiblement en ignorant les invectives des annonciateurs de l’apocalypse climatique. Cela ne semble pas décourager les climato-catastrophistes qui, peu à peu, n’ont d’autre alternative que de se transformer en martyrs du climat.

Si l’objectif est de réduire le CO2 émis d’ici 2100 afin de limiter les conséquences négatives du réchauffement climatique, qui seront bien réelles, ne faudrait-il pas changer de stratégie? Si le catastrophisme ne marche pas, pourquoi persister dans cette voie? Les puissants lobbies du CO2, menés par les industriels du pétrole, du gaz ou de l’automobile, ne peuvent que se réjouir d’une telle situation.

Et si on laissait la place à un peu d'espoir?

Alors que faire? Au lieu de hurler à une catastrophe qui ne fait pas réagir les foules, au lieu de miser sur la peur pour rêver d’un changement de civilisation improbable, au lieu de l’incantation scientifique, n’est-il pas possible d’analyser ce qui est en train de se produire sur Terre avec moins de passion et plus d’efficacité? Une lueur d’espoir ne peut-elle s’allumer à l’ombre du spectre de la punition divine?

Le dernier rapport du Giec, paradoxalement à lire la plupart des articles qui en font état, n’est pas si catastrophiste que cela. Au point d’ailleurs que de nouvelles voix se lèvent, pour la première fois, qui l’attaquent sur ce point. Tandis que le climatologue Hervé Le Treut juge que le 5e rapport du Giec n’est pas catastrophiste, l’historienne des sciences américaine Naomi Oreskes estime, elle, que les experts du climat ont systématiquement minoré les effets du réchauffement.

A l’appui de cette thèse, les premières prévisions tablant sur une augmentation du niveau des mers de 2 mm/an alors qu’elle est aujourd’hui de 3,2 mm par an. Dans le 5e rapport, les prévisions de montée des eaux, revues à la hausse, seraient jugées trop faibles par certains scientifiques. La fonte des glaces arctique a également échappé au Giec qui ne prend toujours pas en compte la menace du largage de méthane dû à la fonte du permafrost. Pas question de négocier sur la catastrophe annoncée.

L’un des points les moins commentés du 5e rapport du Giec concerne la pause du réchauffement observé depuis une quinzaine d’années. Bien sûr, cela fait un peu tache et risque de brouiller le message des militants du cataclysme. On aurait pu, d’ailleurs, imaginer que le Giec passe sous silence, ou minimise, ce phénomène. Pas du tout. Voici ce qu’il dit, en résumé, dans l’un de ses tout premiers paragraphes:

«La température de surface moyenne planétaire combinée des terres et des océans montre une augmentation de 0,85°C sur la période 1880-2012. L’augmentation totale entre la moyenne de la période 1950-1900 et celle de 2003-2012 est de 0,78°C. (...) En raison de la variabilité naturelle, les tendances basées sur de courtes périodes sont très sensibles aux dates de début et de fin et ne reflètent pas les tendances climatiques à long terme. Par exemple, le taux de réchauffement sur les 15 dernières années (1998-2012), qui ont commencé par un fort El Niño, est de 0,05°C par décennie, ce qui est inférieur au taux calculé sur la période 1951-2012, soit 0,12°C par décennie.»

Lors de la conférence de presse qui s’est tenue à Stockholm le 27 septembre 2013 lors de la publication de la partie scientifique du 5e rapport du Giec, le directeur du groupe n°1 qui a rédigé ce chapitre, Thomas Stocker, a néanmoins reconnu que la question de cette pause du réchauffement pendant 15 ans est «émergente, intéressante et difficile». Lors de l’émission Science publique que j’ai animée sur France Culture ce même 27 septembre, les climatologues ont admis que les causes de cette pause ne sont pas comprises aujourd’hui et qu’aucun modèle climatique ne l’avait prévue. Si elle se prolongeait pendant une quinzaine d’années de plus, il faudrait tout refaire, selon eux.

Une complexité peu compatible avec un discours grand public

Pas question, pour autant, de pavoiser. Le plus probable est que cette pause soit effectivement due à ces variations naturelles dont les mécanismes échappent encore aux chercheurs.

Il reste qu’un tel ralentissement, imprévu, montre que la climatologie reste l’un des domaines les plus complexes que la science ait à affronter aujourd’hui. Si la chaleur a été absorbée, sur cette période, par les océans, le réchauffement pourrait bien repartir de plus belle quand ils ne pourront plus jouer ce rôle d’amortisseurs. Ou bien s’agit-il d’autre chose. Aujourd’hui, personne ne sait. Les publications se multiplient sur le sujet, preuve que le problème est pris au sérieux par les climatologues.

Ce genre de question n’est guère compatible avec la volonté de convaincre les décideurs, c’est-à-dire les dirigeants des pays producteurs de CO2, qu’il faut agir d’urgence.

La climatologie se trouve prise en tenaille par la difficulté extrême du problème à analyser et à comprendre et l’impérieuse nécessité d’aboutir à des conclusions simples compréhensibles par les hommes politiques.

Au fil des années, et à la suite des critiques dont il a fait l’objet après le 4e rapport publié en 2007, le Giec et les scientifiques qui commentent ses résultats font preuve de plus de modération. Lentement, c’est la question de l’adaptation qui pourrait prendre le pas sur celle de l’inversion de tendance.

La Terre a subi de profonds changements climatiques au cours de son histoire. Bien avant que l’homme ne rejette du CO2 dans son atmosphère. Les conditions qui ont permis l’apparition et le développement de la vie sur notre planète sont si particulières que l’on cherche toujours une autre planète où cela aurait pu se produire.

L’équilibre entre le trop froid et le trop chaud est donc fragile et l’avenir de l’homme dépend largement de lui. Mais il n’est pas le seul à décider de cet avenir. De simples éruptions volcaniques peuvent profondément modifier les conditions de la vie sur Terre.

Ce qui change la donne, aujourd’hui, c’est que l’homme est responsable d’une part importante du réchauffement de sa planète. Limiter cette action ne peut donc être que bénéfique, aussi bien pour la qualité de l’air que nous respirons, la préservation de nos ressources énergétiques et la réduction du réchauffement.

Mais si la température augmente de 2°C, 3°C ou 4°C d’ici 2100 et que le niveau des mers s’élève de 50 cm, 70 cm ou 100 cm, il faudra bien que nous nous adaptions.

Le climat actuel n’a pas toujours existé. Celui de demain redessinera en partie les contours de la Terre, mais ne la changera pas en profondeur. Certains, même, en tireront profit. Face à un tel défi, il faut certes agir. Le catastrophisme ou la panique ne semblent pas, décidemment, les moyens les plus efficaces.

Michel Alberganti

Michel Alberganti
Michel Alberganti (227 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte