Monde

François, pape réformateur

Henri Tincq, mis à jour le 01.10.2013 à 6 h 04

Le pape réunit autour de lui, pour la première fois au Vatican, un «Conseil de la couronne» chargé de réformer la curie, le gouvernement de l’Eglise. Il imprime un nouvel élan, rompt avec une morale sexuelle «obsessionnelle» et un discours crispé de défense de l’identité catholique.

Le pape François place Saint-Pierre, le 4 septembre 2013. REUTERS/Tony Gentile

Le pape François place Saint-Pierre, le 4 septembre 2013. REUTERS/Tony Gentile

C’est un réformateur que les cardinaux ont élu pape le 13 mars dernier. Six mois après sa prise de fonction, le pape François réunit au Vatican, du 1er au 3 octobre, un «Conseil de la couronne», une commission de huit cardinaux venus de tous les continents, avec pour mission de jeter les bases d’une réforme du gouvernement de l’Eglise. C’est une première dans l’Histoire. Le pape n’agit plus comme un monarque absolu et solitaire. Il s’entoure de pairs qu’il accepte de consulter et qui vont confirmer, amplifier ou corriger le nouvel élan donné par ce pontificat.

Le pape s’attaque à ce que ses prédécesseurs n’avaient jamais osé faire qu’avec prudence et économie: réformer une Curie romaine sclérosée, arc-boutée sur ses privilèges, minée par ses clans, coupée du monde; réduire le nombre de ses ministères (qu’on appelle à Rome «dicastères») et alléger les effectifs; réunir régulièrement ses ministres à la manière d’un gouvernement moderne.

Il a déjà mis en place une commission d’experts chargée de réformer la «banque du Vatican», d’assainir les finances de l’Eglise, de couper court aux opérations spéculatives douteuses, de faire triompher la transparence.

C’est une révolution dans la conception de l’autorité du pape, juge suprême de toutes les affaires, auquel sont subordonnés les évêques et les fidèles. La réunion d’une commission de huit cardinaux à égalité de rang autour de sa personne, la promesse faite de réunir plus souvent et avec plus de pouvoir le «synode» (instance de consultation) des évêques, le renforcement prévu du rôle des conférences épiscopales nationales mettent fin à une évolution qui, au moins depuis Jean-Paul II, allait vers toujours plus de pouvoir pontifical et de centralisation romaine.

Un pouvoir davantage partagé, une plus grande collégialité, une «synodalité» renforcée seront demain autant d’atouts pour transformer la structure pyramidale et autoritaire de l’Eglise catholique et pour favoriser une relance du dialogue avec les autres Eglises orthodoxe, protestantes, choquées par les privilèges, datés et archaïques, de la papauté romaine, que Paul VI lui-même reconnaissait comme un «obstacle» à l’unité chrétienne.

Le divorce avec la société moderne

Retrouvant les grandes inspirations du concile Vatican II (1962-1965), le pape François veut rompre aussi avec la défense d’une identité catholique minoritaire et cernée. Il tient compte des données de la société «post-chrétienne» et du déclin de la religion conçue comme système de croyances dogmatiques et normatives. Il veut mettre fin au divorce entre la morale de l’Eglise et la société moderne. La morale de l’Eglise, dit-il, ne se résume pas au sexe, à la famille, au mariage traditionnel. Elle est surtout morale sociale et collective, encouragement donnée aux luttes des couches les plus pauvres des sociétés libérales et des pays les moins développés.

Qu’on relise ce qu’il disait, le 19 septembre, dans une longue interview aux revues jésuites:

 «Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation des méthodes contraceptives».

Ou encore à propos du dogmatisme:

«Les enseignement tant dogmatiques que moraux ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, sinon l’édifice moral de l’Eglise risque de s’écrouler comme un château de cartes».

Ce discours est radicalement neuf. Il écarte une Eglise légaliste et moralisatrice au profit d’une Eglise de la miséricorde, qu’il qualifie d’«hôpital de campagne» parce qu’elle soigne les «blessés» de la vie. Une miséricorde qu’il étend, de manière stupéfiante, aux homosexuels, aux divorcés, aux femmes qui ont subi un avortement.

Le pape ne renonce en rien aux positions traditionnelles de l’Eglise sur l’amour, le mariage, l’avortement, ou sur le dogme. Mais, pour lui, ces positions du magistère catholique ne doivent pas être «obsessionnelles», encore moins occulter l’essentiel du message chrétien (l’amour de Dieu et des pauvres).

Ainsi prend-il ses distances avec le discours identitaire catholique, volontiers porté par un Jean-Paul II ou un Benoît XVI, qui dénonce la permissivité morale, la griserie devant les progrès des sciences profanes et des techniques, la modernité qui substitue l’homme à Dieu, la contestation de toute forme d’absolu, le pluralisme moral et la «dictature du relativisme» selon la célèbre expression du cardinal Ratzinger.

Ecoutons le:

«Les lamentations qui dénoncent un monde barbare finissent par faire naître à l’intérieur de l’Eglise des désirs d’ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense».

Ce changement de discours est jusqu’à présent bien accueilli. Mais ce pape qui, dit-il, n’a jamais été «de droite», risque de heurter non seulement les milieux traditionalistes, mais aussi ceux qui réclament une «restauration» de l’autorité et de la visibilité de l’Eglise, des certitudes doctrinales et dogmatiques fortes, qui veulent reconstruire, sinon une nouvelle «chrétienté», du moins une «contre-société» moderne passant par des reconquêtes de pouvoir et d’influence.

Henri Tincq

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Journaliste
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