Taxe à 75%: le cadeau à 24 millions d'euros du gouvernement au PSG

Zlatan Ibrahimovic lors de PSG-Toulouse au Parc des Princes le 28 septembre 2013,  REUTERS/Christian Hartmann

Zlatan Ibrahimovic lors de PSG-Toulouse au Parc des Princes le 28 septembre 2013, REUTERS/Christian Hartmann

Le foot n’échappera pas au fameux impôt sur les riches de François Hollande. Mais, comme le prouve un document interne de la Ligue de football professionnel (LFP) que Slate s’est procuré, son plafonnement à 5% du chiffre d'affaires s'apparente à un véritable bouclier fiscal pour quelques clubs. Les plus riches.

La ministre des Sports Valérie Fourneyron a réussi son opération de communication. Dans un entretien au Figaro paru ce lundi 30 septembre, elle affirme que les clubs de football «seront concernés par la taxe sur les hauts revenus» à 75%. Une phrase reprise un peu partout dans les médias qui envoie un signal clair: le football et ses sommes astronomiques, tellement décriées en cette période de conjoncture économique morose, ne sera pas épargné par l’effort demandé aux riches.

Pourtant, le gouvernement vient de mettre en place un véritable bouclier fiscal pour les quelques clubs les plus riches, au premier rang desquels le PSG. S'ils devront bien payer 75% d’impôts sur la part des revenus annuels supérieure à un million d’euros de leurs joueurs et entraîneurs, cette contribution sera plafonnée à 5% de leur chiffre d'affaires.

Pour le PSG, qui devrait réaliser 393 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2013, il s’agit ni plus ni moins d’une économie de 24 millions d’euros.

Censurée, puis de retour

L’idée de taxer à 75% la part des revenus supérieure à 1 million d’euros avait été annoncée en direct à la télévision par François Hollande pendant la présidentielle 2012, devenant l'une des mesures les plus débattues de la campagne. Après la victoire du candidat socialiste, cette taxe a été censurée dans sa forme initiale par le Conseil constitutionnel, avant d'être remaniée. En mars dernier, François Hollande avait annoncé qu'elle serait finalement prise en charge par les entreprises, et s’appliquera en 2013 et 2014.

Une nouvelle version à laquelle la Ligue de football professionnel (LFP) avait immédiatement réagi par la voix de son président, Frédéric Thiriez, qui avait estimé que le gouvernement allait «étrangler» les clubs de football français, déjà en difficulté financière pour beaucoup. Selon lui, le coût de la nouvelle taxation allait s'élever à 82 millions d’euros pour les clubs de L1.

Il faut dire que les clubs de football sont particulièrement touchés: selon un document interne de la LFP que nous nous sommes procurés, 114 joueurs ou entraîneurs de Ligue 1 ont un salaire annuel supérieur à 1 million d’euros, soit plus de 10% de l’ensemble des dirigeants et salariés que le gouvernement pense toucher avec la taxe (environ 1.000 personnes selon Bercy).

Pas d'exception pour les clubs de foot, mais un cadeau

Le gouvernement a donc décidé d’aménager un plafonnement, geste ouvertement adressé aux clubs de foot, même si Valérie Fourneyron et son collègue ministre de l’Economie Pierre Moscovici ont tous deux pris soin de préciser, pour ne pas faire de jaloux, qu’il s’appliquera bien à toutes les entreprises et pas seulement au secteur du football. Résultat: les clubs de L1 devraient payer un total de 44 millions d'euros en vertu de la taxe sur les très hauts revenus, contre plus de 80 millions initialement prévus.

Victoire pour le foot français? Pas si vite, car tous les clubs ne vont pas profiter de la ristourne de la même manière. Pour Frédéric Thiriez, le plafonnement est même ni plus ni moins qu’une injustice:

«Je ne dis pas que le résultat est pire que le système initial, mais il est très injuste. En réalité, ce sont les plus gros clubs qui vont profiter de ce plafonnement. C'est-à-dire le Paris-SG essentiellement, un peu Marseille, Lyon ou Lille. Mais pour les autres, ça ne changera rien. C'est un peu étonnant qu'une mesure au départ conçue comme une mesure de justice tourne finalement en faveur des gros. […] Je dis depuis le début au gouvernement que certains clubs ne pourront pas matériellement payer.»

Le PSG «économise» 24 millions d'euros

A la lecture des chiffres, on a plutôt envie de donner raison à Thiriez. Reprenons le calcul. Le PSG a une masse salariale estimée à 171 millions d’euros pour la saison 2013-2014, selon le même document interne de la LFP.

L’application de la taxe à 75% sur les 21 salariés (joueurs et entraîneur) concernés de son effectif aurait dû lui coûter 43,5 millions d’euros d’impôts (Les Echos avaient d'ailleurs fait le même calcul en avril dernier). Il aurait par exemple eu à payer 10,5 millions d’euros pour Zlatan Ibrahimovic, qui vient de signer un nouveau contrat avec un salaire net de 15 millions d’euros annuels.

Grâce au plafonnement aménagé spécialement pour les clubs de football, le club ne devra s’acquitter finalement que de l'équivalent de 5% de son chiffre d’affaires, soit 19,5 millions d’euros. Il vient donc d’économiser 24 millions d’euros, soit un peu plus que le budget des plus petits clubs de L1 (Bastia, Ajaccio et Guingamp).

Une bonne nouvelle pour un club devenu l’un des plus riches d’Europe depuis son rachat par des propriétaires qataris en 2011, mais aussi l’un des plus surveillés par l’UEFA (avec l’AS Monaco, l’autre nouveau très riche du foot français) dans le cadre des mesures de fair-play financier qu’elle met progressivement en place pour empêcher les clubs de dépenser plus d’argent qu’ils n’en gagnent.

Au final, seuls six clubs de L1 bénéficieront de ce rabais selon les calculs de la LFP. Le PSG (-55%), Lyon (-57%) et Marseille (-60%) obtiennent la meilleure baisse d’impôt, tandis que Lille et Rennes (-37% chacun) et dans une moindre mesure Bordeaux (-18%) voient aussi leur situation s'améliorer. Le PSG réalise à lui tout seul 56% des 43 millions d’euros d’économies effectuées par tous les clubs de Ligue 1 concernés par le plafonnement.

A noter que si six clubs reçoivent un rabais, cinq ne sont pas du tout concernés par la taxe car ils ne versent pas de salaire supérieur à 1 million d'euros par an: il s'agit de Sochaux, Reims, Nantes, Lorient et Evian.

L’AS Monaco est lui un cas à part: le club fait partie, comme le PSG, des plus gros dépensiers d'Europe et comporte un grand nombre de joueurs qui auraient pu être concernés par la taxe, mais il n’est pas soumis à la législation fiscale française, au grand dam de la Fédération française de football (FFF), qui réclame que le club immatricule son siège dans l'Hexagone.

Restent les autres clubs, ceux qui ne sont ni riches, ni pauvres, mais qui font partie du paysage de notre championnat depuis toujours ou presque. Ils ont tous plusieurs joueurs concernés par la taxe, mais pas assez pour bénéficier d’un rabais avec le plafonnement: c'est le cas de Toulouse, Valenciennes, Nice ou encore Montpellier. Il ne fait décidemment pas bon faire partie des classes moyennes de la Ligue 1.

Grégoire Fleurot

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